Bateaux moches

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

En mars 1978, le pétrolier Amoco-Cadiz s’échouait sur la côte bretonne et déversait ses milliers de tonnes de pétrole brut dans la Manche. Après un procès sans fin et des débats tout aussi longs, les autorités prirent une décision primordiale. Elles redessinèrent la carte du trafic maritime en instaurant ce que l’on appelle le rail d’Ouessant. Il s’agit d’une autoroute maritime qui régit le passage des navires entre la France et l’Angleterre dans le but d’éviter de nouvelles catastrophes.

Ma famille possède une modeste maison sur la côte nord du Finistère. Une construction sans prétention qui jouit de la plus belle vue de la région, enfin, du quartier. Tous les visiteurs s’extasient sur cette vue en perpétuel mouvement. Depuis les années 80 et l’instauration des nouvelles règles, l’horizon était parfaitement dégagé. A part les pêcheurs, les voiliers, les ferries et un sablier de loin en loin, il fallait une sacrée paire de jumelles pour apercevoir un bâtiment nautique. Quand j’étais gamin, l’une de nos activités favorites était de différencier les cargos qui croisaient face à la maison. Nos préférés étaient, bien entendu, les pétroliers et leur château si reconnaissable.

Assez récemment, les autochtones, dont je fais partie, ont eu une drôle de surprise. Le trafic maritime s’est considérablement avancé. Je ne crois pas que ce fait ait un lien avec le Brexit, mais il est patent. Plus curieux encore, il semble que les ferries aient décalé leur route, se rapprochant de la côte à tel point que je peux lire le nom du bâtiment à l’œil nu, pour ne pas entraver le chemin des plus gros qu’eux. D’ici peu, je prédis l’échouage d’un ferry au large de Roscoff. Heureusement, je ne suis pas madame Soleil.

En revanche, inutile de lire dans les tarots pour redouter que l’Amoco-Cadiz connaisse un successeur. Il fut lui-même précédé par le Torrey-Canyon, le Bolen et l’Olympic-Bravery, en moins de quinze ans. Ah oui, j’allais oublier l’Erika, un peu plus tard. Au moins, ce navire a eu la bonté de souiller le sud de la Bretagne. Chacun son tour. Et je n’oublie pas l’Alaska et son Exxon-Valdez.

Je n’ai pas vraiment d’avis concernant les énergies fossiles. Ce que je sais, c’est que les côtes bretonnes gardent encore les stigmates des catastrophes passées. Le nucléaire, énergie « propre », comporte le lourd problème de la traite des déchets. Les énergies renouvelables sont toujours loin de pouvoir prétendre à une hégémonie. Problème sans fin, donc.

Le savez-vous. D’où provient ce fameux pétrole ? Il s’agit en grande partie du résultat de la décomposition des forêts depuis des millions d’années. Il est aussi un des éléments essentiels de la potion magique de Panoramix. Comme je pense aux générations futures, je plante des arbres. J’en suis à un baril à peu près.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Bateaux moches

  1. À un baril de brut…
    Ce texte se laisse agréablement avec toute l’attention et la tension sous sous-jacente.
    Je repensais justement à l’Amoco cadiz dernièrement mais encore à tous ceux qui lui ont succédé.
    À toutes ces galettes de fioul dérivant à chaque lacheté de ces humains négligents nuisants.
    Nonobstant le plaisir est dans la lecture, ici…

    Aimé par 1 personne

  2. Eh oui ! Ces saloperies de bateaux, je connais. Quand le Torrey Canyon a souillé une partie de la Bretagne, je n’avais que 16 ans. Mes parents ayant quitté la Bretagne en 1969 pour cause de travail, nous habitions en Normandie. Mon père a pris trois jours de congés et, avec lui, je suis allé nettoyer les plages bretonnes qui m’étaient si chères.
    Quand cette saloperie d’ Amoco-Cadiz s’est échoué sur les côtes bretonnes, fin mars 1976, avec trois collègues qui sont Bretons comme moi, nous avons demandé une semaine de congés et nous sommes venus nettoyer autant que possible les rochers souillés par cette saleté de pétrole.
    Nous avons été peu surpris par les milliers de personnes présentes pour nettoyer les plages, les rochers et soigner les oiseaux.
    Devant les oiseaux en train de crever que nous avions essayé de sauver, j’ai pleuré et j’ai maudit ces satanés armateurs qui sortiraient blanchis d’avoir fait flotter ces navires sous pavillon de complaisance.
    Une semaine qui m’a marqué encore plus que les trois jours passés avec mon père tant j’ai ressenti cette sensation que notre Bretagne serait la victime de ces pétroliers de m…..
    Heureusement il y a une justice puisque, depuis quelques années, on peut poursuivre les armateurs. Une victoire après celle remportée cotre les armateurs de l’Amoco-Cadiz qui ont dû payer des millions de dollars mais pas assez à mon goût.

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