Le parking des anges

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai assisté à une curieuse scène ce matin.

J’habite une petite ville côtière dont les touristes désertent peu à peu les plages et les commerces. Il ne reste guère que ces retraités en camping-car flambant neuf mais aux pare-chocs éraflés qui manœuvrent leur engin comme s’il s’agissait d’un jumbo-jet. Contrairement aux stations balnéaires luxueuses et tape-à-l’œil, ici personne ne se plaint. Les anciens qui roulent dans un véhicule à 40 000 euros disposent d’un pouvoir d’achat important qui réjouit les vendeurs de souvenirs poussiéreux et les marchands de glaces chimiques. Ils traîneront leur mastodonte à moteur jusqu’aux frimas d’octobre avant de s’orienter vers le soleil austral. Une particularité de ces personnes âgées est qu’elles constituent une partie non-négligeable des ouailles se dirigeant d’un pas arthritique vers le porche de l’église après avoir tant bien que mal rangé le camion blanc sur douze places de stationnement.

La procession attira mon regard. J’ai même failli pénétrer dans le lieu de culte afin de me rendre compte du nombre de fidèles. Comme l’église occupe plus de vingt pour cent de la place du village, et que la population de la localité se monte à 3500 âmes, sans les touristes, j’estime que si la messe ne rassemble pas 700 personnes, la destruction de l’édifice n’est qu’une question de raisonnement logique. C’est alors que j’aperçus un extra-terrestre. Si, juré. Sous le porche, récemment réhabilité à hauteur de 500 000 euros (fouillez un peu ce blog, je me suis déjà attardé sur ce scandale lié à l’argent public), se tenait un être étrange à la peau sombre, vêtu d’une combinaison verte, qui se frottait les mains énergiquement. C’était le curé. Je n’avais jamais vu un prêtre faire de la retape sur le trottoir. On aurait dit un de ces connards de Pigalle qui embobinent les gogos pour leur faire payer 1000 euros une bouteille de mousseux tiède. Si sa peau était plus pigmentée que celle de la plupart des habitants du canton, c’est parce que les autorités ecclésiastiques peinent à trouver des officiants ailleurs que dans les pays africains, là où l’exercice de la prêtrise n’est qu’une façon assez efficace de se sortir de la misère, s’il était habillé comme un poisson, c’est parce qu’il venait de recevoir sa tenue pour le carnaval et qu’il s’était dit que c’était une bonne idée de l’inaugurer face à ces péquenauds qui ne feraient pas la différence avec son aube habituelle, s’il se frottait les mains avec la dernière énergie, c’est parce que croyant ou pas, le gel hydroalcoolique c’est plus prudent.

Alors que la moyenne d’âge frôlait le siècle, une jeune femme à vélo se présenta et glissa quelques mots au représentant d’un dieu hypothétique. Hélas ! j’étais trop loin pour entendre, mais la scène qui suit me sidéra et manqua m’étouffer de rire sous mon masque. Le curé opina fortement du chef, la jeune femme saisit sa bicyclette par le cadre et franchit les quelques marches menant à la nef. L’église se diversifie en permettant à ses fidèles de mettre leur vélo à l’abri pendant la messe, on n’est jamais trop prudent. Je vous jure que c’est vrai.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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