Au temps pour moi

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Aujourd’hui, j’ai vieilli d’un jour. Presque vingt-quatre heures. C’est beaucoup. Beaucoup trop. Un jour de trop.

Il paraît que plus l’on prend de l’âge plus le temps passe lentement. Pas glop.

Lorsque j’étais pensionnaire dans un établissement catholique, de la 4è à la Terminale, j’avais l’impression que les semaines duraient des mois. C’était long, si long. Parfois, lors des heures d’étude, je regardais ma montre, en douce pour ne pas être surpris par un de nos garde-chiourme qui considéraient que la seconde perdue à reluquer les aiguilles représentait une seconde de moins destinée à l’étude des mathématiques, et je constatais stupéfait qu’il était plus tôt que lors de mon dernier coup d’œil. Non, seulement le temps n’avançait pas, mais parfois il reculait. Un matin j’étais tout heureux de me réveiller parce que nous étions vendredi et que j’allais pouvoir rentrer m’ennuyer à la maison quelques heures plus tard. Que nenni, nous étions jeudi pour la deuxième fois d’affilé. Je commençais même à croire à la semaine des quatre jeudis. Souvent, je m’éveillais avant la sonnerie. C’était mon moment favori de la journée. Dans l’immense dortoir endormi, j’avais l’impression que je pouvais maîtriser le temps à mon gré. D’ailleurs, j’ai toujours ce goût des minutes précédant le levé. Je me demande même si le réveil m’a jamais tiré des bras de l’autre-là. Comme si mon métabolisme m’accordait toujours ces instants délicieux, au chaud sous la couette, en compagnie de tous mes possibles, en compagnie de toutes mes vies.

Désormais, mes journées paraissent aussi courtes qu’un battement de cils. Hier nous étions en 2020. La semaine dernière, j’avais cinquante ans. Demain… Demain, je n’y pense pas, c’est plus prudent.

Jeune homme, je vivais une période intermédiaire. Les cours de fac étaient interminables, alors que les moments agréables semblaient éphémères. Une nuit, allongé auprès d’une demoiselle dont j’étais friand, j’ai imaginé que j’inventais une machine qui permettrait d’arrêter le temps (oui, comme dans ce feuilleton dans lequel le papa d’une petite fille est un extraterrestre). Je trouve que c’est le fantasme absolu (à égalité avec le fait d’être la dernière personne sur la Terre) de pouvoir figer toute la vie, sauf soi-même. Bien évidemment, si vous actionnez la machine, vous mettez votre vieillissement sur pause. Vous n’avez plus aucune limite, sauf votre solitude.

Bref, cessons là les rêves. Quoique.

La vie est assez mal foutue. Lorsque que l’on est jeune et plein de sève, soit on s’ennuie à cent sous de l’heure, soit le temps passe trop vite. Alors qu’au moment où l’arthrose nous attaque subrepticement, soit on s’ennuie à cent sous de l’heure, soit le temps passe trop vite. Ah ben oui tiens, c’est la même chose.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Au temps pour moi

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