Pestacles

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, pour rien au monde, chaque année, je raterais trois programmes télévisés. Les Enfoirés, les César et les obsèques de la reine d’Angleterre.

Par exemple, ce soir FR1 diffuse le spectacle des Enfoirés. Rien, je dis bien rien ne peut me faire décoller de mon fauteuil. Même pas la pub. Tenez, si le téléphone sonne, je ne décroche pas. Vous ne me croyez pas ? Ok, faisons l’expérience. Je vous donne mon numéro, 36 69, allez-y… Alors, j’ai décroché ? Non. En revanche, maintenant vous avez l’heure exacte.

J’adore le concert des Enfoirés. Mon jeu favori, c’est de reconnaître tous les chanteurs. Plus les années passent moins ma liste est longue, surtout pour le final. Gilbert Bécaud ne vient plus, ni Tino Rossi, ni René la Taupe. Un truc bien, c’est la seule fois de l’année où je me rends compte qu’il existe bien des chanteuses semblables mais différentes. Tal, Vitale, Shym, Ginette, Amir, toutes les mêmes pour moi, sauf ce soir. Je me demande si c’était nécessaire d’en faire plusieurs. Non, mais il faut reconnaître que Jean-Jacques Goldman a un sacré talent pour organiser tout cela. Bonne nouvelle, cette année Patrick Fiori n’est pas là. Il ne va pas s’écouter chanter. Fiori, selon moi, appartient à une catégorie de chanteurs à part : les chanteurs qui ne servent à rien. Ce n’est pas méchant, non je vous assure. Franchement, le paysage artistique français sans Patrick ne serait pas bouleversé, si ? Lorsque je regarde les Enfoirés, j’entends des artistes que je n’écoute jamais à aucun autre moment de l’année. Lorie, je ne savais même pas qu’elle chantait encore entre deux couvertures de journaux pour emballer le poisson. Claire Keim… Vous savez pourquoi on ne voit jamais Claire Keim et Elsa ensemble sur scène ? Parce que la dernière fois Keim a fini aux Urgences vu que Elsa lui avait disposé son micro dans un endroit inapproprié. Tout ça parce qu’elle lui avait piqué Lizarazu (j’ai dû aller chez le dentiste à cette époque, sinon comment je saurais ça ?)( ah si Fiori est là ! Crotte, ils l’ont sorti de la naphtaline). Vous remarquerez que je ne dis pas de mal de Nolwenn Liroye, parce qu’elle est une pays, et que je l’aime bien. En vrai, très bon cru cette année. Merci JJG. (« Les paradis perdus » magnifique, j’ai les yeux qui pleuvent)

J’adore la cérémonie des César. Surtout les récompenses des meilleur(e)s espoirs que l’on ne revoit jamais après. Sauf Richard Anconina. Mais ce que j’aime par-dessus tout, merci de ne pas applaudir, c’est la litanie des disparus de l’année. Quand on apprend la mort du chef opérateur de Jean Rouch dans les années cinquante, sur un moyen-métrage jamais diffusé nulle part car l’unique copie a brûlé dans l’incendie de la cinémathèque de Perpète-les-Ours. Mon rêve c’est d’y voir mon nom un jour. Ah ben non, chuicon, je serai mouru. Alors que mes enfants voient mon nom juste après celui de Sandrine Bonnaire. Ah ben non, chuicon, j’ai pas de gosses. Bon, que Patrick Fiori voit mon nom, et se dise : »C’est qui ce con-là ? »

J’adore regarder les obsèques de la reine (et pas les zobs secs de l’arène) d’Angleterre. C’est un spectacle féérique. Tous ces chevals harnachés comme s’ils allaient à la pouliche. Toutes ces fins de race harnachées comme si elles allaient à un duel entre gueux. Et Babeth sous son catafalque en poils d’ours qui tire sa révérence en remuant la main qui dépasse du cercueil. Léon Zitrone pleure dans son micro le départ de son amour caché qu’il troussa lors du Derby d’Epsom en 1956 dans le box de la grand-mère de Bellino II. Le prince qu’on sort pour les grandes occasions cherche son fémur reconnaissable au coup de machette que lui asséna un Ashanti en 1872. Un rire cristallin se fait entendre. C’est Diana, elle s’amuse bien.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

12 commentaires sur “Pestacles

  1. Entre l’article et les commentaires, je me suis régalée et j’ai bien ri, et j’en profite pour vous dire que vos deux derniers articles m’ont beaucoup émue, mais il me semblait qu’il n’était pas nécessaire d’y ajouter un mot, très bon week-end

    Aimé par 2 personnes

  2. Je n’ai pas la TV, par contre, j’écoute parfois la radio, et, ce matin, j’ai pensé à vous en écoutant le Kiosque à musique sur la Première. J’ai appris que plouc vient du breton, plus précisément de la partie initiale du nom de plusieurs villages de ce pays sous-marin. Ce sont les Parisiards qui appelaient ainsi les Bretons venus dans la capitale de ce petit pays situé entre nos montagnes et votre campagne (oui, les mêmes qui ont inventé le verbe baragouiner pour se ficher de la manière de parler de vos compatriotes. Ne sont-ils pas drôlets?)
    Alors, je vous souhaite une bonne journée, monsieur le plouc.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci (bien que je me demande si c’est vraiment gentil). Pour votre culture déjà si grande, bara=pain, gwin=vin. Les Bretons en permission durant la grande guerre demandaient du bara et du gwin dans les estaminets, d’où baragouiner.

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