Le pays du matin humide

Le sachiez-vous ?

C’est en 1349 (les historiens ne sont pas tous d’accord sur l’année, en revanche ils sont sûrs que c’était un mardi) que Loïc Boicussec, paysan du petit village de Saint-Gweltaz, ployant sous le joug tyrannique du seigneuriot du coin, inventa quelque chose qui devait changer la face du monde, et accessoirement celle de la Bretagne.

Loïc cultivait du chou-fleur et il devait remettre 69% de sa production à son seigneur et maître. Le reste allait directement dans les réserves du clergé qui thésaurisait en revendant le double voire le triple, les crucifères aux ennemis séculaires de la Perfide Albion. En ces temps-là, la Bretagne supportait une chaleur tropicale mais sèche. Loïc parvenait à peine à satisfaire les exigences de son bailleur et peinait à nourrir ses dix-sept enfants, à tel point qu »il en sacrifiait un tous les ans à la Saint-Méen.

Un jour qu’il tripotait un atome d’hydrogène et deux atomes d’oxygène, il fit jaillir entre ses doigts une curieuse matière qu’il ne parvint pas à retenir et qui fut englouti par la terre craquelée de son potager. Usé par sa journée de seize heures, il oublia l’incident et alla se coucher après avoir rogné l’os du tibia gauche de Ewen, son grand fils, cuisiné par sa femme le mois précédent.

Trois jours plus tard, alors qu’il traversait son misérable potager, il aperçut une touffe d’herbe verte tout à fait incongrue en ce lieu de tristesse. Comme il n’était pas plus con qu’un autre, il fit le rapprochement avec la curieuse substance qui s’était écoulée de ses doigts l’autre fois. Il courut vers son appentis (et pas vers son apprenti bande d’esprits mal placés), là où il gardait précieusement ses atomes. Il renouvela l’expérience et produisit derechef l’étrange liquide. Convaincu de vertus magiques de son invention, il se précipita à la mairie pour y déposer un brevet.

-Oh oh ! fit le fonctionnaire territorial.

Loïc n’était pas très doué en orthographe, il souffrait en outre de dyslexie. Il trouva que l’expression du gratte-papier sonnait bien et au moment de baptiser son invention, il choisit le mot « eau ».

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts de Bretagne. Beaucoup. Beaucoup trop. En permanence en fait.

Dans les salons brestois, on se prend à regretter que Loïc Boicussec n’ait pas inventé le climat tempéré avec des étés chauds mais pas trop et des hivers froids mais pas trop. Et des précipitations modérées, pas cette saloperie de flotte qui tombe sans discontinuer depuis 1349.

Pourtant, les descendants de Loïc ont eu la riche idée de conserver le brevet de leur aïeul. Dans une décennie ou deux, les GAFA et autres entreprises hi-tech seront reléguées au rang d’entreprises artisanales en recherche permanente de clients qui se détourneront de leurs abonnements pour économiser afin d’acheter de l’eau. Rien que de l’eau, de l’eau bretonne.

Si vous vous promenez dans l’est de l’Ille-et-Vilaine, vous croiserez certainement une équipe de géomètres. Ceux-ci sondent le terrain pour dénicher l’endroit idéal où sera creusé le fossé. Quel fossé ? Patience.

Non, mais sérieusement.

Giifnem29

4 commentaires sur “Le pays du matin humide

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