La fille du coupeur de feu

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je suis plutôt cartésien comme garçon (comme fille aussi d’ailleurs), je ne crois pas au surnaturel, à part aux fantômes et aux extraterrestres, bien entendu. Pourtant, j’ai vécu dans les Côtes d’Armor.

Pour bien comprendre mon propos ultérieur, il faut que je vous parle de mon grand-père maternel (1914-1987). Cet homme était un Carhaisien pure souche, sans être communiste ni consanguin. La ville de Carhaix possède une caractéristique géographique particulière. Elle est située dans le Finistère mais à la frontière du Morbihan et des Côtes d’Armor. Pour mon aïeul, les sudistes étaient des bourgeois, les nordistes des ploucs. Il ne cessait de se moquer des Costarmoricains au prétexte que ceux-ci étaient attardés et stupides. Lorsque je dus, pour des raisons bassement professionnelles, poser mon sac à Saint-Brieuc, je ne vous cache pas que les propos de Pépé me revinrent en mémoire de façon assez aiguë. Je ne tardais pas à me rendre compte que l’ancien n’avait pas tout à fait tort, tant la vie briochine me sembla pittoresque. Ou dingue, c’est selon. Un exemple parmi beaucoup d’autres concerne le code de la route. Le Costarmoricain s’en soucie comme d’une guigne, et les services départementaux d’aménagement du territoire œuvrent pour lui donner raison. Je n’ai jamais rencontré ailleurs qu’à Saint-Brieuc des ronds-points marginaux, certains ayant même une vie propre. La DDE du 22 a conçu et installé des ronds-points doubles, et même des triples. Il est extrêmement difficile de vous expliquer le fonctionnement de ses constructions abstraites, pour deux raisons. La première, parce que ces carrefours en cercle n’existent pas dans le code de la route ni dans un cerveau normalement constitué, la deuxième parce que les Costarmoricains eux-mêmes n’ont pas la moindre idée de la manière adéquate d’emprunter correctement un huit avec leur automobile. En journée, ils se débrouillent comme ils peuvent, la nuit, ils vont tout droit, ce qui occasionnent du froissement de tôle. Les carrossiers du 22 mangent du caviar au petit-déjeuner. Je ne m’attarderai pas sur l’absence périlleuse de priorité à droite, avec ou sans panneau annonciateur, cela vous semblerait exagéré. Un autre exemple cependant. Il concerne la gastronomie locale. Outre les spécialités bretonnes immangeables et destinée aux touristes, genre kouign-aman, il en existe une tout aussi immangeable et destinée aux autochtones. La galette-saucisse. Si vous n’avez jamais dégusté ce met aussi raffiné que le pétrole de l’Amoco-Cadiz, un conseil, passez votre chemin. Je vous en livre tout de même la recette en exclusivité. Prenez une galette de sarrasin froide et introduisez-y une saucisse grasse bouillante. Croquez à pleines dents et brûlez-vous l’intérieur de la bouche au 3è degré. Recrachez le tout et balancez ce qui reste dans la première poubelle venue. C’est tellement mauvais, même avec un demi-litre de moutarde extra-forte, que les rats refusent obstinément de fouiller les poubelles les jour de marché. C’est un tel drame que j’ai dû quitter une fiancée qui mettaient des notes aux différents stands d’empoisonneurs sur tous les marchés de la côte. Allez, une dernière caractéristiques de ce peuple unique. Ils se connaissent tous. L’expression « cousins à la mode de Bretagne » trouve certainement son origine du côté de Loudéac. Si le cœur vous en dit, tentez l’expérience suivante. Prévoyez, large, un après-midi shopping dans la rue Saint-Guillaume de Saint-Brieuc (la principale rue commerçante de la ville, en gros, un magasin tous les deux-cents mètres) en compagnie d’un indigène. Tous les trois mètres soixante-douze, exactement, c’est scientifiquement prouvé, votre compagnon s’arrêtera pour dire bonjour à quelqu’un. Son cousin, son oncle, son voisin (le Costarmoricain possède environ sept-cents-quarante-trois voisins proches, et des milliers un peu plus éloignés), un ancien du lycée, une ex, le neveu de la grand-mère du fils de la filleule de la belle-sœur de la concierge, un demi-frère, etc… Je vous assure que c’est fascinant. J’ai cherché à résoudre ce mystère, sans succès. C’est d’autant plus étonnant que, ayant vécu quatorze ans en cette contrée, je m’attendais à connaître un monde fou et à pleurer comme un veau lorsque l’heure du départ aurait sonné, que nenni, je ne connaissais quasiment personne. Certes, je suis un ours, mais tout de même… Le Costarmoricain n’accorde que très difficilement son amitié, sa confiance, et surtout un prêt financier. Car, en plus, le natif du nord de la Bretagne est radin. Mais je ne développerai pas cet aspect anthropologique, car je ne veux pas dire du mal…

(à suivre)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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