Le FeLeBe

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je parle de ma famille.

Dans les années 70, la France a peur et Roger Gicquel présente le 20H. Un obscur groupuscule breton commence à faire parler de lui. Le FLB, le Front de Libération de la Bretagne. Un groupe de rigolos qui se sont mis en tête de rendre son indépendance à la Bretagne. Ou tout au moins, son autonomie, pour débuter, même si une partie des membres ne sont pas bien sûrs de faire la différence. Seulement, ces gamins se prennent très vite au sérieux. Et alors tout bascule.

Pour être pris au sérieux, il faut agir. Et l’action doit être spectaculaire. Et même armée, si possible. Comme une révolution. Les têtes pensantes se réunissent autour d’une bouteille de chouchen, ou deux, ou trois. Il faut frapper fort pour ne pas passer pour des glandus. Il faut s’attaquer à un symbole de la république. Ce sera le château de Versailles. Certains d’entre vous se demandent quel est le rapport entre la république et la demeure de Louis XIV. Pour être franc, moi aussi. Les activistes bretons de l’époque avaient sans doute un peu séché les cours d’histoire. En revanche, il est probable qu’ils abusaient de l’herbe qui fait rire.

Avant de s’attaquer au château, ces lumières avaient choisi de poser des bombes sur leur propre terrain. Une contre la centrale nucléaire de Brennilis, sans dommages, et une contre le relais télévision du Roc Trédudon, avec succès. Grosse erreur ! La moitié de la Bretagne se retrouve sans télé pendant deux mois, rien de pire pour que le mouvement devienne impopulaire. Pour que des révolutionnaires se transforment en vulgaires voyous.

Après Versailles, et un mur noirci, les autorités décidèrent qu’il fallait sévir. Donc branle-bas de combat tout le monde sur le pont, et ratissez large. C’est dans ces conditions que mes deux cousins, deux frères, furent embarqués aux petites lueurs de l’aube, par un matin d’hiver frileux. L’un d’eux portait un vieux pardessus râpé. En vérité ces deux zouaves n’avaient pas grand chose à voir avec les leaders du mouvement, ils étaient sympathisants, comme beaucoup, mais guère plus. Pourtant, dans la famille, le soir à la chandelle, il nous plaisait d’imaginer que les deux frangins ourdissaient, dans l’ombre, le grand soir breton.

Mes cousins sont morts. Pas sous les balles des flics français, pas dans l’explosion d’une bombe artisanale. En revanche le chouchen…

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Le FeLeBe

  1. Chez nous dans les années 70 (même qu’on dit septante par ici) on a eu la guerre entre les Sangliers, pro Bernois qui refusaient la cessession du Jura, et les Béliers, séparatistes jurassiens. Ces derniers posèrent quelques bombes également, mais le 23ème canton de la Confédération Helvétique finit par voir le jour…
    Au grand dam de mon grand-père Sanglier, et au grand bonheur de mon autre grand-père, Bélier lui !

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  2. D’accord, on peut admettre que ces soldats de l’indépendance avaient sans doute abusé du chouchen et du gwin ruz mais il leu fallait bien ça pour se donner du courage ! Oser aller s’attaquer à Vrsailles ou à la centrale de Brennillis, il leur fallait des c…
    Il n’en reste pas moins qu’avant le Fe Le Be Le, la Bretagne était délaissée, reliée à paris par deux lignes de trains qui n’étaient que des tortillards qui s’arrêtaient à tous les tas de fumier et par de routes nationales qui permettaient de faire le trajet Paris Rennes ou Paris-Guingamp en 5 à 7 heures. Cette Bretagne qui nous est chère était une région oubliée, désertée. Une région qui, dans l’inconscient populaire français se résumait à la bonniche bretonne bête caricaturé sous le dessin de Bécassine, au péquenaud breton en sabot et avec chapeau rond, la bretonne en robe noire avec sa coiffe bigoudène, à ses crêpes, ses pêcheurs, des binious, ses dolmens et ses menhirs. Pour les politiques parisiens, pour le pouvoir très jacobin, la Bretagne se rappelait à leur bon souvenir lors de leurs visites au moment des élections
    Et puis ce Fe Le Be Le s’est fait entendre pour qu’on reconnaisse l’identité et la culture bretonne et surtout son importance. Il s’est fait entendre pour qu’on prenne la Bretagne autrement que comme une terre de ploucs et ils avaient raison. On ne les prit pas d’abord au sérieux mais le jour où ils commencèrent à s’attaquer aux trésoreries, aux centres des impôts ou à faire sauter une antenne-relais de l’O.R.T.F , là le pouvoir a daigné les prendre au sérieux et qui sait, les écouter.
    Des chanteurs engagés ont tout fait pour qu’on reconnaisse la Bretagne et qu’on la désenclave. Ce fut le cas de Alan Stivell ou de Gilles Servat, sûrement le plus virulent et le plus écouté avec la « Blanche hermine », « Les Bretons Typiques » dans laquelle il se moque des ministres dans ces phrases «L’jour de l’inauguration, Y avait des ministres bretons Marcelin et son Penn-baz Et Pleven en bragoù-bras » ou lorsqu’il parle de l’identité bretonne dans « Koc’h Ki Gwenn Ha Koc’h Ki Du, »
    Dès lors fut crée une ligne Paris-Rennes rapide, une autoroute A 84 gratuite qui permit aux transports d’augmenter et de relier la Bretagne à Paris plus facilement. Il s’en suivit une industrialisation de la Bretagne à Rennes, Saint Brieuc, Brest et un accroissement du tourisme qui permit aux gens de voir la Bretagne avec d’autres yeux.
    Depuis, il y a le festival des Vieilles charrues mondialement reconnu, :la reconnaissance officielle des écoles Diwan, la reconnaissance de la langue bretonne en option au bac, l’acceptation du nom des villes en breton, le festival interceltique de Lorient connu de tous, les Grands voiliers de Brest, les groupes Tri Yann ar Naoned qui ont joué un rôle prépondérant dès le début, Nolwen Leroy qui revendique haut et fort sa culture et son identité au même titre que Miossec et bien d’autres, les écrivains comme Henri et Yann Queffelec père et fils, René Guy Cadou, Max Jacob ou Per Jakez Hélias .
    Ces artistes, écrivains, chanteurs, auraient-ils existé sans le F.L.B. même si par le passé il connu quelques heures sombres et honteuses ? J’en doute.

    Aimé par 1 personne

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