La fille du coupeur de feu (2)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je finis ce que j’ai commencé.

Dans l’article précédent, j’ai éhonteusement éreinté le peuple costarmoricain qui, rappelons-le, héberge tout de même en son sein le village d’Astérix (si, si, derrière la loupe, c’est Erquy, petite station balnéaire charmante où Gosciny passa quelques vacances dans sa jeunesse), et rien que pour cela, le 22 est hautement estimable. Bon, évitez les galettes-saucisses et tout ira bien.

Jusqu’à présent, le lecteur averti que vous êtes, ne peut s’empêcher de se demander, mais pourquoi ce titre sibyllin ? J’y viens, chenapan impatient (tiens, très bonne dénomination pour monsieur P.)

Un beau jour (c’est une licence poétique, il ne fait jamais beau dans les Côtes d’Armor, vous ne pouvez pas comprendre, déjà moi, j’ai du mal), un collègue et ma pomme fumions notre bulletin de naissance sur le trottoir jouxtant l’établissement qui accueillait alors nos enseignements éclairés (quitte à passer pour des vieilles putes sur le retour ayant oublié leur sac à main), lorsque, par pure politesse, je m’enquis de la santé de sa progéniture. Sans s’émouvoir de son propre récit, mon collègue me narra que sa petite dernière s’était brûlée le bras au deuxième degré, en manipulant une casserole dans laquelle de l’eau cuisait. Je dus produire une moue horrifiée car mon camarade voulut me rassurer en énonçant les propos suivants :

— Rien de grave, nous sommes allés chez le coupeur. La petite va très bien.

Je me demandais si j’avais à faire à un fou qui avait fait couper le bras de sa gamine ou à un père indigne qui se foutait royalement de la douleur de son enfant. Comme je lui exprimais ma surprise mêlée d’un agacement frôlant le gant dans la figure, il m’expliqua quelque chose de bien étrange, en ces termes :

— C’est vrai que tu es finistérien et donc étranger à certaines de nos pratiques ancestrales. Nous avons, par chez nous, de nombreuse personnes que nous appelons des « coupeurs de feu ». Lorsque quelqu’un se brûle, dans la limite du raisonnable, nous n’allons ni chez le médecin, ni à l’hôpital, nous allons chez le « coupeur de feu ». Il ou elle appose ses mains sur la brûlure sans incantations ni autres conneries, et celle-ci disparaît en moins de 24 heures, et c’est indolore. C’est tout naturel pour nous.

Je vous avoue que je croyais qu’il se foutait de ma bobine. Pourtant, son visage n’exprimait aucune émotion retorse, et je choisis de le laisser à ses chimères, plaignant tout de même la petite, victime de croyances imbéciles et vraisemblablement souffrant en silence pour ne pas contrarier maman et papa.

De retour chez moi, je ruminais encore cette follerie. Enfant, je m’étais foulé le poignet en jouant au foot avec mon grand-père (j’étais dans les buts) et ma mère m’avait emmené chez dame Salout (sic), une rebouteuse, qui m’avait fait un mal de chien en triturant mon anatomie, mais qui avait remis mon poignet en place. Une sorte de kiné avant l’heure. Rien de vraiment surnaturel.

Le hasard voulut que quelques temps plus tard, je tombais sur un reportage au vingt heures vantant les mérites d’un don méconnu et scientifiquement inexpliqué, les « coupeurs de feu ». J’en restais con comme un président turc. Le journaliste affirmait que des hôpitaux suisses avaient commencé à faire appel aux « coupeurs de feu » costarmoricains pour soulager des grands brûlés, et pour essayer de comprendre cette faculté à peine croyable.

Les Costamoricain(e)s sont des gens formidables quoi qu’en disent les mauvaises langues.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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