34 + moi

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande si je vous ai raconté.

Mais en fait, ce coup-ci, je suis certain que non.

Je suppose que vous avez entendu parler de la décision du gouvernement de sélectionner 35 citoyens français pour récolter leurs avis sur la pandémie en France et la façon dont elle doit être éradiquée. Figurez-vos que j’ai été tiré au sort. Moi qui râlait de n’avoir jamais été sondé ailleurs qu’à l’hôpital, j’étais servi.

Toutefois, comme je ne suis pas inscrit sur les listes électorales, comme je ne possède pas d’adresse à mon nom et comme, globalement, je me fiche d’à peu près tout comme de l’an 40 (pas 1940, 40 tout court), je me suis interrogé sur la façon qui fut la leur de me mettre la main dessus. J’apprendrai un peu plus tard que le courrier ne m’était pas destiné. C’est ma voisine, encartée LREM qui était la destinataire. Etant donné que le facteur était encore rond comme une queue de pelle, il s’est gouré de boite. Il a déposé le pli dans la mienne avant de vomir dans celle de la vieille. Moi, bien sûr, sans lire l’adresse, j’ai ouvert l’enveloppe car les enveloppes brûlent mieux une fois ouvertes. C’est alors que j’ai aperçu le cachet de l’Elysée. Craignant de voir débarquer des messieurs en noir, j’ai appelé le numéro cyan joint. Après avoir tenté de me convaincre que j’avais 89 ans et que je me prénommais Madeleine, une charmante dame m’a signifié que ben bon j’y peux rien moi, vous devez vous présenter lundi matin à l’adresse indiquée sur le courrier puisque c’est vous qui l’avez reçu, et à vrai dire, vous ou votre voisine, on s’en bat les steaks vu que, de toutes façons, les décisions sont déjà prises, bon à lundi, et n’oubliez pas votre carte d’identité Madeleine.

Oui, j’étais comme vous, un chouia dubitatif. Hors de question pour moi de me rendre à Paris, je ne supporte pas les Auvergnats, j’ai donc appelé Jean-Claude, mon beau-frère. Il est con comme une bûche, mais il rêve de visiter la capitale dès qu’il sera en retraite de la SNCF, à 48 ans. Il est syndiqué, évidemment, Sud-rail, c’est comme Sud-radio mais ils chantent moins bien, donc aucun problème pour s’absenter une semaine ou deux. Son boulot consiste à gérer les absences des membres des autres syndicats, il ne chôme pas, mais il peut anticiper. Il accepte ma proposition bien qu’il soit phobique des voyages en train.

Bref, Jean-Claude s’est pointé à la résidence du président de la république coiffé d’un bob Ricard, l’appareil-photo et le caméscope en bandoulière. Il fait partie de ces abrutis qui vivent leurs vacances, dans leur canapé, lorsqu’ils rentrent chez eux. Je ne sais pas ce qui a mis la puce à l’oreille des services de sécurité, mais ils ont eu des soupçons. Ils voulaient bien croire que JC avait 89 ans et de très mauvais gènes, mais ils doutaient qu’il s’appelle Madeleine vu que ses papiers indiquaient Jean-Claude. Cette andouille a lâché le morceau avant même de perdre le premier ongle. Ils devraient lui rendre sa liberté après les présidentielles.

Il n’était pas midi, quand un hélicoptère maousse s’est posé sur la plage devant chez moi. Une trentaine d’hommes cagoulés en sont descendus, l’arme au poing, dans un tourbillon de sable et de varech. Je me suis dit que la SNSM avait bien changé ces derniers temps. Surtout quand trois malabars m’ont plaqué au sol et m’ont hurlé dans les oreilles si j’étais bien Madeleine X. 89 ans. Qu’est-ce que j’ai fait moi ? J’ai acquiescé bien entendu. Ils étaient tout contents, ils souriaient sous leur cagoule. Hop, ni une ni deux, ils m’ont embarqué dans l’hélico sans que j’ai eu le temps d’enfiler mes bas de contention. 1H39 plus tard, nous atterrissions dans les jardins de la république au milieu des canards. Heureusement pour moi, il restait des sandwichs au Boursin.

Ensuite, j’ai rejoint les 34 autres dans une salle immense dans laquelle on pouvait se servir, à discrétion, du café tiède et des Petits LU mous. Un homme nous a remis à chacun un questionnaire et un stylo estampillé I love Brigitte, nous précisant que nous pourrions le conserver, et nous avons été enfermé à double tour pendant quatre heures, avec interdiction de communiquer avec l’extérieur. Il n’y avait même pas de cheminée pour la fumée blanche. J’ai lu la feuille intégralement, puis je l’ai retournée et j’ai écrit bien lisiblement : « Pour le vaccin, je choisis goût chocolat ».

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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