La foultitude

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Ce matin, en sortant d’un commerce qui vend de la mort en tubes, je suis tombé sur une connaissance. Nous avons discuté le bout de gras pendant vingt minutes durant lesquelles il a salué une bonne dizaine de passants. S’il est légèrement plus âgé que moi, nous habitons tous les deux la même ville qui compte environ 9000 âmes. Sur les dix personnes je n’en connaissais qu’une (ou reconnaissais d’ailleurs) qui, elle, ne sembla pas avoir la moindre idée de l’identité de ma pomme.

Je ne connais pas les chiffres donc je vais improviser, mais je ne serai pas loin de la réalité. En moyenne, nous rencontrons 25 000 individus dans notre vie. 1 000 d’entre eux nous marquent d’une façon ou d’une autre, et 300 entrent dans notre cercle restreint (je raconte n’importe quoi, mais je suppute frôler la vérité). Le garçon avec qui je discutais paraît refléter parfaitement cette théorie. C’est un individu sociable, disert sans être bavard, sympathique sans être obséquieux. Ce n’est pas un notable ni l’idiot du village. En résumé, c’est une personne lambda.

Me concernant (revenons au fondamental), j’ai souvent l’impression d’évoluer dans un monde imaginaire. Mais né de l’imagination de quelqu’un d’autre, pas de moi. Dans les rues de la ville où j’ai vécu de ma naissance à mes 33 ans, je ne croise (presque) jamais de têtes connues. Il arrive pourtant que des gens me dévisagent, mais je pense que c’est pour admirer la perfection de mes traits. Il me semble avoir déjà écrit ici que je souffre d’une maladie peu médiatisée, dont le nom m’échappe, qui consiste en une malfonction du cerveau. Celui-ci refuse d’intégrer l’image des gens peu fréquentés. Franchement, il vaut mieux supporter cette pathologie plutôt qu’un cancer du pancréas, mais c’est parfois embarrassant.

Sur les conseils de mon médecin, je déambule, d’un pas alerte, au moins une fois par jour sur les trottoirs de la cité qui m’a vu naître. Statistiquement, je devrais rencontrer d’anciens camarades de beuverie (ceux qui ont survécu en tous cas), d’anciennes camarades de coucherie (celles qui n’ont pas fait appel aux services d’un chirurgien esthétique en tous cas), néanmoins, mes marches ne s’accompagnent que de ma solitude. Je ne salue que la boulangère et la buraliste avec qui je n’ai jamais bu une bière ni partagé une couette.

J’imagine que ma future notoriété (attention spoiler) va rebattre les cartes. D’ici quelques semaines, il me sera impossible d’arpenter la rue neuve sans être assailli de toutes parts par mes admirateurs en folie. Je me verrai dans l’obligation de déménager. J’hésite entre Miami et Knokke-le-Zoute. De toutes façons, je ne connaitrais personne dans l’une ou l’autre ville.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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