Perversions (du bois)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je suis dendrophile, un amoureux des arbres. A ne pas confondre avec un tendronphile, amoureux du pot-au-feu, ou un gendronphile, un amoureux du comédien François-Eric Gendron. Je ne suis pas non plus rhododendronphile. Je considère cette plante comme une erreur de la nature qui m’fout des cloques sur la poitrine, sur l’bout du nez et sur l’menton.

La dendrophilie se caractérise par un amour immodéré pour des individus à l’écorce rugueuse, aux feuilles chlorophyllées et à la sève montante. C’est toujours un amour unilatéral. Le hêtre se commet très peu dans des effusions dégoulinantes. Le peuplier n’est pas très enclin à écrire des lettres enflammées. Les balades au clair de lune ne sont pas l’activité favorite du sycomore. Ces géants des jardins comprennent assez mal l’amour que leur porte ces petits êtres insignifiants. Insignifiants mais pas inoffensifs. Les seigneurs des forêts ne conçoivent pas l’amour vache, l’amour tronçonneuse, l’amour cheminée. Les rois des versants n’adhèrent pas à l’adage « je t’aime je te coupe ». La plupart des arbres européens ont de la famille en Amazonie. Qui un cousin, qui un oncle d’Amérique du sud. Les nouvelles ne sont pas bonnes. La transamazonienne, les brûlis paysans et Bolsonaro rognent chaque année l’équivalent de l’Île de France dans le poumon de la planète. Dans dix ans, la moitié de la superficie de la forêt primaire aura disparue. Bientôt les êtres humains ne pourront plus respirer, déjà les arbres étouffent.

Je n’ai pas l’amour grandiloquent. Je fréquente surtout le fruitier. Le fruitier est un altruiste. Il suffit de le caresser dans le sens du tronc pour recevoir en retour des preuves d’amour juteuses et gorgées de soleil (qui a dit « de soleil breton »?). Le fruitier est modeste, il ne demande que peu de place et de soins (oubliez les livres d’horticulture à peu près aussi utiles aux dendrophiles qu’un contrat de probité à un homme politique). Il fleurit pour égayer les paysages puis invite les insectes butineurs à opérer la transformation magique (sauf que les insectes butineurs commencent à râler parce qu’ils apprécient de moins en moins les cocktails chimiques plus proches du Tang que de l’eau claire que les multinationales de la chimie déversent dans les riantes campagnes). Ensuite, le temps aidant, il offre ses fruits gonflés comme des seins maternels, dont il ne sait que faire et qui menacent ses branches de rompre, à la voracité des oiseaux, aux blenders des ménagères et aux machines des industriels de la compote.

Si je pouvais, je m’achèterais un champ de bonne terre bien grasse. Mettons un hectare. J’y planterais des dizaines de fruitiers, de ceux qui se plaisent sous nos latitudes, pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, pêchers, brugnoniers, citronniers, châtaigniers, figuiers, actinidiers, groseillers, framboisiers, cassissiers, plus quelques tomatiers. Je construirais une petite cabane pour abriter mes outils, une bouilloire, un hamac. J’y viendrais tous les jours pour regarder les arbres pousser. Au naturel, pas d’engrais, pas d’élagage, des arbres libres. Je leur parlerais, je les rassurerais, je leur présenterais mes chattes. Et surtout, je les remercierais. Je les remercierais de ne rien me demander, de donner des fruits ou pas, à leur guise, de produire de l’oxygène ou pas (j’ai un peu dormi pendant les cours de biologie).

Et puis, au bord du champ, j’installerais une table garnie de cageots que je remplirais au gré des saisons. Et un panneau sur lequel j’aurais tracé maladroitement, « Servez-vous ».

Un jour, peut-être.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

21 commentaires sur “Perversions (du bois)

  1. Enfants nous appelions ça le verger et nous le traversions pour aller à l’école. Puis, les promoteurs y ont construit des immeubles. Tout un quartier. La ferme a été démolie aussi. Les associations écologiques manifestaient déjà..sans grand succès.
    La survie de la planète dépendra du reboisement, je viendrai me servir dans vos cageots de pommes et de poires et je vous dirai : »merci ». 🙂

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  2. Amour partagé, mon gars !
    Ma plus grande fierté « écologique » (bien que ridicule action vu l’étendue du désastre) est d’avoir sauvé plus d’un hectare de forêt autour de chez moi. J’ai du lutter contre des adversaires redoutables qui sont : les Coupeurs de bois professionnels aidés par un organisme dont vous avez certainement déjà entendu parler : la SAFER ! Celle-ci se jette sur tous les terrains forestiers ou agricoles qui se retrouvent sur le marché profitant d’une lutte déloyale (prioritaire sur tout les autres acquéreurs potentiels), achetant à bas prix, et revendant tout cela à des agriculteurs ou bûcherons pro (parfois les mêmes personnes comme chez moi !) qui se contrefoutent comme de leur première tronçonneuse de nos beaux arbres centenaires (du chêne, ici). Le combat est rude et nécessite des moyens financiers (et des connaissances en droit pour faire obstacle) pour réussir à contrer ces gens-là. Mais, la preuve, on y arrive quelque fois !
    De plus, vient se greffer maintenant là-dessus un autre problème : les champs de panneaux solaires ! Histoire de multiplier par deux (trois ? quatre avec les subventions de l’état ? Cinq avec celles de l’U.E ? ) la mise :
    1) j’achète à pas cher à la SAFER du terrain boisé.
    2) Je coupe le bois et le vends pour le chauffage.
    3) Je monte un joli dossier avec une multinationale (siège au Luxembourg) pour un champ de panneaux solaires (fabriqués en Chine).
    4) J’installe après obtention d’une dérogation du comité de sauvegarde de « la Nature qu’elle est belle » (n’importe comment y’a plus rien à protéger vu qu’ils ont déjà tout massacré !).
    5) Je touche les royalties tranquille pépère.
    6) j’achète un SUV (Jaguar de préférence).
    Alors ? Elle est pas belle la vie (des bûcherons) ?!

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    1. Terrible scénario. Mais je crois quand même qu’il y a une astuce cachée quelque part. A ma connaissance, tout déboisement doit être compensé par un reboisement de même superficie. A moins que la SAFER jouisse de privilèges dignes de l’Ancien Régime…

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      1. La Safer n’agit que sur la préemption des terrains mis en vente. Exemple concret : un agriculteur (ou pas agriculteur car tu pouvais (avant…) avoir une propriété avec des terres agricoles ou des bois mais que tu n’exploitais pas (ou que tu louais à quelqu’un qui les exploitait à ta place) décède ou décide de tout vendre à sa retraite : lors de la mise sur le marché immobilier, la SAFER doit être obligatoirement avertie, et ensuite si ces biens l’intéressent, elle exerce son droit de préemption et donc le terrain doit lui être cédé (ou bien le vendeur doit renoncer à la vente s’il ne veut pas leur vendre !). Ensuite, la SAFER revend les terrains à des agriculteurs ou exploitants forestiers. Résultat : si tu es un simple particulier : tu ne peux plus acquérir de terrains agricoles ou forêts, ou (et c’est plus pervers encore !) de terrains situés en zone verte (protégée et non constructibles) où leur droit de préemption s’exerce aussi (?). L’idée de départ est louable : racheter des terres (en contrôlant le prix de vente pour éviter une surenchère comme c’est le cas souvent pour les terrains constructibles) et les revendre ensuite à de jeunes exploitants qui ainsi peuvent démarrer ou reprendre une exploitation (enfin… jeunes et débutants… ça, c’est à vérifier… !).
        Dans mon cas précis (et au moins on ne pourra pas dire que ce n’est pas vrai ce que je raconte !) j’ai bataillé pour racheter des parcelles de forêt autour de chez moi qui allaient être entièrement rasées par un exploitant forestier (les terres appartenaient à un chevrier (cherchez l’erreur !). J’ai payé ces parcelles bien plus cher que leur valeur sur le marché (pour que le chevrier accepte de me les vendre plutôt que de ramasser 20 euros la stère de bois coupé) et ensuite j’ai fais jouer une clause (d’où obligation de savoir lire les petites lignes des lois françaises ! ) pour que la SAFER ne puisse pas faire valoir son droit de préemption… Mais il s’agissait d’un cas bien particulier, sinon je l’aurai eu dans le … baba !
        L’obligation de reboisement n’existe pas pour les parcelles inférieures à 25 hectares ( tu dois par contre, si sup à 25 ha, avoir un plan d’exploitation visé par l’ONF) ! C’est aussi une belle escroquerie, ça ! Par exemple, chez moi : zone ultra protégée où je n’ai même pas le droit de planter une tente pour mes petites filles, l’été dans mon jardin (je ne parle même pas de la forêt qui m’appartient) , je peux par contre couper TOUS les arbres et j’ai bien dit TOUS ! si cela me chante et sans rien demander à personne et pas obligation de replanter ! Une fois encore : cherchez l’erreur, non ? !!!

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      2. Je suis sidérée par ce que tu expliques. Je savais l’administration française perverse ou absurde, selon les cas, mais pas à ce point ! Si l’n additionne les parcelles inférieures à 25 hectares, ça fait des surfaces énormes de forêt menacées ! Existe-t-il une « ligue de protection des arbres » pour faire du lobbying ?
        En attendant, beau dimanche !

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  3. Il y a des lois qui devraient être révisées, car depuis l’origine des safer, bien des choses ont changé. Les zones inondables qui ne l’étaient pas, la déforestation qui provoque des glissements de terrains, les sous-sol en tourbières qui ont pourtant été construits etc. Oui bien des chose ont changé, se sont dégradées, mais bizarrement on ne les change plus alors qu’elles sont criantes.

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    1. Je pense surtout que comme toutes les bonnes idées, elles sont souvent vite corrompues (les idées, pas la SAFER qui pourrait sinon m’attaquer en diffamation !) ! Vouloir accompagner le prix des terres agricoles (ou forestières) pour que les pauvres… (oui, je tousse !) Paysans/Forestiers puissent les acquérir sans trop taper dans leurs économies : bonne idée ! Les revendre à des… je cherche un qualificatif qui ne m’attirerait pas des ennuis…bon… je ne trouve pas ! disons donc tout simplement des… personnes ! qui ne cherchent que le profit immédiat : bonne idée corrompue ! De plus, je me demande bien pourquoi aujourd’hui, un particulier lamda ne peut plus acheter un hectare ou deux de forêt ? Ou même une prairie par exemple pour y mettre un cheval (un âne, c’est bien aussi !) ou deux ? N’est-ce pas une atteinte au droit du citoyen ? Les panneaux solaires ou les éoliennes c’est kif-kif bourricaut : profit, profit, et encore profit ! Bon, j’arrête, j’ai une montée de tension !

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  4. Tout comme toi je suis un dendrophile qui ne renie en rien ses multiples amours. J’ai été élevé et j’ai grandi au milieu des arbres que j’ai appris à aimer, à respecter et à soigner au besoin. Eux et moi, c’est une longue histoire d’amour qui ne s’est jamais démenti et n’a connu aucune tromperie.
    Ces arbres, pour leur prouver mes sentiments, je viens régulièrement leur parler, je les caresse et mieux, je les étreins au point d’être parfois à la limite de l’orgasme.
    J’ai une préférence pour le chêne, le saule pleureur et le marronnier. Pour ce qui est des fruitiers, j’en possède quelques-uns mais j’ai un amour plus fort pour le cerisier qui m’apporte tant à chaque mois de juin.
    Bien sûr, j’aime les autres qui me le rendent fort bien quand ils m’offrent avec gratitude leurs fruits. Une gratitude qui se concrétise par les cueillettes estivales et automnales.
    Des moments d’échange privilégié que j’ai avec mes chers arbres est un moment de pure jouissance que je n’échangerais avec aucune personne ne connaissant pas la bonté d’un arbre.
    Quand à cet assassin de Bolsonaro et ses complices, je rêve du moment où des arbres coupés trouveront la force de se révolter pour se regrouper en un gigantesque bucher au milieu duquel serait installé ce tueur de forêts et les autres avec un elfe bienfaiteur qui allumerait cet immense bucher des assassins.

    Aimé par 2 personnes

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