La jument d’Eckmühl

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande pourquoi je n’ai pas suivi la seule voie professionnelle qui me convenait vraiment. Sans doute parce que entre 20 ans et 50 ans, j’appréciais, modérément, la compagnie de mes semblables (mais moins beaux). Pendant cette période, je menais une vie sociale assez classique constituée, à peu près à égales mesures, de fêtes avec les copains et devoir professionnel. Comme tout le monde donc. La quête d’une moitié présentant des organes reproducteurs féminins occupait également une part non négligeable de mes activités physiques. Les années ont passé sans que je m’en aperçoive, comme un vulgaire cliché.

Les copains sont devenus des adultes responsables dont la vie ne tournait plus qu’autour de leurs enfants. La vie professionnelle m’a lassé. Je n’ai pas emprunté le bon chemin sur la carte du tendre. A 50 ans, retour à la case départ. Sauf qu’à 50 ans, ce n’est pas possible. C’est vraiment mal fichu. Il faudrait inventer une machine qui nous donne une deuxième chance. On efface tout et on reprend au début avec la liste des erreurs à ne pas renouveler.

Aujourd’hui, j’aimerais être gardien de phare. Pas d’un de ces phares de poules mouillées situés bien à l’abri dans la lande, non, gardien de phare en pleine mer. Gardien d’un phare juché sur un caillou à peine plus large que la base de l’édifice. Gardien d’un phare battu par les flots en furie neuf mois par an. Gardien d’un phare qui nécessite un entretien manuel et l’escalade cinq fois par jour d’un antique escalier de pierres usées par les brodequins de mes prédécesseurs. Au moins, cinq-cents marches, sinon ce n’est pas du jeu. Et puis le médecin m’a recommandé de faire de l’exercice.

Bon, la vérité, je ne suis pas prêt à vivre comme les gardiens d’antan. Dans mon contrat de travail, j’exigerais un chauffage efficace, du wifi, une chatte, des cigarettes à discrétion, netflix, un congélateur, une cuisine équipée et plein d’autres trucs sans lesquels la vie n’est pas envisageable. Je me chargerais de m’approvisionner en livres. Concernant les visites, ce n’est pas compliqué, elles seront nulles. Un mois de vacances en pleine civilisation me suffira amplement. Trois semaines même.

Les phares d’aujourd’hui sont automatisés. Comme de vulgaires robots. Même si je cherchais bien, je doute de jamais trouver une place de gardien de phare. Je m’en remettrai. A moins que je construise mon propre phare. C’est une idée non ? Je me demande si les affaires maritimes me délivreront l’autorisation.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

16 commentaires sur “La jument d’Eckmühl

  1. Postule pour celui d’Alexandrie, Cloclo ni chante pas, peut-être y a-t-il un roulement de Clodettes pour la muse culation, en tous cas comme les pierres sont à remonter ça vaut des haltères

    Et puis c’est un endroit tranquille personne la ramène si t’oublies un soir de rallumer la chandelle…
    N-L

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      1. Pour que ça aille plus vite, tu n’as qu’à dire que c’est pour une éolienne* et si en plus, tu crées une multinationale (basée au Luxembourg, c’est encore mieux pour les impôts) normalement tu devrais gagner pas mal de temps…
        * De loin, ça ne devrait pas se voir la différence.

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  2. Tout ça me fait penser à ce couple qui a acquis et rénové un château d’eau (dans la Creuse je crois).Wifi, cuisine équipée, balcons ajoutés pour une vue à 360 degrés…L’histoire ne dit pas si un ascenseur a été installé, mais les images de l’intérieur se montrent assez cosy.
    Bon d^’accord, les raz de marée dans la Creuse, c’est plutôt rare…

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  3. Il était une fois, il y a bien longtemps (car ces choses-là ne se font plus bien sûr !) le frère d’un ministre sous je ne sais plus quel petit « monarque » de la république, frère qui avait réussi -rapport à mon copain qui se la coulait douce- avait obtenu pour le mouton noir de sa famille et son épouse professeur- le poste de gardien du phare du Cap Ferrat. Un lieu que se disputaient parait-il, ts les gardiens de phare de l’époque, avec celui de Porquerolle. Bref, j’y ai passé des vacances de rêve car c’était le plus beau point de vue du cap et le jardin qui l’entourait, une pure merveille dont s’occupait le « gardien ». Mais il lui fallait 2 fois par jour appuyer sur le bouton pour allumer la lanterne la nuit, et l’éteindre au lever du jour. Mon copain en a eu marre au bout de quelques années, et a fait engager son épouse comme gardienne suppléante pour appuyer sur le bitonio à sa place (et bien entendu ils étaient payés par l’état !). Puis plus tard, après que mon ami fut retraité, le phare a été entièrement automatisé. Bref, si vous allez au Cap Ferrat et que le phare est toujours ouvert, allez-y, vous y trouverez un magnifique panorama !
    Bien sûr il ne s’agissait pas d’un phare pour ermite, mais au contraire, d’un phare qui invitait à la fête !

    J’ai trouvé cette photo sur le net :

    Lien vers mon image

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