Carton rouge

Je ne sais pas vous, mais moi, parfois, je me demande.

L’autre nuit, je regardais un florilège des buts du championnat de Colombie de football sur internet (oui, je n’ai pas de vie) lorsque, une scène du match entre l’A.S. Beuh et le F.C. Coke attira mon attention. A leur entrée sur le terrain, l’intégralité des joueurs se signèrent et pointèrent leurs index vers le ciel. Un peu surpris par ce rituel, je compris assez vite, car je suis un rapide, que ces hommes majeurs et vaccinés confiaient leur destin à leur dieu hypothétique. Il est bien entendu que ce dieu n’a rien d’autre à foutre que de regarder le championnat de Colombie de football. Un doute m’assaillit alors. Puisque le dieu était convoqué de part et d’autre, quel camp allait-il choisir ? Mon mauvais esprit se tut et ma sagesse me souffla que le dieu dans son immense mansuétude allait programmer un match nul, ainsi ses ouailles seraient contentes. Que nenni ! Le F.C. Coke l’emporta 0/5. Une déculottée à domicile pour les joueurs de l’A.S. Beuh. Leur dieu n’est pas miséricordieux puisqu’il choisit d’humilier une des deux équipes. Curieusement les vaincus ne semblaient pas en vouloir à leur divinité car ils effectuèrent à nouveau le signe de croix en quittant la pelouse. Je suppose que leur dieu avait joué au loto sportif et qu’il avait besoin de liquidités. Comme ce match se passait en Colombie, me revint en mémoire cet épisode tragique de la coupe du monde 94 (ou 98 chépu). L’équipe nationale de Colombie, dont l’intégralité des équipements était financé par monsieur Pablo E., généreux donateur et mécène à ses heures, fut éliminée, à un stade de la compétition qui m’échappe, après une partie plus qu’honorable, à cause d’un but contre son camp du défenseur Andrès Escobar (ça ne s’invente pas). A son retour au pays, ce jeune homme de vingt-sept ans fut purement et simplement assassiné. Je pense que le dieu des colombiens avait misé toutes ses économies sur une victoire des enfants du pays.

Il apparaît, à la vision de certains matchs, que les sud-américains sont coutumiers du fait. Pas d’être assassinés quand il marque un autogoal, de se signer avant de pénétrer sur le terrain. Et ce quel que soit le montant de leurs émoluments. Outre qu’il me semble qu’il s’agit de prosélytisme déplacé qui devrait être interdit sur un terrain de jeux, j’ai du mal à comprendre que ces grands garçons pétés de thune supplient un être hypothétique de les aider à massacrer, métaphoriquement parlant, leurs adversaires d’un jour. Le football a ses raisons que la raison ignore.

Je pense qu’il ne serait pas inutile de rappeler à ces messieurs adeptes de la balle au(x) pied(s), que lors de la seconde guerre mondiale, les soldats allemands arboraient sur la boucle de leur ceinturon, un laconique « Gott mit uns ». J’écris cela je n’écris rien.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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