Mise au point (Jakie Quartz, 1983)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Dans mon billet précédent, je me suis un peu acharné sur un magazine de télévision (ou de culture, tout dépend du point de vue) que je ne nommerai plus étant donné que j’ai reçu une mise en demeure d’un avocat inscrit au barreau de Paris (vous n’avez jamais trouvé cela bizarre l’association de ces deux mots : avocat et barreau ? Comme une promesse…), m’exhortant à ne plus dire du mal de son client sous peine de poursuites désagréables. Je continuerai donc à en dire du mal mais sans le citer.

Dans les années 80, mes années d’étudiant, j’étais un grand cinéphile. J’étais plus souvent assis dans une salle de cinéma que dans l’amphi de la fac de lettres (mais ne le dites pas à ma mère sinon vous pourriez également avoir à faire à l’avocat). Il m’est même arrivé de ne pas pouvoir assouvir ma passion parce que j’avais vu tous les films à l’affiche à Brest. Petite digression. Vous vous demandez sûrement comment je finançais cette boulimie cinématographique même si la carte étudiant aidait beaucoup. Tenez-vous bien, je ne peux pas vous le dire car je ne suis pas certain qu’il y ait prescription. J’étais assez friand de toutes les parutions parlant de 7è art, essentiellement Première même quand ils ont changé de nom, puis disparu, puis revenu sous le nom de Première. Mais comme tout bon étudiant en lettres, je lisais certaines revues dites intellectuelles, genre « Les Cahiers du cinéma », que je trouvais chez un copain, et que je faisais semblant de décortiquer vu que je n’y comprenais rien, ou parfois, pas souvent, le fameux magazine télé-culture. Chaque année, Première et ce magazine proposaient leur Top 10 des films des douze mois écoulés. J’étais tout content d’avoir vu les dix longs-métrages sélectionnés par Première. En revanche, une année, je n’avais vu AUCUN des dix films favoris de Télétruculture. Aucun. Sur les dix, six n’étaient pas venus jusqu’à Brest étant donné leur très faible taux de remplissage parisien. Un n’était autre que le dernier Godard, celui juste après « Soigne ta droite », déjà limite visible mais que je m’étais infligé car Godard était venu faire une conférence à l’Université de Bretagne Occidentale. 45 minutes de questions stupides suivies de silences embarrassés et de réponses sans aucun rapport avec la question. Bref, j’avais zappé le film suivant, comme presque tout le monde en fait. Mais Téléélite incluait systématiquement Godard dans son Top 10 annuel, même si le Suisse n’avait pas sorti de film. Ils encensaient aussi un film Ouzbek en noir et gris foncé, sous-titré quoique muet, Pangolin de Polonium au festival de Novosibirsk, narrant la gaie histoire d’une jeune femme aveugle et autiste exploitée par son beau-père alcoolique, marchand de sommeil, et vendeur de charmes (pas les siens, ceux de sa belle-fille, suivez un peu !), pour les ouvriers Mongols venus mourir sur le chantier du gazoduc du Tsar de l’époque. Et deux autres films qui n’avaient même pas trouvé de distributeur.

C’est cet épisode du fameux Top 10 des films que personne n’a vu qui m’a ouvert les yeux. J’ai cessé de me coltiner des films ultra-chiants sous prétexte que « Positif » en disait du bien. Et j’ai cessé de lire Tel est Rama (Yade ?) bien que les mots croisés y fussent fort sympathiques. Puis je me suis abonné à Canal+ avec mon premier salaire et j’ai déserté les salles obscures. C’est curieux d’ailleurs quand on y pense. Canal+ est (était ?) la chaîne du cinéma et pourtant elle contribue clairement (jeu de mot) à vider les salles.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

16 commentaires sur “Mise au point (Jakie Quartz, 1983)

  1. Et coucou,
    Excellent article, plein de réalisme …
    Je reviens à l’anecdote des Cahiers du cinéma, j’étais comme toi, j’essayais de lire mais ne comprenais rien, était-ce trop intelligent ou simplement écrit par des gens qui écrivent pour eux mêmes ? Et ne sont lus que par leurs semblables ? Des littéraires qui se perdent dans un ego bien fumeux…
    Telle est Rama, je peux pas, n’en parlons même pas…
    Les films extra-chiants, maintenant et ce depuis quelques années, je les bloquent au bout de 3 minutes ou je quitte la salle (en colère en général – hihi)!!!!
    Je ne m’inflige plus ce genre de torture inutile au prétexte que 5 étoiles ornent un article en pleine page de tous les magazines que tu cites ou d’autres d’ailleurs.
    D’ailleurs je ne vais plus au cinéma, l’insupportable bruit des pop corns et des bouffeurs de bonbons me fait fuir (je ne sais pas mais les gens ont besoin de se gaver pendant 2 heures devant un film, c’est super bizarre)…
    Belle journée et merci pour tes billets plein d’humeur et de bon sens !!
    Co

    Aimé par 2 personnes

    1. En effet, le pop-corn ne me donne pas du tout envie de retourner au cinéma. Je ne l’ai pas écrit, par pudeur ans doute, mais si je ne hante plus les salles obscures, c’est parce que… Ah non, tiens, c’est un bon sujet pour aujourd’hui.
      Belle journée.

      Aimé par 1 personne

  2. Bon jour,
    J’aime m’installer dans le fauteuil d’une grande salle de ciné … à l’époque il y avait les cinés pornos et on se faisait passer les cartes d’identités des frangins et je ne connaissais pas d’autres formes de cinéma, ce qui fait que j’aime depuis les gros plans (pas le vin… quoi que) … 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

  3. Article émouvant… Zola, sort de ce petit corps chétif ! Je pense que cela ferait d’ailleurs un magnifique scénario pour un film « Dards et Décès ». Perso, je rajouterai un tuberculose, ou bien une syphilis peut-être, mais bon, c’est toi qui voit. Moi, le cinoche, jeune, j’y allais surtout pour rouler des galoches aux copines… aussi je ne donnerai pas mon avis sur le sujet, cela ne vous regarde pas même si j’embrasse plutôt bien. J’ai tellement hâte de lire ton prochain (« Comment je me suis fait gaulé par l’ouvreuse » ?)…

    PS: Ben, ouais, je ne me suis pas désabonné comme je menaçais de le faire… et alors ?

    Re-PS : Pour la petite anecdote personnelle (et je sais bien que vous en êtes friands comme tout) : mes parents avaient un supermarché à Brest-même (non, je ne m’appelle pas Édouard Leclerc) et il se trouvait dans un ancien cinéma !

    Aimé par 1 personne

  4. Alors là c’est mon côté premier degré, vous avez réellement reçu une mise en demeure ? Parce que nous sommes un paquet à dézinguer le journal en question trop élitiste parfois à mon goût et d’un entre-soi fatigant bien souvent… non c’est une blague… Allez très bon week-end, louise salmone

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