Déb de conf

45 jours, cher lectorat attentif. 45 jours.

45 jours que le pays est déconfiné. 45 jours que la France vit à nouveau.

45 jours.

Juste le temps nécessaire pour prendre du recul. Pour fair le deb du conf. Le débriefing du confinement.

45 jours. C’est le temps nécessaire pour que toutes les grandes gueules de France et de Navarre aient eu le temps de la ramener sur leur confinement particulier, si différent, ô combien instructif (vous avez vu ces petits trucs avec des plumes qui chantent toute la journée, incroyable non ?), si reposant, si philosophique… Bande de cons !

On n’a pas entendu la version de madame Unetelle, celle de monsieur Machinchose. Le confinement de madame et monsieur Toutlemonde (Odette ?).

Je m’érige en représentant du Français moyen, tout comme toi cher lectorat attentif.

J’étais confiné dans un 43 mètres carrés, loi Carrez, à Perpète-les-Ours, charmante bourgade du Bouchonois. Comme j’avais senti le vent de la panique et celui du boulet, je m’étais précipité à Carrouf pour faire des courses. Comme tout le monde. Résultat, mon appartement a diminué d’un tiers de sa surface vu que je n’avais pas suffisamment de placards pour stocker les pâtes, la sauce tomate industrielle, la farine, l’huile d’olive et le p-fion. Etant donné que je suis allergique à tous les produits transformés, je vends 78 bocaux de sauce tomate au basilic, à un prix raisonnable, date limite de consommation, hier.

Le deuxième jour, alors que mon épouse était sortie pour son heure quotidienne de jogging chez le voisin qui possède un tapis de course et un corps parfait aux muscles saillants, je fis une improbable rencontre dans mon appartement. Un tout petit être humanoïde, aux cheveux blonds indomptés et à la bouche chocolat, tentait d’attirer mon attention en poussant des borborygmes inaudibles. Totalement pris au dépourvu, je saisissais un balai et parvins à isoler la gnome dans une pièce attenante dans laquelle je ne pénètre jamais. Au retour de ma femme, je constatais qu’elle avait les cheveux humides qui sentaient la pomme, puis je lui demandais si elle avait une idée de l’identité de la personne de petite taille. Elle produisit une moue de fatigue dégoutée ou de dégout fatigué, au choix, et m’informa que l’être en question était ma fille. Je lui rétorquais que ce n’était pas possible, que la dernière fois où j’avais vu mon enfant, elle dormait dans un couffin après avoir tété mes seins de ma femme, produit un rot grotesque et expulsé un paquet malodorant. En effet, enchaîna mon aimée, c’était en juin dernier. Ah d’accord, je me disais aussi. Pétard, le temps passe vite ! A la fin du confinement, il faudra que je me renseigne sur le prix des scooters.

Le soir même, mon épouse faisait toujours la gueule. Elle alla applaudir les soignants chez le voisin sous prétexte qu’il habite au premier étage et qu’on entend mieux que chez nous au septième. Bon, pourquoi pas, je m’en fous, je n’applaudis pas. Je ne comprends pas le projet. Pourquoi applaudir des gens qui font leur boulot ? Est-ce qu’on applaudit le serveur qui n’a pas renversé notre osso bucco en glissant sur une mare de vin répandue par le connard de la 6 qui ne sait pas manger proprement ? Est-ce qu’on applaudit le balayeur de rue parce qu’il a ramassé les saloperies laissées par des fêtards égoïstes qui votent EELV ? Est-ce qu’on applaudit la prof de dessin qui se bourre de cachetons parce que les 4èD la font tourner en bourrique en diluant l’encre de Chine avec l’eau du bocal de Bubulle son poisson rouge ? (les obsèques de Bubulle ont eu lieu dans la plus stricte intimité aquatique bien que Kevin ait suggéré d’en faire des sushis) (les obsèques de Kevin ont eu lieu dans une beaucoup moins stricte intimité). Est-ce qu’on applaudit l’0S de chez Renault qui se fait chier depuis trente-deux ans à assembler des portières de Twingo ? Est-ce qu’on applaudit le commandant de bord qui pose son A307 sans encombre sur la piste 11 de Charles de Gaulle ? (c’est vrai que ces andouilles d’Etasuniens le font… Ils feraient mieux de trouver un nom à leur pays… ). Est-ce qu’on applaudit le chômeur qui essaye de s’en sortir en écrivant des romans de qualité tout à fait honorable (disponibles sur le site à qui il manque un sein dans la rubrique librairie, tapez le titre dans la barre de recherches : « Clipperton junior », « Dossiers froids, une enquête d’Isidore Lune », « L’institut des profs dépressifs », tous de l’auteur injustement méconnu, Louis Auguste) de manière à ne pas abuser des aides sociales ?

Le troisième jour, je sortis récupérer une chaussette qui s’était détachée de l’étendoir et qui avait chu sur le trottoir. Je remontais chez moi sans ma chaussette mais avec une amende de 135 euros pour absence de justificatif. J’avais eu beau expliquer aux flics (que je n’applaudis pas non plus) qu’aucune case ne correspondait à « chaussette égarée », ces charmants fonctionnaires me firent la leçon comme si j’avais quatre ans et demi, et ils refusèrent de prendre en compte mon cas particulier. Depuis, sur toutes mes attestations, je rajoutais à la main une case « chaussette perdue » que je cochais systématiquement en plus de la case « courses ». Je n’ai plus jamais été contrôlé.

Tous les jours suivants furent d’un ennui abyssal.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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