Atelier d’écriture

« Jack Clayton alluma une Benson & Hedges. La fumée âcre du tabac lui rappela qu’il n’avait pas bu une goutte depuis qu’il avait quitté son agence située sur Hollywood Boulevard. Dès qu’il avait reçu le coup de téléphone de Johnny, il avait sauté dans sa Ford Mustang de 1967. Il avait descendu Elm Street au ralenti, avant de s’engager dans Green Street au coin de Santa-Monica et Venice. Il avait laissé derrière lui les lampadaires grisâtres de Coronation Street pour remonter à toute allure Paynible Boulevard. En traversant le quartier de Fulton, il s’était souvenu des jeux de son enfance quand il était le meilleur receveur du quartier coincé entre Kennedy Boulevard et la rue de la poste.

Maintenant, il regrettait les excès de la veille au bar du Grand Hôtel sur Beach Street. Franck, le barman, était une sommité dans l’art de confectionner des cocktails. Jack s’en tenait au bourbon américain. Le Jim Beam, le Jack Daniels, le Four Roses, le Johnny Drum, le Rock Town coulaient dans ses veines telles les eaux furieuses d’un Mississipi en crue… »

Pour écrire un polar étasunien, il suffit de posséder une carte d’état-major et de solides connaissances en matière d’alcools.

« Youri Alexandrovitch Sokolov battait la semelle sur le sol dur de la cour du Kolkhoze. Igor Vladimirovitch Andropov était en retard. Il avait dû être retenu par Sergueï Fedorovitch Balaïka dont la femme Svetlana Leonidovna Balaïkaïa fréquentait assidument Natacha Constantinovna Martinov, dont le fils Dimitri Andreïovitch Martinov devait épouser Raïssa Olegovna Bogdanov… »

Pour écrire un roman réaliste russe, il faut être russe.

« Nathalie séchait ses dernières larmes. Vincent l’avait quittée la veille pour une gamine de dix-neuf ans à la poitrine triomphante. Elle parvint à s’extraire du canapé pourpre de chez Colette, 4679 euros, prix conseillé, s’empara des photographies argentiques qu’elle compulsait depuis la veille  au soir et les jeta d’un geste rageur dans la corbeille à papier qui lui rappelait les heures passées, par son mari, à son bureau en acajou, lorsqu’il rédigeait les articles qui avaient fait sa renommée et sa richesse dans le monde feutré des amateurs de timbres du Dahomey occidental. Elle avala le fond de jus de carottes jaunes qui tiédissait au fond de son verre Aklioni, exclusivement distribué par Ikéa Nanterre. Elle secoua sa longue chevelure auburn puis frotta ses yeux violets. Elle ne se laisserait pas détruire par ce goujat. Elle allait reprendre sa vie en main… »

Pour lire des romans feelgood, il faut être un peu con.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Atelier d’écriture

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