Breakfast at Chezmoi’s

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, souvent, il y a des trucs qui m’éneeeeeeervent.

« Calme-toi Roger, le docteur l’a dit, c’est pas bon pour ce que tu as ».

Donc, je me calme. Mais je bous.

Je gagne très modestement ma vie, à tel point que je me demande certains jours si je ne la perds pas plutôt, cependant, comme tout un chacun, je consomme. Je consomme à hauteur de mes moyens, mais je consomme. Si j’avais des moyens démesurés, je consommerais à hauteur de mes moyens démesurés, soit dit en passant. Ce que je ne supporte pas, malgré un caractère affable et une propension quasi nulle à sortir de mes gonds, c’est d’être pris pour une tanche par les vendeurs de toutes sortes. J’estime que, lorsque je débourse un centime, dans les commerces de proximité ou d’éloignité, ce centime mérite d’être pris en compte (mon raisonnement serait le même si je déboursais un million). Or, il arrive, trop souvent à mon goût, que les maquignons des temps modernes considèrent qu’il faut d’abord vous vider les poches et ensuite vous délivrer un service (j’avais presque envie d’écrire un « sévice » ; tiens, il semblerait que ce mot n’existe qu’au pluriel, logique au fond). Prenons un exemple classique. Chaque mois, vous versez une somme non-négligeable à un fournisseur d’accès à internet. Bien. En échange de vos sous, ce monsieur est censé vous procurer le fameux accès. Il ne précise jamais, lorsqu’il vous reçoit tout sourire, la cravate de travers, que le service qu’il vous vend peut connaître des petites défaillances, du genre planter pendant trois jours. Il ne vous précise pas non plus que la plateforme téléphonique que vous tenterez de joindre est située à Casablanca et que le personnel est déformé pour ne jamais répondre à vos attentes. Il en va de même avec Canal+ (oui, je suis un pauvre avec des goûts de luxe). Même si objectivement la chaîne cryptée est en nets progrès, périodiquement mon téléviseur m’envoie le message suivant : »Vous devez actualiser vos droits pour continuer à bénéficier des formidables programmes que vous payez une blinde ». Ce qui ne colle pas dans ce message, c’est que je ne peux rien y faire. A part téléphoner en Roumanie. Mon compte a été débité, mais je ne jouis pas de ce que je me suis offert grâce à l’argent du contribuable. Et va-t’en espérer un dédommagement. Nib, walou, quetchi. Même pas un pin’s parlant.

Ce matin, comme tous les matins, je m’apprêtais à déguster le meilleur repas de la journée (et le seul vu que tous mes sous passent chez Canal+ et chez mon dealer). En sifflotant un air de Burt Bacharach, j’entrepris de couper en deux un pamplemousse (j’adore ce mot, pamplemousse). Une vision d’horreur m’attendait. Le fruit en principe rosé grâce à la chimie moderne, s’avéra brun comme de la merde et avec une odeur approchante. Je me retins de projeter 49,5 centimes d’euros contre le mur de la cuisine car celui-ci vient d’être repeint grâce à l’héritage de tonton Georges, 213 euros et une demi-bouteille de Cognac. Déjà que payer un fruit unique six francs cinquante me déchire un peu le fondement, imaginez ma fureur quand le fruit finit directement à la poubelle. Comment voulez-vous vous plaindre à la grande surface qui vous a fourgué un fruit pourri ? Lorsque je vois les employés mettre les agrumes en rayon comme si c’était des balles de tennis, j’ai envie de leur filer des baffes. Eux ils bouffent des rice-crispies au p’tit déj’, ils ne risquent pas de trouver un flocon d’avoine gâté.

En parlant d’agrumes, alors que fébrilement je coupais un deuxième pamplemousse, je me souvins d’une campagne de pub qui fit beaucoup de bruit dans les années 70. Les oranges Outspan. Qui s’en souvient ? Ne répondez pas tous en même temps ! Outspan était une entreprise sud-africaine productrice d’agrumes. Comme la plupart de ses semblables, elle abusait de l’apartheid en exploitant sans vergogne une main d’œuvre noire bon marché, voire gratuite. Pour une raison qui m’échappe, Outspan ouvrit les yeux sur les manigances ignobles de la communauté blanche et entama une campagne de réhabilitation des ouvriers noirs. Chacun de leur fruit fut affublé d’un autocollant représentant une tête d’homme noir écrasée sur un presse-oranges manuel. Cette tentative somme toute plutôt louable fut comprise à l’envers. Outspan fut vouée aux gémonies et fit faillite. (comme d’habitude je me fie à ma mémoire fatiguée, si vous possédez davantage de neurones que moi, manifestez-vous)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

19 commentaires sur “Breakfast at Chezmoi’s

  1. Tellement vrai, tout ça ! Et encore je trouve que tu es vachement gentil avec les fournisseurs internet ! Et l’arnaque de la fibre pour les petits bleds ? On en parle aussi de ça ?! « On » te fait miroiter la fibre optique pour tout le monde avec grands renforts de pub des élus pour bien se faire mousser des électeurs (désenclavage), ensuite on creuse les routes (refaites à neuf quinze jours avant pour le passage du Tour de France, et on était content d’avoir des casquettes Cochonou !), on enfourne de la fibre en paquet de douze sans trop bien reboucher le trou, la plupart du temps, puis (acte 3) : « on » te fait raquer dans les impôts locaux pour tout ça , re-puis (acte 4) : on t’apprend finalement que tu n’auras jamais la fibre chez toi, car tu est trop loin du répartiteur où elle arrive ! Tu te coltineras donc jusqu’à la mort des rats une connexion aléatoire (pluie, vent, neige) comme avant (et même de pire en pire car plus personne ne veut prendre en charge un vieux fil en cuivre tout pourri ! Ah, c’est beau le progrès !

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      1. Chez moi, la fibre arrive jusqu’à l’entrée du village depuis 2009. La tranchée s’arrête pile au panneau. Et la commune (500 habitants) n’a pas les moyens de faire les travaux, car il y a tout le réseau à refaire, c’est que des vieux fils pourraves (c’est bien fils dans le sens de pluriel de fil, et non les rejetons de la comune qui sont vieux et pourraves). Du coup, on a pratiquement tous internet avec une mini parabole pointé sur un répétiteur sur la montagne en face. Ou sur les montagnes, selon où on est dans le village, on a un émetteur ou un autre.

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  2. Bel article en effet atténuant tous ces désagréments bien réels par un humour remarquable ! On pourrait en ajouter… la 5G par exemple. Je viens d’avoir une expérience pour une demande de de d’réexpédition de courrier avec la poste, sur internet, qui m’a bien énervé… Belle journée dans notre modernité !

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  3. « Non mais sérieusement » tu m’as bien fait rire !
    Sais-tu que je ramène systématiquement mes fruits pourris là où je les ai acheté ? À peu près 1 avocat sur 2 retourne à la case départ avec son ticket d’achat ! Ouvert ! forcément puisqu’il faut l’ouvrir pour découvrir l’escroquerie ! Et je n’aime pas me faire escroquer. Et je repars avec un neuf (nan : pas un n’oeuf !) que je promets de rapporter s’il est dans le même triste état à l’intérieur. Du coup je le prends un peu plus dur et j’attends qu’il ramollisse at home, bien au chaud et entouré d’amour. Le problème c’est qu’entre-temps je perds son ticket… et que celui-là, soit il est bon, soit je suis frustrée de ne pouvoir le ramener ! pareil pour les ananas qui brunissent au centre alors qu’ils sont encore archi-acides !
    Je dois avouer que je fais cela sur recommandation d’une caissière de ma superette. Je ne te dis pas le nombre d’agrumes que je rapporte, achetés en filets dans lesquels il y en a toujours un fruit à demi-pourri ! Là on me redonne un filet complet contre… le fruit incriminé !
    Marre de ce système de voleurs où on te prends pour un lapin de 6 mois !

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