Ball of fire

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je m’émerveille devant la créativité de mes semblables (mais en moins beaux).

Tout au long de l’évolution de l’humanité, dans le respect, la joie, la bonne humeur et surtout la tolérance, nos aïeux ont rivalisé de finesse et d’intelligence pour créer ces objets du quotidien sans lesquels notre vie serait un enfer. Qui inventa le presse-purée, qui la Kalachnikov, qui le décapsuleur, qui la mine anti-personnel à fragmentations, qui le tamagotchi, pour ne citer que les plus grands.

Aujourd’hui, je pense particulièrement à John-Claude, fier sujet de sa majesté la reine Chute Victoria, qui aimait à boire une Guiness chaude, bien calé dans son Adirondack, sous son auvent en tôle ondulée, face au bourrier dans lequel des jeunes chenapans venaient, chaque jour, disputer une partie de footstone. Nous sommes en 109 avant Chris Waddle, à Sheffield, un mercredi (ces précisions géographiques et temporelles afin de proposer une énigme à mes lecteurs les plus sagaces).

Depuis bien longtemps, John-Claude se creuse les méninges pour imaginer un truc qui lui donnera une renommée au moins aussi importante que celle de son père, John-Claude senior, qui inventa un objet qui révolutionna le tea-time britannique et qui lui valut une invitation à Balmoral, un jour où la queen ne s’y trouvait pas car elle avait autre chose à foutre : la tasse pour gaucher. Son génie débridé lui donna l’idée de placer l’anse à la gauche de l’objet. Curieusement, l’intérêt pour l’invention fit long feu et John-Claude senior mourut dans l’anonymat au fond d’une barrique de mauvais gin.

Les jaunes sales, issus du quartier pauvre, viennent d’obtenir un coup-franc face aux jaunes encore plus sales, issus du quartier encore plus pauvre. John-Claude observe la pierre s’élever vers le ciel et atterrir sur la tête du centre-avant qui d’une reprise magnifique catapulte le fragment de granite au fond du filet de pêche du vieux O’Leary qui va encore râler bien qu’il n’ait plus sorti son bateau depuis la défaite de Napoléon. L’occiput en partie enfoncé, l’heureux buteur reste inanimé dans la boue pendant que ses coéquipiers fêtent l’ouverture du score. C’est alors que John-Claude se lève et hurle « Eurékaye » avec son insupportable accent anglais.

De toute la vitesse de ses maigres jambes arthritiques, il se précipite dans la cuisine où son épouse Mary, vient d’écorcher Tom, le cochon, vu que sa fiotte de mari tourne de l’œil à la vue du sang animal. L’homme se saisit de la vessie de Tom et file sous les insultes de son épouse, dans lesquelles il est question d’émasculation à vif, car la vessie est le meilleur morceau pour confectionner des tripes à la mode de Sheffield. Même que cette fois, elle avait pensé la cuire pour voir si le goût de pisse en serait moins puissant. Il rejoint son atelier dans lequel il déniche une longue aiguille et du fil de pêche. Il se met au travail qui consiste à coudre la vessie de manière à rendre celle-ci parfaitement étanche tout en prenant garde à ménager un trou qu’il bouchera avec de la gomme à mâcher, l’invention de son crétin de beau-frère, Holy Wood, qui ne marchera jamais car personne n’a envie de ruminer comme une vache. John-Claude façonne une forme à peu près sphérique et bien plus souple qu’une pierre.

Puis il rejoint les jeunes qui ont repris leur partie après avoir évacué le corps sans vie du buteur et l’avoir déposé auprès des spectateurs rats. Après de nombreux palabres et une rémunération qui leur permettra d’acheter de la colle à rustines, les garnements acceptent de tester l’étrange invention ronde, au fumet délicat . Justement, les jaunes sales viennent d’obtenir un corner. John-Claude observe son invention s’élever dans le ciel gris de Sheffield, et lorsque le défenseur central ajuste une tête remarquable, il se dit qu’à l’avenir, il faudra qu’il pense vidanger la vessie avant d’entreprendre les travaux de couture. Puis, il se met à pleurer car il ne peut plus courir depuis belle lurette.

Le lendemain, les obsèques de John-Claude donnèrent lieu à une mémorable parti de footstone lors de laquelle on ne déplora aucun décès.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Ball of fire

  1. Ne rigolez pas, j’ai eu vu, dans un restaurant quelque peu luxueux de la banlieue de Turin, une tasse, non pour gaucher, mais pour droitier. Celle-ci était pourvue d’une anse torsadée avec deux aplats pour y apposer deux doigts (au cas où quelqu’un aurait eu l’idée saugrenue de prendre la tasse avec les cinq doigts). Or, il s’avéra que ma femme, gauchère, fut incapable de se servir de cettedite tasse dans de bonnes conditions. Elle finit pas l’empoigner à deux mains.

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  2. Inventif ce John-Claude et imaginatif mais quel tête de linotte ! S’il avait réfléchi, il aurait vidé ce ballon et aurait obtenu la gloire méritée.
    Grâce aux cieux, d’autres l’ont copié (sûrement des jaunes !) et le foot y a gagné.

    Aimé par 1 personne

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