Quand le dépanneur vint

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, souvent, j’attends.

En ce moment, 8H34, j’entame une attente qui peut durer, si tout va bien jusqu’à midi. Midi max, en principe. J’attends un employé des eaux qui doit vérifier voire changer le robinet qui permet de couper l’arrivée d’eau dans la maison. Actuellement, à chaque fois que je quitte mon logement doux logement pour une durée excessive, il me faut faire appel aux services de Hulk pour tourner ce damné robinet. Cependant, vous comprendrez que, comme ledit robinet se situe en amont du compteur, ce dépannage ne relève pas des priorités de l’entreprise dans la mesure où elle en sera pour ses frais. Donc, j’attends.

Au fil de mes longues années passées sur cette misérable Terre de larmes et de douleur, j’ai développé une théorie. Elle me concerne, mais je pense ne pas être le seul à la subir. La voici. Nous passons la moitié de notre vie à attendre l’autre moitié. Autrement dit, nous attendons tout le temps. Un coup de fil, un courrier, une visite, un dépanneur, l’amour, la chance, la pluie, le beau temps, la fin du match, le début du film, les premières noix (vous ai-je déjà entretenu de mon amour inconsidéré pour les noix fraîches ?), que le linge soit sec, au feu rouge, à la file de la caisse qui avance moins vite que celle d’à côté forcément, dans les administrations (attendre + administration = pléonasme), chez le médecin. Ici, il me faut appuyer sur pause. Lorsque j’exerçais une activité rémunérée, j’étais comme tout le monde. Je prenais des rendez-vous chez le toubib en fin de journée. Il m’est arrivé, une fois, de me présenter à 17H45, dans la salle d’attente pour une consultation prévue à 18H. Je n’ai pas trouvé de place assise. Dix-sept personnes s’entassaient dans le réduit minuscule, qui toussant, qui criant, qui dormant, qui pianotant sur son smartphone. J’avais oublié de me munir d’un livre qui aurait adoucit les quatre heures que dura mon attente dans cette putain de salle. Quand vint mon tour, alors que je connaissais sur le bout des doigts les problèmes de cœur des têtes couronnées dans les années 90, le médecin me reçut sans le moindre mot d’excuse, comme s’il allait de soi que le malade dût agoniser avant de consulter le praticien. Si en arrivant, je souffrais d’un mal bénin, face au médecin, j’étais à l’article de la mort dépressive. Il me suffisait de changer de médecin, me direz-vous, certes, seulement il s’avérait que celui-ci était très bon (il m’a sauvé la vie, je vous le narrerai un jour si vous êtes sages). Depuis que je dispose de mon temps à mon gré, j’ai trouvé une astuce pour éviter l’attente dans les salles du même nom. Oh, rien de révolutionnaire, juste un peu de réflexion et hop, l’affaire est dans le sac. Pour bénéficier de ma malice, il vous suffit de bien repérer les horaires de votre docteur et d’exiger un rendez-vous à l’heure à laquelle il entame sa demi-journée. En principe, plus d’attente. Prévoyez tout de même un bouquin, on ne sait jamais. A une époque, j’avais trouvé un ophtalmo qui acceptait tout le monde dans un délai d’un mois (si si juré, il en existe, Dr Dewaele à Quévert). En revanche, il fallait prendre sa journée. Vous arriviez à 14H en étant certain d’être ausculté mais sans savoir à quelle heure. Cet homme s’occupe des urgences à l’hôpital de jesaispuou. Un jour, alors que mon tour était venu après deux heures d’attente (raisonnable) et que la secrétaire claironnait mon nom comme si on allait me remettre la légion d’honneur, en me levant, je faillis percuter l’ophtalmo qui sortait de son cabinet en courant. Je craignis que le pauvre homme ne fut la victime de quelque embarras gastrique, mais non, c’était une urgence. Il est revenu cinq heures plus tard. J’avais apporté un roman trop court.

9H03

Il est amusant de remarquer que la chanson populaire s’est emparée du problème de l’attente. JJG a écrit « Je t’attends » pour Johnny. Dalida chantait « J’attendrai ». Et Trenet « Je tâte André à la porte du garage », mais cela ne nous regarde pas.

9H19. Quelle mauvaise langue je fais, le technicien vient d’arriver. Pourvu qu’il ne soit pas appelé pour une urgence.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Quand le dépanneur vint

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