Sensualité (et non sangsue alitée)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande pourquoi les femmes qui jouent d’un instrument de musique représentent, pour moi, une sorte de summum de la sensualité. En revanche, Phil Collins et sa batterie, Paul Mac Cartney et sa basse, et tous les guitaristes de feu de camp (qui devraient être interdits par la « Convention de Genève ») me laissent de marbre. Je pense que c’est en partie lié à mon hétérosexualité assumée, davantage qu’à mon goût de la musique. Pourtant, c’est un savant mélange des deux. Je serais bien incapable de mettre des mots sur cette sensation. Lorsque je regarde un homme jouer de l’accordéon, en général, il me donne envie de me verser un nouveau verre de Vodka Bison, voire de m’exiler au Groenland, alors que le spectacle d’une femme faisant virevolter ses doigts sur les deux claviers (comment est-ce possible de dissocier ses deux mains ? Moi j’ai été livré avec une main gauche qui ne me sert strictement à rien, à part taper les « a » sur mon clavier, alors que la droite n’a jamais fini sur le podium du championnat du monde de l’adresse) me transporte dans un monde parallèle dans lequel la gravité ne fonctionne plus. Je n’ai pas pour habitude de vous conter ma vie intime, mais ici, je ne résiste pas à vous en narrer un épisode.

Voici deux décennies, je rencontre une jeune femme bien sous tous rapports, propre sur elle. Je la courtise dans les règles de l’art et au bout des deux mois réglementaires, j’accepte une invitation, en soirée, dans son appartement. Après quelques minutes de conversation sage, la demoiselle m’annonce qu’elle est désolée, mais qu’elle se trouve dans l’obligation de répéter ses gammes. Un peu circonspect, je l’en prie. Elle extrait de son placard un gigantesque étui et je m’attends à en voir surgir un violoncelle. Que nenni, il s’agit d’une guitare aux proportions dignes de Shaquille O’Neal s’il jouait dans un groupe de rock. Devant ma stupéfaction, elle m’explique qu’il s’agit d’une guitare spécialement conçue pour la musique classique. J’avoue que je suis un peu déçu car je l’imagine mettre deux plombes à accorder l’instrument avant d’enchaîner les succès de Hugues Auffray. Cependant, cette demoiselle n’a rien à voir avec mon ami Jean-Claude qui casse les oreilles de tout le monde, dans les soirées, quand, après dix-huit bières, il sort sa crincrin et nous joue, mal, les mêmes trois morceaux (« Le père Ubu », « Les copains d’abord » et une autre que nous n’avons jamais pu identifier) sur deux cordes, tout en précisant qu’il travaille le répertoire d’Elvis Costello (depuis Elvis Costello a porté plainte). La jeune femme adopte, tout d’abord, une position peu conventionnelle. Elle s’assoit et dispose son instrument entre ses cuisses, le manche à la verticale. Puis, elle se transforme en magicienne. Ses doigts de la main gauche semblent ne jamais s’arrêter plus longtemps qu’un millième de seconde sur les cordes, alors que les doigts de la main droite pince ces mêmes cordes dans un ballet aérien époustouflant. Je ne reconnaitrai aucun des morceaux écrits spécialement pour ce type de guitare. En revanche, je me souviens parfaitement, vingt ans après, de l’effet déstabilisant et nouveau pour moi que me provoqua l’image de l’union de cette femme et de sa guitare.

Voilà, vous pouvez ranger vos mouchoirs après les avoir fait sécher. Quant à l’histoire sentimentale, elle s’évapora comme une symphonie inachevée.

Non, mais nostalgiquement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Sensualité (et non sangsue alitée)

  1. Bon jour,
    Un témoignage touchant ma corde sensible … des instruments à cordes …
    En ce qui concerne le : « … summum de la sensualité … » chez une femme … pour ma part elle est représentée par les chauffeuses, celles qui conduisent les 40 tonnes …
    Bonne soirée 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 3 personnes

  2. Tu parles de musique et de guitare et là,tu touches chez moi une corde sensible.
    Comme je comprends que tu aies été ému par cette guitariste classique ! Mais n’est-ce pas le fait de l’avoir vue poser sa guitare entre ses cuisses et d’avoir observé ses doigts fins se promener sur les cordes qui t’ont fait juger la musique sensuelle ?
    Sinon, dis-toi que certains guitaristes de feu de camp valent le coup d’être écoutés et vus ! Tu as eu la malchance de tomber sur des mauvais !
    Quant aux autres guitaristes, écoute bien certains solos de Jimi Hendrix, de George Harrison, d’Eric Clapton ou de Mark Knopfler, et après cela, tu verras que la guitare jouée par ces gars là peut se monter fort sensuelle.

    Aimé par 1 personne

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