Ouessang

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je raconte des histoires.

Je suis très friand des légendes bretonnes, et notamment de celle-ci. Elle s’intitule « La bague du capitaine ». Préparez vous un chat bien chaud avec du miel, roulez-vous dans un citron chaud et caressez votre couverture.

Il était une fois un joli comme tout capitaine de la Royale. Tout lui souriait. Jeune, beau, intelligent, chef de vaisseau et promis à la gente Isabeau. Son navire revenait des Amériques les cales pleines d’étoffes et d’épices. A la revente, il allait se faire des c… en or massif. Son voyage touchait à son but, dans deux jours il s’amarrerait au Havre et il courrait demander la main de sa mie. Depuis le matin, la mer se formait toujours plus dans l’Iroise. La nuit venait de tomber et la navigation en ces eaux piégeuses entrainait de lourdes difficultés car les rochers, sous ces latitudes, sont de sales petits vicieux. Peut-être faudrait-il relâcher au Conquet pour ne pas mettre les hommes et la cargaison en péril. Surtout la cargaison. En effet, ce ne sont pas les marins qui manquent dans les troquets bretons surtout quand ils sont ronds comme des biligs et qu’ils sont prêts à signer n’importe quoi contre un verre de gwin ru, d’autant qu’ils ne savent ni lire ni écrire. Le capitaine caressa pour la millième fois la bague que sa bien-aimée lui avait offerte, loin des regards indélicats, dans la meule de foin qui venait d’accueillir leurs ébats bucco-génitaux afin de préserver la pureté de la jeune fille et surtout parce que c’est plus facile pour le drap lors de la nuit de noces. Soudainement la mer se déchaîna et le capitaine donna l’ordre de rejoindre le continent en se fiant aux lueurs du phare de Ouessant, car il ne faisait pas confiance à son sphincter et refusait de se souiller devant des gueux de mer.

Au même moment, sur la côte déchiquetée de l’île, Loeiz et sa sœur Yuna harnachent Marguerite leur vache. Oui, en pleine nuit. Ils lui glissent autour du cou un fanal destiné à tromper la vigilance de la vigie du navire en approche. Auparavant, ils ont proprement ficelé Fañch le gardien du phare, après lui avoir fait ingurgiter un demi-litre de lambig maison, et ils ont éteint la grande flamme salvatrice. La finalité est simple, faire en sorte que le navire s’échoue en s’orientant sur la vache, descendre sur la plage massacrer les survivants sans les faire souffrir plus que nécessaire, et partager le butin qui n’a pas fini au fond de l’océan. Enfin, la bouffe, les armes et le bois (ça chauffe bien la charpente maritime), pas toutes les saloperies exotiques que même les cochons dédaignent. Un business comme un autre en cette fin de 19è siècle. Tout se passe bien. Le gros crac annonce que le bateau a heurté les récifs dissimulés par la marée haute. Coup de bol, seulement deux marins ont survécu, dont le capitaine, mais ils sont en piteux état, et un simple coup de hache sur l’occiput clôt l’affaire. On attendra la marée basse et le sable bien meuble pour creuser des tombes peu profondes afin que les crabes n’aient pas trop de difficultés pour le grand nettoyage.

(à suivre, si vous en faites la demande, sinon non)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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7 commentaires sur “Ouessang

  1. J’ai appelé mon chat qui s’est installé sur mes jambes, fait couler un bon thé dans lequel j’ai écrasé avec violence du citron et fait fondre du miel puis, comme recommandé je me suis allongé sous la couette au grand bonheur du chat.
    Ces histoires de marins, de pirates, de récifs assassins et de côtes pleines de dangers ça me botte ! J’ai constaté que les troquets ne manquaient toujours pas et que si les marins y étaient ronds comme pas deux, ils s’y retrouvaient pour les filles.
    Malheureusement comme dans toute histoire de marins, il y a les Frères de la Côte qui tiennent à mettre la main sur un magot superbe. On devine que la suite s’annonce sanguinaire et prometteuse.

    Aimé par 1 personne

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