Ravi

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

En cette période de lavant, je suis comme tout le monde, je fais toutes mes lessives de l’année. Et c’est du boulot. Je suis tellement occupé avec mes 320 caleçons sales que je n’ai pas le tems de penser à la crèche. Quel crève-cœur !

D’ailleurs, j’ai beaucoup réfléchi à ce concept de crèche, en triant mes chaussettes. Et, je vous avoue qu’il m’interpelle en 2020. Ces petits personnages symbolisant l’arrivée du Messie me semblent un brin ambigus. Pour ne pas choquer les oreilles chastes, je ne m’appesantirai pas sur le fou-rire qui s’empara de moi, un soir du 24, quand, ayant perdu mon innocence d’enfant, j’entendis ma grand-mère demander à ma petite couine de mettre le petit Jésus dans la crèche. En revanche, connaissant votre amour pour nos amis les bêtes, je m’en vais vous soumettre une théorie que vous qualifierez bientôt d’absolument géniale.

Pourquoi avoir choisi une âne et un bœuf pour entourer l’enfant ?  La réponse pourrait être simple. La scène se situe dans une étable méditerranéenne, pour un minimum de véracité il eut été étonnant de convoquer un ours polaire et un kangourou. Certes. Mais ne nous égarons pas dans l’explication simpliste. L’âne est un animal débonnaire, doux, sympathique et vigoureusement membré (je me base sur des études sérieuses, je n’ai jamais approché un âne d’assez près pour vérifier par moi-même, pourtant j’ai habité le Poitou). Le bœuf est un animal débonnaire, doux, très bon avec du sel, et dépourvu de son appareil-photo, non je déconne, de son appareil reproducteur. Brillant, non ? Ah pardon, il manque la déduction finale, le climax.

Bon, reprenons le cours de l’histoire. Nous sommes en mars de l’an 1, un mardi. Un jeune couple dont madame est enceinte jusqu’aux yeux fait du tourisme en Judée. Un soir qu’ils cherchent à se loger, épuisés par la visite de jeunes pierres, ils ont la mauvaise surprise de constater que la totalité des hôtels du coin affichent complet(s) car un important symposium de représentants en babouches a réservé l’ensemble des lits de la petite ville. Contrariée sans doute, madame ressent les premières contractions, et monsieur, pris de panique, décide de l’installer sur une couche de paille fraîche dans l’étable du père Pétuel qui n’y voit aucun inconvénient et propose même de donner un coup de main d’autant qu’il a aidé la brebis à mettre bas le matin même. Monsieur Jo le remercie de sa prévenance, mais lui glisse dans l’oreille que le polichinelle est arrivé tout seul, il peut donc sortir sans aucune aide extérieure. Un clin d’œil plus tard, le père Pétuel a sorti l’alcool de figues et les zitouns. Les voies de sa femme étaient impénétrables pour monsieur Jo, dit-on, en revanche, elle démoule le petit en deux temps trois mouvements. De son côté monsieur Jo s’excuse auprès du père Pétuel de lui avoir envoyé son poing dans la gueule mais il ne fallait pas le traiter de cocu. Comme Bethléem n’est pas à proprement parlé, une vile de débauche, monsieur Jo rejoint son épouse pour piquer un somme. Quelle n’est pas sa surprise de trouver sa Marie, toute souriante, tenant dans ses bras un nourrisson fort bien portant ! Néanmoins, quelque chose lui déplaît dans ce tableau de la vierge à l’enfant. Les deux bestioles. Il ne peut s’empêcher d’y voir une parabole de sa propre existence. Sa jeunesse énergique et tumultueuse lorsqu’il servait dans la légion romaine et qu’il visitait plus souvent qu’à son tour les prostituées numides paraît être représentée par l’âne. En revanche, sa vie maritale auprès de « Celle-qui-tombe-enceinte-alors-qu’elle-n’a-jamais-voulu-que-je-la- touche » ressemble davantage au bœuf. Bon, au moins elle cuisine bien et ne rechigne pas à passer le balai dans l’atelier.

-T’as pensé à un parrain chérie ?

-Oui t’inquiète, trois même. Ils arrivent dans une quinzaine.

Jo hausse les épaules, il a l’habitude des lubies de Marie. Juste avant de s’endormir, il croise le regard de la brebis et soupire.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

14 commentaires sur “Ravi

  1. Oh… tu vas pas le croire… on vient de me livrer une boite de Ferrero (les soirées chez l’Ambassadeur, mais ça c’est sûrement parce que je suis un cran au-dessus de toi ?) !
    Tu penses que c’est un complot d’ampleur national ?
    PS : par sécurité, je me suis fait un double choute d’insuline.

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  2. J’avoue que monsieur Jo avait des raisons d’être fâché concernant cet enfant venu d’on ne sait qui mais apparemment, il est bonne pâte. On devine qu’il fera un bon père qui apprendra son métier à son fils plus tard malheureusement, on sait que ce fils n’en fera qu’à sa tête.
    Je comprends son étonnement quand il apprend que ce petit aura trois parrains qu’il ne connait pas et sans avoir été consulté ! Reste que j’aurais aimé voir sa tête quand sont arrivés tous ces bergers venus voir le spectacle. Venaient-ils pour l’enfant ou pour jeter un coup d’œil sur la maman ?
    Bref, ce malheureux monsieur Jo et sa femme n’ont pas eu de chance en tant que touristes puisqu’il a fallu que le jour où elle allait accoucher, il a fallu que commerçants mondialistes avant l’heure, se fassent un gigantesque symposium, forum de Davos avant l’heure.
    Ah si l’Evangile était narré de cette façon par l’Eglise avec un petit côté Spirituel, sans doute y-aurait-il un peu plus de fidèles dans les églises !

    Aimé par 1 personne

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