Quand le cri tique

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande pourquoi je n’ai pas les mêmes goûts que l’intelligentsia, alors que, sous peu, l’Académie Française, ou Télérama, devrait me passer un coup de fil. D’ailleurs, je vous prie de cesser de m’appeler afin de ne pas bloquer mes lignes. Je sais que ma popularité grandissante vous pousse à vous vanter de faire partie de ceux de la première heure, mais il faut me laisser tranquille maintenant. Manants !

Pour trouver un sujet de conversation avec le journaliste littéraire de Télérama, j’ai lu LE livre de l’année dernière. Lorsque je me suis renseigné, j’espérais qu’il s’agissait du dernier Astérix, ou éventuellement d’un bouquin de Fred Vargas. Autrement dit, ma culture. Mais non, force est de constater que notre élite intellectuelle ignore la littérature populaire. Peu importe, je possède une capacité d’adaptation nettement au-dessus de la moyenne (un jour chez Jean-Claude, il n’y avait plus de Pastis, pas de souci, j’ai pris un Ricard, je m’adapte). Si je n’ai pas choisi LE roman de 2020, c’est parce qu’il n’est pas sorti en poche et que mon banquier refuse obstinément que je m’offre des livres en première édition, le rustre.

Me voilà donc avec « My Absolute darling » entre les mains. Comment vous dire ? Au bout de deux pages, je savais que je n’aimerais pas ce livre. Et il restait 400 pages. Mais il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. Donc je me suis farci les 400 pages. Par moments, je souhaitais que le livre s’autodétruise, qu’une invasion de sauterelles papivores en fît son quatre heures, que je me réveille d’un cauchemar grotesque. Mais non, je continuais à tourner les pages qui, au fur et à mesure pesaient davantage. Jamais je n’ai éprouvé autant de soulagement littéraire que lorsque j’ai lu le dernier mot de cette punition (sauf peut-être à la fin de « La faute de l’abbé Mouret », pourtant j’aime beaucoup Zola). Ce bouquin est une purge. Histoire sans intérêt très souvent traitée (en mieux) et qui n’avance pas d’un iota, répétitions répétitives souvent répétées, dialogues grossiers et extrêmement pauvres, pseudo-connaissances en herbes et plants d’Amérique du nord pour faire genre, et que l’on sent tout droit sortie d’une encyclopédie, aucun début d’attachement pour des personnages sans relief. Le seul élément que je peux mettre au crédit de l’auteur, Gabriel Tallent, c’est que le ou la traducteur (trice) est aussi nul(le) que lui.

Alors, me direz-vous, avec votre perspicacité habituelle, d’où sors-je ce bouquin inutile et quasiment illisible. En réalité, si vous faites une petite recherche sur le web (hors forum), vous vous rendrez compte que TOUS les critiques de la place de Paris ont encensé ce roman, tous. Les Inrocks, le Figaro, le Monde, Lire, Turf Magazine, Le Chasseur français, Union, tous je vous dis. Et notamment monsieur Busnel. Si vous ne connaissez pas monsieur Busnel, il présente l’émission « La grande librairie », le mercredi soir sur France 5. Sur le service public donc. Et vu que je me commets parfois devant ce programme, je l’ai vu présenter « My absolute darling » et en souiller son pantalon de plaisir. Il allait jusqu’à comparer le bouquin de Tallent à « L’attrape-cœurs » de Salinger. Ce qui ne se tient pas trois secondes, mais qui présenterait au moins un avantage, Salinger n’ayant rien (ou presque) écrit d’autre. Je préfère ne point trop en dire sur monsieur Busnel car mes mots risqueraient de dépasser ma pensée, et puis je crois qu’il mérite un billet pour lui tout seul.

Me voilà dans de beaux draps. Que vais-je bien pouvoir raconter au gratte-papier de Télérama ?

Je lui dirai que son journal est un torchon élitiste et méprisant. Que Gabriel n’a de talent que le nom. Je ne suis pas le seul à le dire, allez faire un tour sur les forums cette fois ou mieux encore chez les lecteurs de WordPress dont les critiques sont écrites sous le coup de la déception et non sous le coup de la fatuité.

Monsieur Tallent, à vous qui ne lirez jamais cette chronique, je vous présente toutes mes excuses. Je n’aime pas non plus Balzac, Molière, Montaigne, Rousseau, Roth, Marivaux, Yourcenar, Duras, Sollers, Huysmans et tant d’autres. Avouez que vous siégez en bonne compagnie. Moi, je retourne à la mienne, à mes manants, ils sont vachement sympas.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

(pardonnez ma virulence, cher lectorat attentif, mais je ne supporte pas ceux qui estiment que leur cerveau doit guider les autres sur le chemin de la culture unique)

8 commentaires sur “Quand le cri tique

  1. Hé, bé… t’as pris ta tension ? Bon, tout ce que je peux dire là-dessus, n’ayant pas lu ce livre, ni aucun autre de cet auteur* (et du coup, plus trop envie de le lire maintenant… merci Jourdu !) c’est qu’à sa place, j’aurai changé de patronyme ! Se nommer monsieur Tallent et ne pas en avoir, c’est rudement con, non ?!

    * Normal ? N’a rien écrit d’autre ? Ah…

    Aimé par 2 personnes

  2. Tu possèdes vraiment une capacité d’adaptation très au-dessus de la moyenne puisque, sachant que tu n’aimerais pas «My Absolute darling», tu es parvenu à aller jusqu’au dernier mot, la dernière lettre. En résumé, pour te faire une idée, tu as souffert un calvaire ! C’est beau !
    N’envie pas tous les critiques qui ont encensé ce roman car il y a de fortes chances qu’ils aient été payés par la maison d’édition alors que toi, tu es resté intègre pour avoir une critique saine.
    Quant au critique de Télérama, tu peux sans retenue lui écrire que son journal est un torchon élitiste et méprisant : c’est vrai !

    Aimé par 1 personne

  3. Heu… Que de dégoûts totalitaires ! Zétiez en forte colère, ce jour-là ! Peut-on détester tout Molière, tout Balzac… Toute une œuvre… Il y a certainement un personnage, un page , une ligne qui ont retenu notre attention… Non? Oh là là… Si on vous écrit un mot que vous prendrez de travers… Allez-vous tout détester de votre… lectrice? Et pourquoi ne venez-vous jamais écrire de commentaire chez autrui?

    Aimé par 1 personne

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