Manifnif

Deux mois de confinement, passe encore, mais deux mois sans manif, ah non !

Le peuple est dans la rue. Alors, que les choses soient claires. Neuf fois sur dix, je suis en grande partie d’accord avec les revendications : les violences policières, les bas salaires, les manques de moyens dans l’hôpital public etc…

Le problème, c’est le un sur dix restant.

Vos rides du lion se creusent, « Tiens voilà le retour du réac », vous dites-vous en ricanant. Je ne sais pas. Peut-être suis-je un brin réac, héritage familial sans doute (pourtant, si vous saviez à quel point je m’en bats les steaks de mon héritage familial…). Quoiqu’il en soit, j’ai un peu de mal avec la manifestation élevée au rang de patrimoine national. Pour un oui ou pour un non, les gens se précipitent dans la rue pour râler, comme si leur salon n’était pas assez douillet, comme s’ils en avaient assez d’écouter bobonne (ou bonbon, mesdames, si vous voulez), comme si le grand air maritime montagnard ou campagnard ne leur convenait pas. La manifestation urbaine ressemble, à bien des égards, à la sortie dominicaine (j’utilise « dominicaine » malgré sa proche parenté avec l’église catholique, dominus=seigneur, car le monde n’est pas près à entendre vacancelaire, ouikenaire ou tout autre néologisme de bon aloi). Pour preuve, un truc qui me sidère, mais grave. Les familles avec enfants, enfants en bas-âge, voire landau. Qui peut manquer à ce point de jugeote pour traîner ses gosses dans des rassemblements populaires qui une fois sur deux se terminent en bataille rangée avec la police ? Un flash-ball dans la poire à quarante ans, c’est ultra-douloureux, mais à sept ans, vous imaginez ? Ce n’est jamais arrivé me direz-vous. Justement, vu que cela ne s’est jamais produit, il est fort probable que c’est pour bientôt.

J’ai manifesté dans ma jeunesse, en 1986. « Devaquet si tu savais, ta réforme où on se la met ». En vrai, je me suis arrêté dans le premier bistrot sur l’itinéraire, et je n’ai jamais pu recoller au peloton. En revanche, quelques jours plus tard, était organisée une marche silencieuse en hommage à Malik Oussékine (pardon si j’écorche son nom). Toute ma vie je me souviendrai de ce silence de mort sur la ville de Brest, à peine troublé par le son d’une sirène d’ambulance dans le lointain. Je me souviens aussi que les flics n’avaient pas montré le bout de leur nez.

Quand je vois ces policier étasuniens mettre un genou à terre par respect pour l’homme assassiné par un des leurs, je me dis que l’espèce humaine progresse, lentement, mais elle progresse. J’espère juste que ce n’est pas trop tard. D’ailleurs, ce geste m’en rappelle un autre. Les soldats Allemands et Français qui fraternisent à Noël en 1914. Rien à voir me direz-vous, pas si sûr. En 14, plusieurs poilus français furent puni pour avoir osé pactiser avec l’ennemi. Les officiers, les décideurs, les porte-monnaies garnis ne pouvaient supporter que la plèbe contreviennent à leurs ordres. Pourtant, si on y réfléchit deux minutes, on comprend que la guerre aurait pu basculer, si au lieu de retourner au front massacrer le type avec qui il avait bu du schnaps la veille, le seconde classe X avait collé une balle dans la cafetière de son supérieur, bien planqué à l’arrière à déguster des petits fours. Suivez bien l’actualité, si on apprend que des policiers étasuniens ont été suspendus voire radiés pour avoir montré leur empathie avec monsieur Floyd, cela voudra dire que l’humanité n’est pas près de sortir de la merde. Dans le cas contraire, l’espoir est permis.

Je ne peux vous quitter sans vous citer ce bon mot d’un manifestant anonyme que j’entendis un soir d’octobre 1986. « Il paraît qu’il vont nous envoyer des cars de CRS… Putain, ils pourraient quand même nous en envoyer des complets… »

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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