La tête sur les épaules

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande dans quel monde nous vivons.

Je ne vais pas me joindre à la cohorte d’hommages à l’endroit de ce pauvre homme qui a été décapité car il exerçait son métier. Je n’ai pas toutes les informations sur son assassin, mas ce que je sais, c’est que je regrette qu’il ait été abattu par les forces de l’ordre. Pourtant, j’ai très peu pleuré les frangins crétins en 2015. Leurs actes ignobles perpétrés au nom d’un dieu hypothétique ne méritaient pas un procès onéreux lors duquel de trop nombreuses voix auraient trouvé des excuses à l’inexcusable. Cette fois, pourtant, le meurtrier aurait pu, il me semble, desservir sa propre cause. En effet, comment quelqu’un de bien équilibré pourrait-il défendre un acte d’une telle barbarie. Si vous êtes un fou de dieu, que vous assassinez à la Kalachnikov ou en posant des bombes, c’est compréhensible, cela fait partie du folklore terroriste. Mais la décapitation résonne comme une exécution du Moyen-Age (même si la monte-à-regret a fonctionné en France jusque dans les années 70). Je ne sais pas quel outil le dingue a choisi, mais je suppose qu’il ne disposait pas d’une salle d’opération stérile et de scalpels chirurgicaux. Peut-être que son visage haineux dans un prétoire aurait permis à « certains » de réviser leur jugement quant à la miséricorde divine. Et puis quoi ? Il aurait été condamné à trente années de détention incompressibles. Dans une prison de haute sécurité. Trente ans, c’est beaucoup. Tenez, souvenez-vous ce que vous avez fait l’été 90 et dites-vous que depuis votre flirt avec Camille (pratique ce prénom épicène) vous avez passé votre vie derrière les barreaux et que vous sortez aujourd’hui. Voilà ce que c’est trente ans. Rien. De plus, les prisons de haute sécurité n’existent pas en France, et les hélicoptères volent bas au-dessus des cours de promenade. On peut même imaginer que ce type ait été échangé contre un otage détenu par AQMI? En douce, au bout de dix ans. Qui s’en soucierait ? Finalement, la police a fait son travail…

Avez-vous une idée de ce que donnerait le résultat d’un referendum pour ou contre la peine de mort en France quelques semaines après un acte aussi démoniaque ? Je vous laisse à votre réflexion.

Je pense à cet ami qui, comme presque tout le monde, était effondré après le massacre à Charlie-Hebdo. Alors que je tentais de le consoler avec des paroles lénifiantes, il me regarda de ses yeux embrumés et me confia la chose suivante. « Tu ne comprends pas, ces mecs n’étaient pas que des dessinateurs et des zigotos, ils étaient mes héros. Depuis quarante ans, ils participaient à l’équilibre de la société, ils empêchaient l’obscurantisme de fondre sur le monde. Ce qui les rendait plus forts que tout, c’est qu’ils le faisaient en rigolant… »

Maintenant, il suffit de dire des vérités en cours pour que des illuminés décident de votre mort. Quand je pense que, lorsque j’enseignais, il m’est arrivé d’expliquer à des sixièmes que les trois livres des trois principales religions monothéistes n’étaient en réalité qu’un seul et même ouvrage plus ou moins révisé et interprété. Je n’ai pas mis ma vie en danger ni même ma carrière (c’était le programme à l’époque, les textes fondateurs, une belle connerie), mais j’ai eu quelques retours assez négatifs alors que je n’énonçais que des faits objectifs (un jour, j’ai raconté l’histoire du saint-suaire de Turin de manière un peu taquine, le fait que des scientifiques avaient daté le bazar au carbone 14, et que, en étant large, le bout de tissu ne pouvait remonter à plus de mille ans ; aucune plainte). Je suis pessimiste de nature. Et encore plus depuis 2015. Je ne crois pas que tous les profs de France et de Navarre vont se sentir menacés dans l’immédiat, mais c’est pour bientôt. Inconsciemment sans doute, beaucoup vont alléger leur discours. Vont, petit à petit laisser la place à une autre version. Pardon, je sais que certains d’entre vous tiqueront en lisant ces mots. Un exemple, juste un. Savez-vous que certaines institutions, que je ne nommerai pas, pour éviter les conflits, ont choisi de servir de la viande halal à tout le monde, pariant sur le fait que les athées s’en battront les steaks (justement) et que les Chrétiens renâcleront à déclencher un scandale « islamophobe » ? La viande halal a-t-elle un goût différent de l’autre viande ? Non, alors pourquoi faire du tintamarre ? Oui, pourquoi…

Quitte à perdre des lecteurs que je n’ai pas en grand nombre, j’aimerais vous rappeler mon credo. Il n’engage que moi, il n’insulte personne et respecte la dignité humaine. Le 21è siècle ne serait-il pas le moment idéal pour dévoiler aux hommes l’incroyable vérité sur l’existence divine ? Pourquoi ne pas tenter de vivre dans une société sans croyances basées sur des textes douteux ? On peut essayer, non ?

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

14 commentaires sur “La tête sur les épaules

  1. La religion et les idées politiques devraient relever de l’intime. Nul n’a besoin de pénétrer cet espace privé et nul n’a nécessité de l’exposer. La religion c’est entre soi et sa croyance, les idées politiques se votent dans les isoloirs. On peut discuter de tout mais on ne convainc jamais personne, alors à quoi sert de discuter de ces sujets épineux si ce n’est de créer des polémiques et pire encore ?
    Je pense ce que je veux, et au risque de m’attirer les foudres des uns ou des autres, je garde mes idées pour moi, mais si j’ai un doute je me renseigne mieux, ceci ne m’empêche pas de remettre parfois en question ma façon de penser.
    Bien ton petit texte.

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  2. Je n’ai pas trop suivi l’histoire (c’est ça, quand on n’a pas la TV ni la radio et qu’on n’achète pas le journal et qu’on ne sort pas de chez soi, car on travail depuis son bureau à côté du plumard), mais je me demande comment ce taré a pu avoir la force de découper une tête. C’est dément, quand même. Je veux dire, ce n’est pas comme si c’était un jambon, non.
    Puis, je me dis que c’est un gamin: dix-huit ans! À cet âge, je ne voulais que m’amuser, c’est tout. Comment peut-on être radicalisé aussi jeune?
    Pour finir, je n’ai pas compris pourquoi ce prof a montré un dessin caricatural de main au met. Quel était l’intérêt et quel rapport avec l’enseignement? Quand j’envoyais mes enfants à l’école, c’était pour qu’ils apprennent à lire, écrire, compter, un peu d’histoire et de géographie, du sport, pourquoi pas, mais pas trop.
    J’ai cru comprendre que c’était une image du derche du pro-fête. Si c’est vrai, en tant que père, si un gars avait montré un cul à ma fille, je crois que je lui aurais dit mes quatre vérités. Mais peut-être suis-je vieux jeu?

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      1. Pour la descendance, il n’est pas trop tard. Regardez Montand.

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  3. [… Comment peut-on être radicalisé aussi jeune ?…] ça doit sans doute remplir le vide sidéral au milieu duquel ils se noient. Et j’imagine que leur manque de neurones est un terreau fertile pour les têtes (de cons) que sont ceux qui les enrôlent dans cet engrenage qu’ils nomment jihad.
    Quant à la dernière phrase du long post de  » Paisible et emmerdant », je suis assez d’accord. Mais je suis « vieux jeu », ça ne fait pas un pli ! 😉

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    1. J’avoue que ce qui me sidère le plus dans toutes ces histoires, c’est que les dignitaires religieux, bien à l’abri sur des coussins moelleux, trouvent des hommes prêts à mourir pour une cause aussi hypothétique. Tout aussi hypothétique que les vierges du paradis.

      Aimé par 1 personne

      1. Je me suis toujours demandé ce que devenaient les vierges, une fois qu’elles ne l’étaient plus. Parce que la virginité, c’est comme l’allumette, ça ne sert qu’une fois. Ensuite, on peut en faire de jolies petits chalets. Est-ce qu’un processus allahique est mis en route qui permet de revirginiser les plus vierges? Ou alors, est-ce que le martyre les entasse pour en faire des chalets? Puis, j’imagine le martyre qui s’est fait sauter les roubignoles, parce qu’il a tenu la bombe entre les jambes et qui arrivent au paradis: 70 vierges qu’il ne peut pas satisfaire. Ça donne envie de se martyriser une seconde fois.

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    2. Hum, si les gens commencent à être d’accord avec moi, je vais en perdre ma réputation d’emmerdant. Je vais devoir changer de blog.

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