Trompe-la-mort

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, mes propres articles m’inspirent (je frôle l’autosatisfaction, je compte sur vous pour me recadrer si jamais je dépasse les bornes)

Comme je vous l’ai conté récemment, la Bretagne est une terre de légende. Les Korrigans, les Lochrist, les Le Gall pullulent dans notre contrée. Mais un personnage domine nettement le paysage légendaire breton. Il s’agit de l’Ankou.

Si vous ne connaissez pas l’Ankou, laissez-moi vous le présenter.

L’Ankou est un monsieur assez solitaire. Il voyage en compagnie de son cheval efflanqué et de sa carriole grinçante à travers les régions arides du Haut-Léon, de la Cornouaille et aussi un peu plus à l’est. Physiquement, il est assez reconnaissable. Grand, maigre (certains diraient osseux), il porte en toutes saisons un long manteau noir, un chapeau à larges bords ou une capuche selon son humeur, tous les deux dissimulant son visage assez disgracieux d’après des rumeurs discutables car invérifiables (les rumoristes sont décédés dans d’atroces souffrances). Sa situation de famille est assez floue. Il n’y aurait pas de madame Ankou, ni d’enfant(s), de là à en déduire des mœurs homosexuelles serait un risque que je ne prendrai pas. Pepinozolib (dans un Breton phonétique très approximatif : Chacun fait ce qu’il veut) comme on dit chez moi. En revanche, nous connaissons sa profession. Il exerce depuis fort longtemps le noble métier de mort. Oui, chez nous, c’est un métier. Comprenez bien, il n’est pas mort, il est la mort. Comme vous diriez que votre boucher n’est pas mort, il est le boucher. Est-ce bien clair ? Bref, sa fonction consiste à aller chez les gens pour leur apprendre qu’ils sont morts. Sympa non ? Il faut bien préciser que l’Ankou n’est pas tout jeune. A ses débuts, les journaux régionaux n’étaient pas très répandus dans les campagnes, donc, les gens ne pouvaient pas apprendre leur mort en lisant la rubrique nécrologique, il fallait bien que quelqu’un se dévoue. Pour ne laisser aucun doute au défunt, grâce à un stratagème breveté et tenu secret, l’Ankou permet au mort d’entendre le grincement de la carriole alors qu’il est encore assez loin du logis, et pas aux vivants. Ainsi, le mort peut finir en vitesse sa bouillie d’avoine, laper son lambig, puis rassembler deux ou trois affaires utiles pour le grand voyage. A noter que son enveloppe corporelle terrestre demeurera quelques heures au contact des siens, le temps que l’Ankou et son passager puissent s’éloigner.

Les vivants n’ont rien craindre de l’Ankou. Si on n’entend pas le grincement de sa carriole, on peut, voire on doit, l’inviter à partager le repas, et à boire un coup de gwin ru, en effet l’Ankou est un brin pochetron. Il se contentera de peu et dormira avec sa rosse dans la grange. Un mec simple au fond.

(petite digression ; si vous n’avez pas vu, ou vu voici un certain temps le film « Le sens de la vie » des Monthy Python, un film très sous-estimé selon moi, visionnez la dernière scène, l’une des plus hilarantes de l’histoire du cinéma, si si, et vous constaterez que l’Ankou a même inspiré Terry Jones et ses amis)

Je sais ce que certains esprits chagrins vont noter en commentaire. L’Ankou n’est qu’une représentation de la mort parmi d’autres et beaucoup se ressemblent, mais… Excusez-moi une minute, un truc grince dans le jardin et ça m’énerve…

Non, mais sérieusement.

Gfnem29

17 commentaires sur “Trompe-la-mort

  1. La dame blanche, appelée coupe Danemark notamment en Allemagne et en Suisse, est un dessert à base de glace à la vanille arrosée de chocolat noir fondu, parfois agrémentée de meringues et de copeaux de chocolat, de crème de marrons et de crème chantilly. (Wikipédia)

    Cette union (entre la blanche vanille et le sombre chocolat) est une véritable tuerie dont la descendance est une multiplication de… petites calories !

    Aimé par 2 personnes

  2. Tu as raison, on ne badine pas avec l’Ankou et on ne se moque pas de lui. Je me souviens l’avoir rencontré dans ma petite enfance mais n’ai pas entendu le grincement des roues de sa carriole.
    Le lendemain, on apprenait que madame le Bellec était passé de vie trépas.
    Quant à avoir si ce « monsieur » est pochetron, je ne m’aventurerai pas à le qualifier ainsi : il pourrait mal le prendre.
    Sinon, ce grincement de roues que tu as entendu, il était pour toi ?

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s