C.U.L. de BD

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, je me sens comme un lundi.

Alors, j’ai décidé de vous éduquer un peu en vous entretenant d’un art, le neuvième, trop souvent oublié, voire dénigré, dans notre beau pays covidé. Je suis un grand amateur de bandes-dessinées depuis ma plus tendre enfance. Pourtant mon géniteur ne cessait de me rabâcher que les BD n’était qu’un ramassis de conneries et de fautes d’orthographe. Il est vrai que ses lectures le menaient davantage vers les ouvrages Rebatet ou Brasillach, certes dénués de fautes de français, mais pas de conneries.

Si mes souvenirs sont exacts, mes premières amours illustrées s’appelaient « Blek le roc », « Zembla », « Janus Stark », des BD au format de fanzine qui pullulaient dans les années 70. J’en ai la nostalgie aujourd’hui, si j’avais des sous j’arpenterais les vide-greniers pour racheter tout cela. Puis, j’ai eu ma période Pif Gadget. Je me régalais des aventures de Pif et Hercule, de Pifou (glop, pas glop), de Placid et Muzo, de Rahan (le fils de Crao). Vers huit neuf ans, je découvris les quatre incontournables que je dévorais pour la première fois (je dois en être à cent aujourd’hui) : Tintin, Astérix, Lucky Luke (Luc le chanceux) et Gaston Lagaffe. Depuis je n’ai jamais cessé de lire et de relire les merveilles que nous proposent les dessinateurs et les scénaristes. J’avoue un net penchant pour l’école belge des années 70 et 80, mais j’aime aussi découvrir des séries plus modernes.

Voici ma bédéthèque non-exhaustive idéale, avec toute la mauvaise foi qui me caractérise.

Martin Milan – Goddard – Le créateur de « La jungle en folie » et de « Norbert et Kari », qui n’a rien à voir avec son presque homonyme cinéaste, atteint l’apogée de sa carrière avec les aventures déliro-philosophiques de ce pilote d’avion-taxi aux cheveux carotte et à la pipe vissée aux lèvres. Injustement méconnue, cette courte série, moins de quinze albums, est un vrai régal d’humour absurde et de réflexions humanistes (« Groagreugro, avec un agreu entre les deux gro »).

Gil Jourdan – Tillieux – Un détective relativement classique choisit un repris de justice comme adjoint, Gil Jourdan et Libellule. Dit ainsi, c’est mal vendu, mais cette BD, représente le génie de l’école belge. Des histoires soignées, un trait clair et un humour omniprésent (« Mais vous trichez ! Vous jouez avec des cartes que je ne vous ai pas données ! »).

Toute l’œuvre de Hermann – Le plus grand, indéniablement. Quatre séries formidables. Bernard Prince, Comanche, Les tours de Bois-Maury et Jérémiah. Les grincheux affirmeront que les aventures post-apocalyptiques de Jérémiah et Kurdy auraient mérité de s’arrêter au bout de vingt albums (le 38è sort ce mois-ci). C’est faux. Même si la série est inégale, elle recèle de véritables bijoux (« Du sable plein les dents », « Roméus et Julia », « Le petit chat est mort »…), et, pour moi, chaque nouvel album est un ravissement. Bernard Prince et Comanche sont si géniales que, lorsque Hermann les a abandonnées, elles ont été reprises, rarement avec bonheur.

Bruno Brazil – Albert & Vance – Un agent secret français constitue un groupe de têtes brulées pour traiter les affaires dont l’état ne veut pas entendre parler. Vance et Albert sont des purs génies. C’est, à ma connaissance, la seule bande-dessinée qui se permet de faire mourir ses héros. Je l’ai déjà écrit ici, « Quitte ou double pour Alak 6 » est la meilleure BD de tous les temps.

Durango – Yves Swolff – Une BD western qui lorgne du côté de Leone davantage que de celui de Ford. Un dessin pur et agressif à la fois. Aucune concession. Violence retenue. Un must.

Clifton – Raymond Macherot – Un détective so british, avec l’humour et la moustache qui vont avec.

Léo Loden – Arleston & Carrère – Un détective marseillais avec l’humour et le tonton qui vont avec.

Edika – Le plus barré de tous.

Et Jugurtha, Ramiro, Godasse et Godaille, Sammy, Léonard, Tony Stark, Pauvre Lampil, Les passagers du vent… Tant et tant de merveilles qui ont embelli ma vie. Si un jour, je goûte à une retraite méritée et financée, je me suis promis de tout relire (plus ou moins 2000 albums).

Un dernier mot sur une BD à part. Idées noires de Franquin (l’auteur de Gaston entre autres). La loi devrait interdire de vivre sans avoir lu ce chef d’œuvre d’humour noir. Très noir.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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