Athée souhaits

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, souvent, je pense à Jean-Michel.

Jean-Michel a passé des mois et des mois à lutter de toutes ses forces contre un cancer qui lui dévorait les entrailles. Jean-Michel n’est pas allé allumer des cierges à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Jean-Michel a fait confiance aux oncologues de l’hôpital public. Et il a eu raison. Le cancer de Jean-Michel est en rémission. Les médecins l’ont laissé sortir et lui ont conseillé de s’amuser de retrouver goût à la vie. Alors Jean-Michel fait tout pour. Il voit ses copains. Il cherche une copine adepte des crânes chauves. Il décide de renouer avec sa passion adolescente du heavy métal. Quand il revenait de ses séances de chimiothérapie, Jean-Michel n’écoutait pas Motorhead ou Metallica. Il avait besoin de silence. Maintenant, il veut du bruit. De la vie. Il achète un billet pour aller écouter les Eagles of Death Metal au Bataclan. Il ne connaît pas mais d’après Jules un pote de son fils, ça déchire. Tout ce qui déchirera ce soir-là, c’est la rafale de kalachnikov dans le ventre de Jean-Michel. Sa dernière pensée avant de s’écrouler assassiné par des monstres, sera stupide. La balle aura-t-elle rencontré son cancer ?

Jean-Michel n’était pas croyant. Le dimanche matin, il regardait « Téléfoot », pas le « Jour du seigneur ». La dernière fois qu’il avait mis les pieds dans une église, c’était pour les obsèques de Pierrot. Pierrot ne croyait pas plus que lui, à part un peu trop en Saint-Estèphe et Saint-Émilion. C’est la famille qui a voulu des funérailles religieuses. Pour sauver les apparences, vous comprenez. On ne sait jamais… Quand ce grand con de Jérémie s’est marié, Jean-Michel avait refusé d’être témoin pour ne pas être obligé d’entrer dans l’église. Résultat, une cuite au Balto avec Rémi et Nono pendant la cérémonie, et une fâcherie définitive avec Jérémie. Ce n’était pas la première fois qu’il se fâchait avec un proche. Avec sa propre sœur même. Quand celle-ci, mécréante notoire, décida de faire baptiser son premier sous prétexte que les enfants non-baptisés ne montent pas au ciel s’ils meurent en bas-âge. Jean-Michel a cru que Nathalie lui faisait une farce. Mais non, pas du tout. Il lui a dit qu’il viendrait volontiers au repas mais de ne pas compter sur lui pour regarder un prêtre verser un peu d’eau sur la tête de son neveu et déclarer qu’il était admis dans le royaume d’un dieu hypothétique. Nathalie s’est fâchée. Ils ne se sont plus adressés la parole depuis. Jean-Michel est baptisé. Il est né un onze juillet et baptisé le vingt-quatre du même mois, sans qu’on lui demande son avis, par conséquent. On pourrait au moins attendre l’âge de raison voire la majorité avant d’ infliger à un enfant un sacrement auquel il n’adhérera pas forcément. Ou alors créer un pré-baptême, avec une confirmation à dix-huit ans. Quand il était étudiant, Jean-Michel a voulu se faire débaptiser. Il a même écrit au diocèse pour connaître la marche à suivre. Curieusement, la hiérarchie catholique lui a répondu qu’il suffisait d’en faire la demande écrite et hop hop vous disparaissiez du grand livre. Un peu décontenancé, Jean-Michel a réfléchi. Sérieusement. Très sérieusement. Son intense réflexion a conçu la problématique suivante. Pourquoi se casser la tête à se faire enlever un sacrement auquel on ne croit pas ? Vouloir se faire débaptiser ne revient-il pas à donner du crédit au baptême ? Pourquoi un peu d’eau du robinet versée sur sa tête par un curé aurait plus de valeur qu’une position philosophique ? Jean-Michel n’a pas écrit de lettre au diocèse. Il a décrété qu’il n’était pas catholique et voilà.

Jean-Michel est né dans une famille contrastée. Une foi catholique vrillée à l’âme du côté de sa mère et des mécréants assumés du côté paternel. Allez savoir pourquoi son éducation et celle de sa sœur se feront sur les bases des croyances maternelles. Son père s’en fout et il ne veut pas contrarier son épouse. Dès qu’ils savent faire du vélo sans les petites roues, tous les dimanches matins Nathalie et lui doivent se taper trois kilomètres, aller retour, à bicyclette pour satisfaire à la grand’messe. Maman travaille et Papa en profite pour goûter deux heures de tranquillité en écoutant des chansons peu appréciées du clergé. Les deux enfants sont la caution catholique du foyer. Ils râlent un peu pour la forme mais on ne décide pas, à l’époque, quand on a moins de dix-huit ans. Jean-Michel joue au foot le samedi après-midi. Il rêve de progresser pour passer en équipe A et ainsi jouer le dimanche matin, si sa mère accepte, ce n’est pas gagné. Jean-Michel n’est plus un enfant stupide. Il commence à échafauder des théories contradictoires. Il n’a jamais lu la bible malgré le cours de catéchisme, mais à force de fréquenter les bancs de bois de l’église de sa petite ville, il estime connaître quasiment par cœur le saint livre supposé. Une foule de question assaille son cerveau bouillant de pré-adolescent suspicieux. Tout d’abord, personne ne lui a jamais dit qui a écrit la bible. Tout ce qu’on lui a dit, c’est que des hommes avaient retranscrit la parole d’un dieu qui s’adressait directement à eux. Il faut donc partir du présupposé de l’existence du dieu avant de lire le livre. De plus, si ce dieu a dicté les différents événements rapportés, il a pu raconter ce qu’il voulait. Le petit Jean-Michel avait déjà du mal à imaginer un vieux barbu, juché sur un nuage, hurlant ses anecdotes à des types qui devaient écrire très vite vu que le dieu n’avait pas pensé à inventer le magnétophone, ni la sténographie. Et puis, le dieu lui-même, qui l’a créé ? Il ne s’est pas créé tout seul tout de même ! En tous cas, il était doté d’une imagination fertile. C’est cette imagination débridée qui a mis la puce à l’oreille de Jean-Michel. Bien qu’encore très jeune, le petit garçon doutait fort d’un certain nombre d’épisodes. Le buisson ardent, les dix commandements, la Mer Rouge, pour citer les principaux. Quant aux évangiles, Jean-Michel n’y a jamais cru. Il estime que ce sont des charlatans qui ont trouvé le filon pour devenir célèbres, passer à la télé et squatter les têtes de gondoles dans les meilleures librairies. Ils racontent la vie d’un homme hors norme qui se fit remarquer par des tours de passe-passe plutôt habiles. De là en rendre la vue à un aveugle ou à permettre à un paralytique de marcher à nouveau, il y a un gouffre.

Un dimanche, Jean-Michel s’amuse à distancer Nathalie à vélo. Sans qu’il s’en rende compte, sa bicyclette ne prend pas le chemin de la place centrale de la petite ville, mais celui du stade. Pour une fois, il ira voir jouer ses copains plutôt que de graver des insanités sur les bancs de l’église. Petit à petit, l’habitude s’instaure. Le match plutôt que le dogme. Le grand air plutôt que le lavage de cerveau. Personne ne s’en rendra compte. Il a dix ans et il connaît la messe par cœur, au cas où quelqu’un lui pose des questions. Quarante ans après il pourrait encore la réciter, sermon compris. Un dimanche, il croise sa mère, bien loin de l’église à l’heure de la communion. Celle-ci lui conseille de rentrer bien vite à la maison où il verra de quel bois elle se chauffe. Il ne connaîtra jamais l’essence favorite de sa génitrice. Son père a dû plaider en sa faveur. L’année suivante, il joue au football le dimanche matin. Sa mère tentera bien un soupçon de pression pour qu’il se rende à l’office du samedi soir, mais elle doit reconnaître que c’est moins pratique car la lumière de son vélo est défaillante. Elle abdique. Mais tu ne dis rien à tes grands-parents et tu feras ta communion, l’an prochain, comme tout le monde. Il accepte car communion signifie de nombreux cadeaux. C’est la fin de la vie catholique de Jean-Michel. Il continuera à se rendre à la messe de minuit à Noël pour ne pas chagriner sa grand-mère, et aux enterrements. Le reste, basta.

Et il ne s’en porta pas plus mal. Il eut bien quelques secondes de doute quand le médecin lui annonça qu’il souffrait d’un cancer. Un reste rance de foi ancré dans ses gènes sûrement. On n’efface pas ainsi deux-mille ans de foi nationale, contrainte et forcée. Les secondes furent vite balayées face aux explications absconses des spécialistes de l’oncologie et des efforts nécessaires pour parvenir à comprendre un fragment de ce qu’on lui expliquait.

La chimiothérapie vint à bout de son crabe. Les balles de kalachnikov remplacèrent efficacement les cellules cancéreuses.

Les croyances sont plus fortes que le cancer. Les tumeurs malignes sont de la gnognotte par rapport aux balles dum-dum. Une maxime française dit que la foi déplace des montagnes. Je ne parviens pas à traduire ma perplexité face à une telle bêtise prise au pied de la lettre. Si ! Les proverbes et autres maximes sont bien souvent paroles d’évangile pour le commun des mortels (j’ai écrit « paroles d’évangile »…).

Je ne sais pas ce que pense Jean-Michel des commémorations, où qu’il se trouve. Je ne suis pas persuadé que la vision de ces trois dignitaires des trois religions monothéistes, main dans la main, l’œil humide, la lippe basse, ait réchauffé ses os sacrifiés. Comment ces trois hommes, chacun engoncé dans ses certitudes, ont-ils eu l’impudeur de se présenter aux hommages nationaux ? Je reconnais que cette simple pensée me donne la nausée.

Par définition, ces hommes se haïssent. Ou, au minimum, se méprisent. Depuis la création de l’islam, la plus récente, les trois religions monothéistes ne cessent de s’affronter. Le christianisme n’a pas attendu de se trouver des adversaires. Il s’est débrouillé tout seul. La réforme protestante a ensanglanté l’Europe au XVIè siècle. Les catholiques n’ont pas accepté que des sécessionnistes décrètent que le culte de la vierge Marie ne leur convenait plus, ni l’autorité du pape et, vraisemblablement, deux ou trois autres éléments de la plus haute importance qui m’échappent. Le fameux massacre de la Saint-Barthélémy illustre parfaitement cette épisode de l’humanité. La journée du 24 août 1572 et les jours suivants permirent aux catholiques de trucider impunément tous les protestants qui croisèrent leur route. Une sorte de purge comme dans ce film étasunien, American nightmare. Je soupçonne fort les producteurs de ce chef d’œuvre de s’être inspirés des déboires religieux de l’amiral de Coligny. Ce triste événement pourrait être rangé une bonne fois pour toutes dans les oubliettes de l’histoire si ses conséquences ne perduraient aujourd’hui. Vous en doutez ? Penchez-vous sur l’histoire récente d’un pays scindé en deux, à moins de deux heures de vol de Paris. L’Irlande. Oh, je sais bien ce que vous allez m’opposer. Le conflit irlandais est bien plus politique que religieux. C’est un point de vue. Pas le mien. Les catholiques du sud et les protestants/anglicans du nord se haïssent. Je me souviens d’une histoire dramatique qui fit la une des journaux. Celle de ces gamines de Belfast caillassées lors d’une sortie scolaire car elles affichaient l’uniforme de leur école protestante. Je ne crois pas qu’il y ait eu des victimes. Toutefois, le symbole était marquant. Les agresseurs étaient des jeunes catholiques. Des gamins. Des gamins prêts à assassiner d’autres gamins sous prétexte que ceux-ci n’exercent pas le même culte. Le seul fait de l’écrire me fait frémir. Parce que des abrutis de dignitaires religieux ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur l’existence ou non de la vierge Marie, des gamins s’entre-tuent. Arrivez-vous à intégrer cette information dans votre cerveau ? Moi pas. J’essaye, mais rien à faire. Je ne suis pas programmé pour comprendre qu’un débat sur l’existence hypothétique de la mère du fils d’un dieu hypothétique puisse engendrer la mort de qui que ce soit. Au passage, il est amusant de soulever que les catholiques français dans leur majorité protestent énergiquement contre la Gestation Pour Autrui, quand leur figure féminine favorite prêta son ventre à leur dieu hypothétique pour lui fournir un fils. Quant à Joseph, on ne peut pas dire qu’il était très futé…

Si l’Irlande est, pour moi, un mystère insondable, je reconnais que ce n’est pas le pays qui me fascine le plus. Israël bat tous les records. Existe-t-il une terre plus gorgée du sang des juifs, des chrétiens et des musulmans que la terre d’Israël ? Ce petit bout de notre planète joue de malchance. Il ne doit pas être simple de représenter les lieux saints des trois religions monothéistes. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si cette terre représente tant pour les chrétiens, les juifs et les musulmans ; franchement s’ils se réunissaient pour réfléchir un peu, tous ces gens se rendraient compte qu’ils jouent dans la même équipe.

Et les voilà, de front, arborant fièrement les signes ostentatoires de leur religion hypothétique. Un évêque, un imam et un rabbin. On dirait le début d’une histoire drôle. Ce n’est qu’une histoire pathétique. Le représentant d’un dogme moribond auprès du représentant du dogme d’avenir auprès du représentant d’un dogme constamment combattu par les deux premiers. Cette image, j’y pense en permanence. J’ai l’impression diffuse qu’elle dit quelque chose de profond, quelque chose qui pourrait changer la face du monde. Ces trois hommes, main dans la main, résonnent comme un aveu. Comme si, sans s’en rendre compte, ils venaient de démontrer à la face du monde, dans un œcuménisme de façade, l’absurdité de leurs luttes intestines. Déjà qu’avec un minimum de lecture et de réflexion, on comprend très vite que les trois religions monothéistes ne sont qu’une seule et même doctrine. Une étude simple, à la portée d’un enfant de dix ans, démontre que ces trois religions adorent le même livre. La torah, la bible et le coran, dans l’ordre chronologique, racontent strictement les mêmes histoires. Seul le point de vue diffère. C’est à se demander s’ils ne l’ont pas fait exprès. Vous en doutez ? C’est un manuel scolaire de sixième qui m’a ouvert les yeux. Je regrette de ne pas pouvoir le citer, mais ce manuel exposait très simplement, sans parti pris, que la bible et le coran rapportait l’épisode de la Mer Rouge exactement de la même façon, juste avec un narrateur différent.

Quel regret que les grands caricaturistes de Charlie-Hebdo n’aient pu croquer ces trois individus. Je ne possède pas une once de leur talent, mais j’essaye d’imaginer ce que cela aurait pu donner. Des armes dissimulées. Des doigts croisés dans le dos. Des pensées inavouables. Ils s’en seraient donné à cœur joie. Malgré les circonstances, ils auraient dénoncé l’hypocrisie, la perfidie, la récupération. L’alliance contre-nature pour sauver les apparences. Mais ce sont ces trois hommes qui ont répandu le terreau sur lequel poussent les terroristes. Ceux qui se permettent de distribuer la mort au nom d’un dieu hypothétique. Et non, je ne pense pas qu’aux islamistes. Inutile de me taxer d’islamophobie. Je me souviens qu’en 1987 des extrémistes catholiques s’étaient émus de la sortie du film Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky qui raillait Lourdes et ses pseudo-miracles. Un cinéma parisien diffusant l’œuvre de fiction fut leur cible. Une bombe de faible puissance y explosa provoquant la mort par infarctus d’un spectateur.

La religionophobie est-elle un délit en France ? Ou une pathologie que je devrais faire soigner ?

Je ne suis pas certain que la mort de Jean-Michel, celles de tous les autres et les plaies à peine cicatrisées des survivants supportent des excuses du bout des lèvres. On dit souvent qu’il faut apprendre de ses erreurs. Que ces morts injustes servent au moins à quelque chose.

J’ose le dire. Le temps n’est-il pas venu pour un pays qui se prétend civilisé d’entamer un processus de sortie du monde des religions ? Je sais bien que nous vivons dans un état laïc et non pas dans un état athée, le lexique a son importance. Un état qui permet à toutes les religions de s’épanouir, pas un état qui prône l’absence totale de dogmes religieux. Surtout, il est aisé de se cacher derrière des mots. Est-il honteux de considérer que nos anciens ont commis des erreurs ? Je suis même prêt à admettre que la religion a contribué au développement de l’éducation, du civisme, de l’hygiène sous nos latitudes. Cela me coûte mais je veux bien reconnaître que certains hommes d’église ont cru œuvrer pour le bien général.

Le passif est lourd. Mais l’être humain possède la faculté de pardonner. Pardonnons donc et passons à autre chose.

Ce serait si simple. Je ne suis pas une oie blanche. J’ai bien conscience de prêcher dans le désert. Je n’ai même pas l’âme d’un révolutionnaire. Je me sens las de toutes ces idéologies rétrogrades qui pourrissent notre société. J’espère juste ne pas être le seul dans ce cas.

Dans l’histoire du monde, la principale meurtrière, c’est la vieillesse. Puis vient la maladie, sous toutes ses formes. Puis les accidents. Enfin les guerres.

De ces quatre causes, il n’existe que trois fatalités. La guerre n’est pas une fatalité. Les puissants envoient le peuple se faire déchiqueter sur les champs de bataille pour leur propre compte. Je me suis toujours demandé pourquoi les conflits ne se réglaient pas sur le pré entre les deux principaux protagonistes. Une journée, un mort, on se sert la main, on discute, on se met d’accord et voilà.

Guerres territoriales, guerres idéologiques. Et guerres de religion(s).

Pas plus que je ne suis théologien, je ne suis théoricien de la guerre. J’ai quelques connaissances et suis capable d’analyses simples. Pour cette raison, je me baserai essentiellement sur les trois religions monothéistes dominantes en France. A savoir, le christianisme et ses clones, l’islam et ses clones et le judaïsme. Je sais d’avance que les croyants et autres intellectuels critiqueront, voire railleront mon propos. Aucune importance. Je me base sur le bon sens. Qu’on me démontre le contraire. Aucun dieu n’existe. Je ne peux pas le prouver. Personne n’a jamais réussi à prouver une existence divine que je sache. Match nul. Balle au centre.

J’aime les certitudes. L’être humain maîtrise relativement peu de certitudes. Il sait qu’il est né et il sait qu’il mourra. Tout le reste est sujet à caution. Sauf… Sauf un truc assez bizarre auquel on ne pense pas souvent. La modernité de l’immédiat. L’homme est absolument certain que la seconde qu’il est en train de vivre est la seconde la plus moderne (ou évoluée ou progressiste) de l’histoire de l’humanité. Chaque seconde qui passe permet à la science de progresser. La régression n’existe pas en matière d’évolution. Le débat si. Les croyants n’échappent pas à la règle. Une religion chasse l’autre d’un territoire. Parfois elles se chevauchent, mais rarement longtemps. Le sang les sépare. La religion évincée perd ses adeptes. De gré ou de force. Puis elle expire. Son agonie dure un certain temps. Puis elle mute. Elle devient une mythologie. Les adeptes de la nouvelle religion à la mode s’amusent des croyances de naguère. Les Grecs anciens, les Romains, les Incas, les Scandinaves, les Egyptiens et combien d’autres encore, sont raillés, traités de païens, d’infidèles, de mécréants. Je me demande combien de siècles seront nécessaires pour que nos descendants jugent les religions du vingt-et-unième siècle comme des sornettes d’illuminés tout juste bonnes à faire peur aux petits enfants.

L’un des principes fondateurs d’une religion, c’est de gagner le plus d’adeptes possibles. Les missionnaires catholiques et protestants en sont la meilleure illustration. Très tôt, dès la deuxième partie du Moyen-Âge, les dirigeants du christianisme, unis à l’époque, estimèrent que les terres nouvelles devaient bénéficier des bienfaits de leur foi. Les clichés sont multiples concernant cette colonisation religieuse. La plupart du temps, il faut combattre les clichés, j’en conviens. Il reste tout de même un certain nombre d’idées reçues enracinées dans une vérité. Un peu comme ces légendes fondées sur un seul témoignage.

Le rôle des missionnaires consistait à convertir les populations nouvellement découvertes. Ils ne s’embarrassaient pas à faire comprendre aux indigènes de quoi il retournait. Ils n’en avaient ni le temps ni l’envie ni la langue. Leur foi occidentale chevillée au corps puisque personne ne s’y opposait, gonflés de certitudes improuvables, ils pourfendaient les cultes ancestraux considérés comme de la barbarie. De la barbarie ! Il semblait naturel d’imposer un dogme étranger en total décalage avec la vie quotidienne de tribus, certes vivant parfois avec plusieurs siècles de retard. Un retard bien subjectif. Un retard par rapport à quel étalon du retard ? C’est le combat de l’omnipotent contre le vermisseau. La leçon de celui qui sait à celui qui ignore. Le fat face au naïf.

Une image perdure. Celle du missionnaire arpentant seul la savane et les contrées éloignées, une croix et un missel à la main, pétri de sa foi, persuadé de la nécessité de son sacerdoce, psalmodiant les écritures saintes. L’homme bon, un brin illuminé qui croit en sa démarche. Le martyr qui finit une fois sur deux dans la marmite des anthropophages.

La réalité est bien différente. Les hommes se présentant au nom d’un dieu auprès des population africaines, par exemple, attendaient bien sagement que d’autres hommes, en armes ceux-ci, des mercenaires, payés par le Vatican, fassent le « ménage ». Une fois la majorité des indigènes masculins valides éliminés ou hors d’état de nuire, le missionnaire aspergeait d’eau bénite (?) des groupes entiers d’autochtones soumis, avant de déclarer catholique toute la tribu. Ce n’était pas plus compliqué que cela. Quelques pacotilles, quelques promesses plus tard, un indigène corrompu et sa clique installés sur un trône illusoire et le tour était joué. Les derniers réfractaires, s’ils n’étaient pas passés par les armes, recevaient un aller-simple pour les mines de métaux précieux et, plus tard, pour les plantations du nouveau-monde. Le rôle des Églises dans l’esclavage n’est pas démontré ? L’inverse non plus. Je rechigne à me servir de leur façon de faire. La désinformation, ou la non-information. L’obscurantisme, la volonté occulte de plonger son peuple dans l’ignorance. Qui ignore ne se révolte pas et avale le dogme qu’on veut bien lui imposer.

Vous n’êtes pas convaincu ? Tant pis.

Au moins, si je vous parle de l’inquisition, vous ne me reprocherez pas des affabulations historiques, j’espère.

Torquemada, ses sbires et ses émules. L’un des paradoxes de cet homme est qu’il vécut à la fin du Moyen-Âge, appliquant des préceptes dignes de l’âge de pierre. L’homme du tribunal de l’inquisition. L’inquisition ! Certainement l’un des mots qui a le plus fait trembler les êtres humains. Une époque pendant laquelle vous pouviez marcher dans la rue, vous faire arrêter puis torturer et enfin exécuter. Pourquoi ? Simplement pour avoir remis en cause l’existence d’un dieu hypothétique. Simplement pour connaître les vertus guérisseuses de certaines plantes. Simplement pour avoir l’outrecuidance d’adorer un autre dieu hypothétique. Il fut un temps où il n’était pas de bon aloi de développer une allergie à la viande de porc.

Le principe des tribunaux de l’inquisition consistait à exhorter les condamnés à reconnaître un commerce avec Satan. Satan qui, notons-le, est lui-même une invention des créateurs des religions. Quoiqu’il en soit, de nombreuses femmes convaincues de sorcellerie durent avouer qu’elles avaient lié un pacte avec un être qu’elles savaient pertinemment fantasmagorique. Vous imaginez l’absurdité d’une telle condamnation et le désarroi de ces femmes ? Comme si aujourd’hui, un tribunal vous condamnait à mort pour avoir vendu un traîneau au compteur maquillé au Père Noël. Je rappelle que lesdites sorcières étaient pour la plupart des bienfaitrices, détentrices de savoirs ancestraux que l’inquisition a contribué à faire disparaître, pour le bien de ses ouailles. Pour le malheur de l’humanité qui se passerait peut-être d’un grand nombre de cochonneries chimiques, sans la bêtise incommensurable de ceux qui n’octroyaient de pouvoir de guérison qu’à un dieu hypothétique, ou à un roi au pouvoir divin, dans le cas des écrouelles par exemple.

J’ai écrit ce texte en janvier 2015. Il n’est pas impossible que je l’ai déjà posté ici, partiellement ou intégralement. Si c’est le cas, pardonnez-moi de vous l’avoir infligé de nouveau.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Athée souhaits

  1. 《Au passage, il est amusant de soulever que les catholiques français dans leur majorité protestent énergiquement contre la Gestation Pour Autrui, quand leur figure féminine favorite prêta son ventre à leur dieu hypothétique pour lui fournir un fils.》
    On ne peut pas mieux dire!

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  2. Depuis la nuit des temps nous avons appris de nos croyances (tiens, d’ailleurs en lisant ton titre, je « croyais » que j’allais rire !) et de nos erreurs. Nous avons maintenant accès à tous les moyens qui mènent à la connaissance et pourtant la religion reste bien ancrée chez beaucoup et pas chez les moindres -je pense aux théologiens en écrivant cela-

    Aimé par 1 personne

  3. Nous pourrions aussi parler des indulgences, des pauvres qui tendent la main sous les fenêtres du Vatican
    Etc etc.

    Pour améliorer notre monde, supprimons le profit et ??’ Les religions.

    Merci

    Aimé par 1 personne

  4. Ce n’est pas la foi et ceux qui croient sincèrement mais les religions et ceux qui interprètent à leurs façons des livres vieux de plusieurs siècles. Une façon pour eux de tenter de mener à la baguette le reste de croyants crédules qui leur obéissent encore.
    De toute façon, il ne faut pas se faire d’illusions, les purs athées n’existent pas : Napoléon qu’on croyait athée a demandé un confesseur sur son lit de mort et lui a dit : « Monsieur l’abbé, n’est pas athée qui veut. Je crois en un dieu mais je ne sais lequel. »
    Les Francs-Maçons qui sont des personnes qui refusent toute religion et ne parlent jamais de Dieu, parle du Grand Architecte pour exprimer que quelque chose de puissant existe ailleurs au-dessus de nous.
    Mitterrand, peu porté sur la religion n’avait-il pas dit : « Je crois aux Forces de l’Esprit. » Une façon de reconnaitre que s’il n’y a pas un Dieu, il existe quelque chose de supérieur qui nous dépasse.

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