Beurre de coaltar

Erratum : C’est la commune de Ploudalmézeau et non celle de Porspoder.

Les 227 000 tonnes de pétrole brut contenues dans les cales de l’Amoco Cadiz se sont répandues sur deux cents kilomètres de littoral entre Brest et Perros-Guirec. Un catastrophe écologique sans précédent dans la région. Pourtant, c’est le 4è pétrolier qui s’échoue en onze ans sur les côtes bretonnes. Le pétrole du Boehlen échoué à Sein en 1976 pu être pompé en grande partie, en revanche vingt-cinq membres d’équipage périrent lors du naufrage et trois hommes moururent lors des opérations de nettoyage. L’Olympic Bravery s’écrase sur les rochers de l’île d’Ouessant la même année. Heureusement, il voyage à vide. En 1967, le Torrey Canyon provoque la première grande marée noire en Manche. Le granit rose s’en souvient encore.

L’Amoco Cadiz est un vrai traumatisme pour les Bretons. Les opérations de nettoyage commencèrent sans l’aval des autorités occupées à décider s’il fallait utiliser des seaux de 45 cm de diamètre ou de 47 cm de diamètre. Les locaux prirent les choses en main, c’est le cas de le dire. Sans protection, sans matériel. De nombreux paysans vinrent avec leur pompe à lisier pour aspirer le liquide gluant, collant. La majorité d’entre eux (voire la totalité) ne fut jamais dédommagée, pourtant ils durent se débarrasser de leurs engins devenus inutilisables.

Un politique du coin, monsieur Arzel, lança une lourde offensive contre l’armateur, l’Amoco International Oil Company. Le procès durera une éternité et, au final, les communes bretonnes obtiendront 15% des dommages et intérêts réclamés.

Deux anecdotes amusantes accompagnent ce séisme écologique. Des années après le naufrage, des plongeurs furent embauchés pour découper le pétrolier. Ils rencontrèrent un problème inattendu. Des milliers de langoustes avaient élu domicile sur la coque du bateau. De la même manière, les pêcheurs à pied virent la population de crevettes-bouquet augmenter de façon étonnante en 1979, 1980 et 1981. Certains animaux marins, au contraire des oiseaux, semblent apprécier les micro-organismes contenus dans le pétrole brut et par conséquent non-raffiné.

Lorsque je me promène sur mon cher littoral, aujourd’hui encore, je peux observer les stigmates dessinés sur les rochers pour l’éternité, et peut-être même plus. Je ne vous chanterai pas le refrain habituel des écolos en guerre contre la pollution. Energies fossiles ou nucléaire même combat. Si vous voulez continuer à appuyer sur des boutons pour faire jaillir de la lumière ou mettre en marche votre machine à café, je ne crois pas que les éoliennes ou les autres énergies renouvelables soient, pour l’instant, suffisantes. Encore une affirmation qui risque de soulever des protestations.

L’horizon breton est dégagé. Plus aucun navire de gros tonnage n’est visible à l’œil nu. Seuls les sabliers s’approchent des côtes pour massacrer les fonds marins et provoquer des glissements de terrain, bien qu’ils s’en défendent. Tu m’étonnes. Les langoustes et les crevettes sont de nouveau aussi rares que les idées intelligentes dans la tête d’un homme politique.

Vivement la prochaine marée noire pour faire des pêches miraculeuses.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

5 commentaires sur “Beurre de coaltar

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