Josh Randall and Jack Allgood

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande pourquoi nos femmes et hommes politiques n’ont de cesse de rentrer dans l’histoire en faisant voter qui une loi, qui un décret, qui une réforme, qui portera son nom pour l’éternité (qui n’est plus si éternelle que cela je vous le rappelle ; source, article « 2600 »). Certes les Taubira, Veil, Evin ont travaillé au bien commun et nous pouvons les remercier, tout comme monsieur Haby dont j’ai déjà dû vous parler (si quelqu’un connait mieux mon blog que moi, ce serait sympa de me confirmer ou non la présence d’un billet génial sur la réforme Haby, je ne vais pas m’auto-relire tout de même, j’ai bien assez de travail avec vos admirables publications ; en vous remerciant).

Il en est une (réforme), totalement oubliée, qui fit mon délice en son temps. En ces temps-là, monsieur Jacques Toubon (« -Salut m’sieur Bouffon -Toubon les jeunes, Toubon », pour les nostalgiques, comme moi, des Guignols de la grande époque) était ministre de la Culture avec un grand c. Il se creusait la tête pour pondre une loi qui le rendrait au moins aussi connu que ce gommeux de Jack et qui lui offrirait, peut-être même de son vivant, une avenue, une rue, bon, au moins une impasse parisienne à son nom. Il faut dire que ministre de la Culture avec un grand c est beaucoup moins une sinécure que les mauvaises langues veulent bien le dire. Par exemple, il faut accepter de se faire ridiculiser par un humoriste éphémère le soir de la cérémonie des César. Il faut aussi supporter le mousseux tiède et les petits fours rassis des vernissages pourris en province, choses que l’estomac de Jacques rechigne à intégrer à son organisme délicat. Quitte à développer une hernie républicaine, Jacques veut que son nom soit associé à un immense progrès sociétal.

Et un jour, c’est l’illumination. Il  s’en ouvre au grand (Chirac) qui lui dit que c’est une excellente idée, pour s’en débarrasser le plus vite possible. Jacques va réformer la langue française. Plus précisément, il va mener une chasse sans merci aux mots anglais. Il se rend vite compte qu’il ne pourra compter que sur lui-même car la totalité du gouvernement n’en a strictement rien à foutre. Alors, tous les soirs, emmitouflé dans son plaid polaire aux couleurs du centre Pompidou qui fait vomir son chat sans qu’il comprenne bien pourquoi, monsieur Toubon étudie le cas canadien. Il veut s’en inspirer tout en posant sa touche personnelle sur ce qu’il appelle déjà « La Nouvelle Langue Française ». Il réfléchit deux bons mois pour savoir quel mot aura l’honneur de lancer la réforme. Un soir, après avoir renversé sa tisane à la camomille sur Minouchette qui griffait avec entrain le plaid aux couleurs criardes, il opta pour « week-end ». Il allait pourfendre le « week-end » anglais et bâtir sur ses cendres la NLF. Il était tellement excité qu’il se versa un doigt de Fernet-Branca. Les obsèques de Minouchette eurent lieu dans la plus stricte intimité.

Monsieur Toubon n’a pas cru bon d’adopter la solution de Raymond Queneau qui consiste à franciser les mots. Ainsi « week-end » devient ouikène, « whisky » devient ouiski, et franchement, j’aime bien. Monsieur Toubon voulait révolutionner le concept. Il désirait trouver, à chaque fois, le mot français adapté. Pour « week-end », il sortit donc de son chapeau, le mot « dominique ». Si, si, je vous l’assure. Il affichait un sourire ultra-brite lorsqu’il se présenta au conseil des sinistres avec son premier mot. L’histoire ne le dit pas, mais je crois que tous ses collègues se sont bien fichus de sa pomme. Comme il devenait tout rouge, l’un d’entre eux, un ancien diplomate en poste à Beyrouth, pour dégonfler l’affaire, argua que « dominique » était trop connoté catholique (dominus en latin signifie seigneur). Après trois semaines de Thalasso aux frais de la princesse à Quiberon, Jacques revint aux affaires. Il a trouvé, eurêka. Il va proposer « vacancelles’. Si, si, juré. Avec le succès que vous imaginez. Dire qu’on a failli partir en dominique ou en vacancelles.

« -Hey m’sieur Bouffon ! -Toubon les jeunes, Tou… Oh et puis merde… »

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

16 commentaires sur “Josh Randall and Jack Allgood

  1. Bonjour, définitivement je crois que j’aime bien faire des commentaires qui n’ont rien à voir avec l’article (enfin pas toujours), mais avec l’auteur oui. Juste pour dire que j’ai passé le week-end avec Isidore Lune, votre personnage principal de votre livre « Dossiers froids », et qu’il m’a empêché de fermer l’oeil. Je comprends que vous soyez lauréat, si, vraiment. Je ne vais pas faire de critique de votre livre tout d’abord parce que je ne sais pas faire cet exercice, d’autre part je craindrais en parlant de l’histoire de dévoiler trop la trame pour d’autres lecteurs. Quoi qu’il en soit, cet Isidore Lune empathique et persévérant m’a touchée, ô combien moi qui suis si peu polar, mais j’ai suivi cet homme sans problème jusqu’à Erquy où a vécu feu un ami, du coup la nostalgie s’en est mêlé et il m’a semblé être encore plus proche de votre personnage. (J’avais compris page 198, et comme Arouet… Lui, Isidore,comment y est-il est arrivé ?) Et un mot comme en cent, Bravo monsieur ! et merci aussi pour les autres personnages truculents. Je vous souhaite une très bonne journée, louise salmone

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      1. Je disais malheureusement comme une petite touche de légèreté amusée, bon c’est loupé, pas grave, surtout pour vous signifier que je vous disais les choses sans chichis (et non pour vous faire plaisir, mais je pense que vous l’avez compris), très bonne soirée, louise salmone

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      2. Et moi, je l’ai reçu ce matin (ton bouquin). Mille merci pour ta gentille dédicace (que je m’empresse de retranscrire ici afin que tous tes abonnés en profitent) :
        «À mon maître, l’immense Ernest Salgrenn, sans qui je ne serais rien ou en tout cas pas grand-chose… Grosses bises, signé (illisible) : Patrick.

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  2. Et moi on ne me dit rien…
    On se contente de s’abonner et puis on se dit, tiens ça fera plaisir à la Paquerite qui a pas besoin de savoir que Sieur Patrick il écrit un livre vachement bien y tout y tout …🥲😔😊
    C’est quoi cette histoire, tu as écrit un livre ?
    Je fais pas la tête, mais un peu si.
    merci pour l’abonnement, la vérité je n’avais pas du tout fait attention à ton non-abonnement, t’étais pas obligé ;), et moi je te suis parce que j’aime te suivre, NA!
    La bonne et belle soirée
    Co

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  3. Et pourtant, il avait eu une sacrée bonne idée monsieur Toubon. Moqué, raillé par les Guignols de l’Info et autres comiques du soi-disant « tout Paris », méprisé par ses collègues et les technocrates qui les conseillait, il a continué de se battre pour mener son projet à terme.
    Il en est sorti un dictionnaire d’environ 200 pages que j’ai utilisé dans mon travail. Personnellement, je me suis toujours élevé par écrit ou par oral lorsque un de mes collègues ou supérieurs utilisaient un mot d’anglais. Pour argumenter, je leur rappelais la loi Toubon que je connaissais par cœur et obtenais gain de cause.
    Malheureusement pour lui, Toubon a dû faire face au mur des hauts fonctionnaires obtus et méprisants qui ont continué leur travail de sape, par les publicitaires qui ont détourné sa loi en inscrivant en tout petit la traduction (souvent mauvaise) des gros slogans qui passaient à la télé.
    Les médias n’ont pas fait mieux et en particulier TF1 et M6 qui ont eu des tas d’émissions avec des titres anglais. D’ailleurs, ça continue de plus belle sur TF1, une chaine que j’abhorre avec des émissions comme « The Voice », « les battlle », Baby Boom, 50 minutes inside, Téléshopping Stars, Les Z’awards de la télé, Mask Singer, NRJ Music Awards, The Voice Kids, Money Drop The Wall : Face au mur ou Ninja Warrior : Le Parcours des héros et j’en oublie. A se demander si cette chaine est encore française ?
    Et dire que chacun de ces mots possède un équivalent français ! A croire que les gens utilisent ces mots d’anglais et de franglais par paresse ou par snobisme. Un peu des deux sans doute. Espérons qu’un jour, justice sera rendu à Jacques Toubon pour le travail qu’il a accompli mais qui n’a pas été appuyé assez par la suite par le Président Chirac et c’est bien regrettable.

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