Lexique au logis

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande comment des mots peuvent faire irruption dans notre langue sans y avoir été invités. Bien entendu, je ne parle pas de l’évolution naturelle d’une langue orale qui intègre doucement un lexique, certes discutable, mais issu de la diversité et de la bouche de nos jeunes sacripants, vocabulaire générationnel diraient certains, non, je fais allusion à ces mots qui débarquent un beau matin, sans tambours ni trompettes, et qui colonisent notre parler.

L’autre jour, je remarquai, sur touitère, une note d’un journaliste sur les attentats. Il estimait, je cite : »… que les mesures du gouvernement n’étaient pas efficientes… ». Fin de citation. Je haussai un sourcil circonspect et me précipitai sur mon dictionnaire, pour me rendre compte que ce professionnel de la gratte s’était trompé, il n’aurait pas dû souscrire à un courant populaire, et se contenter du mot « efficace ». Mais là n’est pas le problème. Depuis, je me suis rendu compte que le mot « efficient » était devenu une véritable mode. Comme j’avais touitère sous la main, je décidai de m’enquérir auprès du grand nombre sur cette incongruité lexicale. Un touitosse fort serviable me répondit en ces termes, je cite : » Sah vas tacheté un dico gros ». Fin de citation. Après avoir hésité à m’ouvrir les veines pour fuir ce monde grotesque, je décidai de titiller un chouia mon correspondant. Je lui envoyais le message suivant : »Merci de prendre sur votre précieux temps pour éclairer mon ignorance, cependant vous serait-il possible d’oublier jusqu’à mon existence afin de me permettre de vivre mes dernières années en toute quiétude ? En vous remerciant ». Ses obsèques ont eu lieu dans l’intimité. Au passage, l’un d’entre vous aurait-il une explication quant à ce mot « sah » qui fleurit sur les réseaux ? Il me fait penser au « v’là » de la génération précédente qui signifiait très/trop mais dont je ne suis jamais parvenu à percer le mystère de l’origine.

Un autre mot est certainement parvenu jusqu’à vos oreilles. Disruptif. Les journalistes, encore eux, usent et abusent de ce mot depuis quelques mois. Certes, son existence est avérée, « ce qui sert à rompre », mais son tout nouvel usage intensif me laisse pantois.

Je me souviens du début des années 2000, et de l’apparition du mot « crunch » dans le langage rugbystique. J’étais alors assez friand des rencontres du tournoi des cinq nations (puis six), notamment des commentaires colorés de monsieur Roger Couderc, adepte de la prose populaire, des distributions de marrons et des alcools anisés. Jamais, au grand jamais, monsieur Couderc ne se serait fourvoyé à qualifier un match France-Angleterre de « crunch ». Je pense qu’il aurait préféré déclarer la guerre à la Perfide Albion plutôt que de s’abaisser à une telle déchéance linguistique. Pour information, le Crunch est un chocolat qui croustille.

Au début des années 90, une chanteuse italienne envahit les ondes radio du jour au lendemain. Les animateurs parlaient d’elle comme si elle était une vedette depuis dix ans. Pourtant, personne ne l’avait jamais entendue chanter. Je reconnais que Laura Pausini possède un joli filet de voix mais son éclosion spontanée fut alors une étrangeté pour laquelle je ‘ai jamais eu d’explications.

Non, mais sérieusement.

Gifnm29

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8 commentaires sur “Lexique au logis

  1. Sah. Adjectif issu de l’arabe, prononcé « saar » et signifiant « vrai », essentiellment employé dans l’expression « T’es sah ? », peut être traduite par « t’es sérieux ? ».

    Ne me dis pas que tu n’as pas eu le (déplorable) réflexe google !?

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