Réveillon breton

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

La Bretagne est une région qui brille de mille feux. Elle possède les plus beaux littoraux du monde, les plus belles femmes du monde et un climat de merde. Tout pour être heureux, en principe. Néanmoins, cette contrée exceptionnelle n’est pas reconnue dans l’univers pour sa gastronomie, et je me demande bien pourquoi.

Le Breton est un fin gourmet qui n’hésite pas à piocher dans son propre patrimoine culinaire pour garnir les assiettes lors des fêtes de fin d’année. Un réveillon breton se compose généralement de la manière suivante.

  • En entrée : Huîtres de Cancale et/ou praires farcies.
  • En premier plat : Homard à l’armoricaine.
  • En second plat : Kig-ha-farz.
  • Fromage.
  • Desserts.

Bien, reprenons avec méthode. Les huîtres de Cancale sont souvent considérées comme les petites sœurs de celles de Marennes-Oléron, de la Belon ou de la Fine de claire. Très correctes pour les amateurs de glaires. Les praires farcies sont en réalité des coquillages plus ou moins définis, ramassés dans la vase des anses, accompagnés de sable et d’un beurre persillé emprunté aux escargots, et servis à ceux qui n’aiment pas manger les animaux vivants.

Le homard à l’armoricaine n’est qu’une variante lexicale du homard à l’américaine. Egalement appelé le homard à la sauce tomate et au concentré de tomate chimique en boite. Son élaboration s’apparente à un champ de bataille car il est d’usage de tuer le homard de son vivant. Rien n’est plus doux à l’oreille de la cuisinière bretonne que le cri du crustacé qui sent un couteau lui pénétrer la tête. Rien n’amuse plus les petits bretons que le spectacle de la queue de l’animal qui tressaute alors que celle-ci est désolidarisée du reste du corps. Ensuite, la recette est fort simple, vous balancez la bête découpée en morceaux dans une marmite avec plein de trucs et vous laissez mijoter jusqu’à la marée basse.

Le kig-ha-farz est en quelque sorte le plat breton par excellence, en ce sens qu’on n’en mange nulle part ailleurs, et pour cause. Il est souvent décrit comme le pot-au-feu breton, voire, par les abrutis, comme le couscous breton. Il se compose de viande de porc cuite à la vapeur et de semoule de sarrasin, ou blé noir, cuite dans un torchon propre. Il est accompagné d’un sauce composée de beurre fondu. Jusqu’à tout récemment, ce plat était endémique du nord Finistère. Il a franchi les frontières afin que tout le monde sache comment faire des grimaces en mangeant.

La Bretagne n’est pas particulièrement célèbre pour ses fromages. Et pourtant, chez nous comme ailleurs, des gens élèvent des chèvres dont ils traitent le lait afin d’obtenir des petites galettes rondes recouvertes de pourriture. Une petite ville proche de chez moi s’est spécialisée dans la galette caillou. Un jour des Canadiens passaient par là et ils ont loué le savoir-faire breton en matière de palets de hockey.

On ne présente plus les gâteaux bretons. A tout seigneur tout honneur, le Kouign-amann. Pour mémoire, il s’agit d’une spécialité du sud Finistère dont la confection nécessite de la farine, du sucre et tous les excédents de beurre de la communauté européenne. Il est, en général, apprécié par les touristes car ils ont peur de dire du mal. Le Gâteau breton porte bien son nom puisque c’est un gâteau et qu’il est breton. Il s’agit d’une pâte brisée abandonnée par les ouvriers du bâtiment qui avaient suffisamment de mortier finalement, dans laquelle on glisse des pommes, des pruneaux, de la framboise ou du caramel au beurre salé. Plus rarement tout en même temps.

Il va de soi qu’un dîner de fête ne le serait pas sans quelques éléments liquides. La Bretagne comptant très peu de vignes, le Breton importe l’essentiel de sa consommation alcoolique. Le cidre et le chouchen étant servis, de force, aux touristes, avec le kouign-amann.

Vous l’avez compris, il reste beaucoup à faire pour améliorer la gastronomie bretonne. Je tremble à l’évocation de ces cuisiniers du 21è siècle qui ne jurent que par les algues gluantes et les plantes littorales arrosées par les chiens.

Enfin, vous pourriez vous étonner de ne voir ni crêpes ni poissons dans le menu type du réveillon breton. Comme le dit si bien Ordralfabétix, je ne vois pas le rapport entre la mer et les poissons. Quant aux crêpes, tous les crêpiers dignes de ce nom sont installés à Manhattan.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

11 commentaires sur “Réveillon breton

  1. C’est excellent !
    Ton texte…ça fait qu’il vous reste les plus belles plages, les plus belles femmes du monde et le temps de merde🤔 mais c’est chez moi !
    Sauf que moi j’ai les bonnes huîtres du Cap-Ferret de mon beau-frère, je t’en expédie ?
    merci pour ton article plein de drôlerie et de tendresse pour ta Bretagne chérie
    belle journée à toi

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  2. Un menu et des plats qui me rappellent bigrement ceux dégustés dans mon enfance et je me pourléchais les babines en te lisant.Sinon, en entrée, u as omis de parler de charcuterie et d’ajouter comme autre plat de fête une bonne andouille de Guéméné !
    Tu annonces que les crêpes sont faites par des crêpiers qui sont tous à Manhattan mais il reste aux Bretons la galette, la seule, la véritable galette de sarrasin qui pourrait être fourrée au chocolat pour remplace la bûche du Français moyen.
    Kenavo ar denc’han !

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