C’est loin mais c’est beau

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je raconte une anecdote authentique.

Nous sommes en 1987. La France a peur. La France a toujours peur.

Je suis étudiant à Brest et, cette année-là, j’habite un petit appartement avec ma sœur. Tous deux, nous terminons nos cours le vendredi à midi. Bon, en réalité, personnellement je ne les commence pas vraiment, mais ne répétez pas ceci à ma mère, elle n’en a jamais rien su. Vers midi, nous rentrons chez nous, dans la riante cité de Landivisiau. Nous roulons en Golf, la classe. Même si notre « Titine » accuse un kilométrage indécent et une consommation d’huile qui nous oblige à refaire les niveaux toutes les cinquante bornes. Sans oublier que le liquide de refroidissement ne s’attarde jamais là où il est censé opérer.

Bon, ce n’est pas une pub pour VW non plus.

En arrivant à destination, nous constatons un nombre anormalement élevé de véhicules garés un peu partout, n’importe comment, dans la rue. J’en déduis, avec ma perspicacité innée, qu’un tournoi de pétanque est organisé dans le quartier. Il est déjà arrivé que des boulistes amateurs investissent la cour de la demeure familiale car elle est recouverte d’un fin gravier, idéal pour les tirs plein fer. Aucun retraité ne mesure la distance entre une boule et le cochonnet dans la propriété, en revanche de nouvelles voitures en obstruent l’accès. Agacés et curieux à la fois, nous pénétrons au domicile parental enquête d’une explication à ce foutoir incivique. Madame D., la femme de ménage est sur place (je précise pour les esprits chagrins que je connais madame D. depuis dix ans et que je la considère alors comme un membre de la famille ; par ailleurs la locution « femme de ménage » n’est sans doute pas très #metoo, mais je m’en bats les castagnettes ; en vous remerciant). Elle rit devant notre colère et nous annonce que monsieur Chirac est en visite dans l’usine en face de chez nous. Stupeur ! Nous nous précipitons chez notre voisin.

Ma sœur présente très bien. Moi, je suis tout chiffonné après une nuit blanche de débauche, mais, j’ai une cravate en cuir dans ma poche (inutile de ricaner, les cravates en cuir étaient très hype à l’époque) et je porte une chemise blanche (inutile de ricaner etc…), donc je suis également à peu près présentable. Nous débarquons en plein discours et nous faisons discrets. Une fois les blablas terminés, le patron de l’usine fait le tour du propriétaire au grand Jacques. Il s’avère que le cheminement passe juste devant nous. Chirac s’arrête. Il me serre la louche sans me regarder, puis étreint la main de ma sœur, un soupçon plus longtemps que la bienséance le permet. Ma sœur mesure 1M80, elle est blonde et possède des appâts sans intérêts pour la pêche à la truite.

Lorsque la visite se termine, un gorille glisse un mot à l’oreille de ChiChi. Il est temps de lever le camp. Tous les officiels se dirigent vers les voitures et, soudain, Chirac fait demi-tour, se dirige vers ma sœur et moi, m’ignore royalement, saisit la main de ma frangine et prononce cette phrase éternelle : » Il ne me semble pas vous voir salué ».

Bref, j’ai failli être le beau-frère du président de la république.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

10 commentaires sur “C’est loin mais c’est beau

  1. Pour appâter autant le Jacquot, ta sœur devait vraiment avoir ce qu’il faut où il faut !
    Elle devait posséder à n’en pas douter du charme et des charmes auxquels le Chi-Chi, grand connaisseur en matière de femmes devant l’Éternel n’aurait pas résisté.
    Tu as failli devenir le beau-frère d’un président écris-tu ? Sans doute mais c’était sans compter avec Bernire qui surveillait son bonhomme encore mieux que ses « gorilles».
    Si tu avais eu toutefois cet insigne honneur, tu aurais eu l’avantage de manger à la table présidentielle et, le Jacquot, en matière de bonne bouffe, il ne lésinait pas. Tu aurais été gâté gastronomiquement parlant.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s