Alerte disparition

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande pourquoi des mots disparaissent de la langue française. Que des mots apparaissent quotidiennement, c’est normal, et il faudra, dans un prochain article, que je vous entretienne à ce sujet. En revanche, la disparition d’une partie du lexique me laisse pantois. Certes de nombreux mots perdent petit à petit leur usage, mais ce n’est pas une raison pour les escamoter des pages du dictionnaire. Il est assez curieux de noter que messieurs Larousse ou Robert se défendent de leurs choix subjectifs en affirmant qu’il leur faut faire de la place aux nouveaux mots. C’est un argument stupide car je ne vois pas ce que quelques pages de plus peuvent changer à un ouvrage si conséquent. D’autant que ces andouilles éditent des dictionnaires expurgés, ce qui est à peu près aussi imbécile que de confectionner de la vinaigrette sans moutarde, et que les dictionnaires dit complets n’existent quasiment plus dans les rayonnages des librairies. Pour se les procurer, il faut en faire la demande expresse auprès de l’Académie Française.

Je ne suis pas le seul à m’insurger face à la disparition de certains mots. Monsieur Pivot leur a même consacré un dictionnaire. Il pleure carabistouille, coquecigrue ou barguigner, et je joins ma peine à la sienne. Je suis comme tout le monde, mon vocabulaire commun se résume à un petit millier de mots, mais ce n’est pas pour autant que je suis pour l’éradication du lexique désuet.

Un mot, un seul, me donne envie de partir en croisade. Je milite activement pour qu’il retrouve sa place inaliénable dans la syntaxe française. Ce mot me manque tant que je l’ai identifié. Il s’agit de monsieur Ne.

Monsieur Ne a disparu du langage oral. Moi-même, je me fustige chaque fois que je prononce « je sais pas ». Je ne suis qu’un mouton qui suit le courant populaire. Pourtant, mes oreilles saignent à chaque fois que monsieur Ne n’apparaît pas là où il devrait. Je pense, le cœur gros, à monsieur Pas. Monsieur Ne et monsieur Pas sont indissociables depuis des siècles. Et soudain, monsieur Pas se trouve orphelin. Il erre comme une âme en peine dans les propos de bistrots ou de cours de récréation. Il se souvient de ces jours heureux lorsque son union avec monsieur Ne ne souffrait aucune contestation. Monsieur Pas sans monsieur Ne, c’est un peu comme Laurel sans Hardy, Abbot sans Costello, Jacob sans Delafon. Certes, monsieur Ne donnait quelques coups de canifs dans le contrat en s’acoquinant avec monsieur Jamais, avec monsieur Point, avec monsieur Guère, avec monsieur Goutte, avec monsieur Que, avec monsieur Plus et quelques autres. Mais je n’écris pas pour juger les mœurs du lexique, chacun est libre, d’autant que le couple que formait monsieur Ne et monsieur Pas ne semblait pas vaciller malgré ces infidélités. Ils vécurent même des aventures en solo.

  • « Qui veut encore du gâteau ? »
  • « Je NE sais. PAS moi en tous cas. »

Il est étonnant de remarquer que dans ces expériences solitaires monsieur Ne laissait toujours la possibilité à monsieur Pas de se faufiler, la réciprocité n’étant pas vrai (si vous n’avez pas compris cette, pourtant brillante, démonstration, je vous recommande d’ouvrir une grammaire de CM1).

Alors, cher lectorat attentif, je vous en conjure, œuvrez pour la réhabilitation de monsieur Ne dans les propos oraux tenus par nos compatriotes et autres francophones, sinon, monsieur Ne risque de quitter petit à petit les pages de la littérature écrite et dans cinquante ans ces andouilles de messieurs Larousse et Robert admettront « Chépa » dans leurs publications.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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