Le Four de Transe

Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien le Four de Transe.

Entendons-nous bien, pour être tout à fait juste, j’aime les anecdotes qui émaillent l’épreuve cycliste du mois de juillet. D’ailleurs, je croyais que nous approchions de la fin du mois d’août, je vais balancer mon calendrier. Je déteste tout le barnum autour. Je déteste ceux qui salissent l’épreuve pour se remplir les poches. Certes, je comprends que les cyclistes gagnent leur vie, et plutôt confortablement, mais je ne parviens pas à comprendre ceux qui trichent. Lance Armstrong (bras fort ! ça puait un peu dès le départ, non ?) et consort qui non contents de se doper comme des chevals avant d’entrer dans un abattoir roumain, se permettaient de menacer les coureurs qui râlaient car, buvant de l’eau claire, il leur était impossible de rivaliser le cul vissé sur la selle. A une époque, le peloton était tellement chargé que l’intégralité des concurrents a été disqualifiée et c’est une 2cv Cochonou qui a été déclarée vainqueur.

Ce qui m’intéresse dans la Grande Boucle, ce sont ces héros presque anonymes, oubliés des palmarès, mais qui ont connu leur heure de gloire ou de désespoir. Et je m’en vais vous conter deux ou trois cas qui m’ont particulièrement marqué (come je fais appel à ma mémoire légèrement défaillante, et que c’est trop fatigant de vérifier, il se peut que je réécrive un peu l’histoire, mais tout part de véritables anecdotes, juré).

Au milieu des années 80, un jeune coureur totalement inconnu prend le départ du tour. Il est français et se nomme Joël Pélier. Son rôle est celui fort ingrat de coéquipier, de porteur d’eau. Il sait qu’il grimpe mal et qu’il se prendra une demi-heure dans les dents dès que la route s’élèvera. Tout le monde s’en fout de lui, seul son leader attire les flashs. Alors, un jour, il décide de prendre son destin en main. Une étape dans l’ouest de la France, Rennes/Futuroscope . Une étape dite de transition. Deux-cents kilomètres de plat et une arrivée promise aux sprinters. A peine le kilomètre zéro franchi, Joël se lance come un fou dans un raid désespéré. Dans le peloton, tout le monde se fout de sa gueule car personne ne l’a accompagné, que sa tentative est vouée à l’échec d’autant que le vent est de face. Le peloton s’amuse et lui laisse plus de dix minutes d’avance. A cinquante bornes de la flamme rouge, les cadors mettront leur train en route et le gamin sera avalé, relégué aux oubliettes et il pourra aller pleurer dans les jupes de sa mère. Toutefois, c’est mal connaître le jeune homme. Pendant deux-cents bornes, il va appuyer sur les pédales comme un taré. Il donnera tout, et plus. Vingt fois il pensera se relever, vingt fois il replongera le nez dans son guidon. Plus la ligne d’arrivée approche moins il est lucide. Son corps n’a plus qu’un but : faire en sorte que la connexion entre son cerveau et ses jambes ne flanche pas. Un élément étonnant est que Joël sait parfaitement qu’il sera totalement cramé pour l’étape du lendemain. Qu’il gagne ou qu’il perde, demain il abandonnera. Donc, pas le choix, il faut gagner. Et il gagne. Déjouant toutes les statistiques il résiste au retour des sprinters et gagne la course. Les commentateurs avalent leur micro. Rober Chapatte se sert un Ricard et allume une clope pour fêter ça. Le lendemain Joël Pélier n’abandonne pas. Il finira 118è du Four. Trois mois plus tard, tout le monde l’a oublié. Pourtant il est l’auteur d’un des plus grands exploits de l’histoire du Four.

A peu près à la même époque, Bernard Hinault survole les débats. A tel point que je vous mets au défi de citer un seul de ses équipiers. Cependant l’un d’entre eux, dont le nom m’échappe totalement sauf qu’il y a le son « en » dedans (Jacques Eclassan peut-être), va accomplir un truc assez dingue. Lors de la même édition du Four, il se retrouve à deux reprises dans une échappée qui va au bout. Et comme il possède une bonne pointe de vitesse, il remporte les deux étapes. Jusqu’ici c’est bien, mas pas de quoi fouetter trois pattes à un canard. Sauf, car il y a toujours un sauf, sauf que cet homme n’est pas un coureur comme les autres. Cette année-là, le vainqueur de chaque étape gagne une voiture et pas un lion en peluche. Donc ce coureur gagne deux voitures. Comme c’est cocasse, un journaliste lui demande ce qu’il va faire du deuxième véhicule. Le coureur répond qu’il aimerait bien l’échanger contre un tracteur. Cet homme est agriculteur; il court (presque) pour le plaisir !

Toujours à la même époque (la vraie ?), trois hommes s’échappent en début de Four. Ils comptent jusqu’à vingt minutes d’avance et vont se disputer la victoire. Or l’un des trois est mieux placé au classement général, fatalement. C’est le Français Vincent Barteau. Il est certain d’endosser le maillot jaune et laisse donc ses deux compagnons se battre pour le gain de l’étape. Je crois que c’est un obscur Italien qui l’emporte. C’est le troisième homme qui me touche le plus. Ni victoire, ni maillot jaune. La lose complète.

J’aime Pedro Delgado quand il disait le « maillot yaune ».

J’aime Joop Zoetemelk car Zoetemelk signifie « lait sucré » en Batave.

J’aime l’idée de la petite lanterne rouge accroché à la selle du dernier du classement général, qui malheureusement n’existe plus.

J’aimais la tradition du 14 juillet quand les coureurs faisaient les cons en début d’étape, genre le plus petit et le plus grand du peloton échangent leur vélo pour quelques kilomètres.

Allez, je vous laisse, l’étape va commencer.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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