Rien ne va plus

L’état de grâce est terminé. Je suis le premier fautif. Je suis bien conscient que mes vingt derniers articles ne possédaient pas la fraîcheur, la qualité et l’humour des précédents. Mon talent se disperse, je suis au désespoir.

Je vais être obligé de commencer à nouveau mes textes avec la formule qui fit ma renommée et ma richesse : Cher(s) zéro lecteur(s).

Pardon à vous, dernier lecteur, dernier Jedi, dernier Samouraï, dernier baiser, dernier été à Tanger, dernier tango à Paris, dernier de la classe, dernier du culte, dernier des Mohicans, dernier combat,

(avez-vous remarqué, cher zéro lectorat attentif, que lorsque l’on répète à l’envi le même mot, notre cerveau bogue,  et le terme finit par perdre sa signification et revêtir un habit étrange qui lui donne un aspect fantomatique, à tel point qu’on finit par se demander si le mot existe réellement ?)  (n’hésitez pas à partager vos expériences, en vous remerciant)

dernier bal, dernier souffle, dernier récital, dernier étage, dernier repas, dernier des derniers, mais à jamais premier dans mon cœur.

Vais-je continuer à écrire ces chroniques sans âme, vouées à errer pour les siècles des siècles dans le cloud immatériel de la folie humaine ? Vais-je gâcher mon talent, mon temps et mes poumons à rédiger des papiers destinés à la déchiqueteuse ? Vais-je, enfin, mettre fin à cette vie illusoire de clavier et d’écran pour me consacrer à la recherche d’un boulot qui mettra des épinards dans mon beurre salé ?

L’énergie me manque. Votre énergie me manque, cher zéro lectorat attentif. Certes, je regarderai souvent les statistiques de ce quinze juin qui m’annonçaient que sept d’entre vous avaient consulté seize articles. Mon apogée, mon summum, mon climax. Je verserai une larme sur ma grandeur passée, sur ma gloire révolue. Je retournerai à l’anonymat de l’écriture solitaire. Je me plongerai dans ces histoires que personne ne lira jamais. Coûte que coûte, je viendrai à bout de ce roman dont j’ai accouché dans la douleur cinquante-et-une pages, à peine dix pour cent du résultat espéré. Mon roman signature. Celui qui restera. Celui dont on parlera dans mille ans comme d’une révolution littéraire (ah ben non en fait, dans mille ans la Terre n’existera plus depuis belle lurette, cf article « 2600 »). Cette histoire de l’humanité résumée à la résistance d’un caillou face à l’oppresseur omnipotent, avide et sans scrupules pour assouvir ses désirs inavouables. Nul ne frémira au récit de la fin d’un monde discutable mais qui a fait de son mieux. Je garderai en mon for intérieur ma vision apocalyptique du monde de demain.

Tant pis  pour vous.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

4 commentaires sur “Rien ne va plus

  1. Ne pleure pas, Janette, je suis de retour. Moi, le lecteur Number one, le plus attentif, le plus sérieux, j’étais parti plus d’une semaine. Mais, me voilà de retour. Bon, je dois me lire une dizaine d’article, maintenant.

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    1. Ah chic ! Même si vos passages fantômes ne sont pas comptabilisés. Avez-vous participé à un stage expliquant comment se procurer, à un prix raisonnable, Clipperton junior, sur le site au sein unique ?

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