Goncourt

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je fais une proposition.

Mon inspiration étant en berne, je vous propose le tout début d’un roman que j’hésite à continuer. Vous me dites si vous, en tant que lecteur, vous auriez envie de connaître la suite. Pour l’instant, j’ai écrit une soixantaine de pages.

PECCATA MUNDI (titre provisoire)

Marcel. Tueur. Par défaut.

Qu’est-ce que vous croyez ? Que je tue par goût ? Manquerait plus que cela. C’est toute une organisation. C’est compliqué. Et c’est salissant. Je déteste avoir les mains qui poissent. Non, ce n’est pas une vocation. Pas plus que la plupart des mal-orientés par un conseiller d’orientation incompétent, je ne me lève le matin en me disant chic je vais dessouder un père de famille. Pas plus que le maçon qui grogne au saut du lit parce qu’il va se cailler les miches toute la journée sur ce foutu chantier qui n’avance pas, je me lève le matin en me disant chic je vais effacer une salope de la surface de la Terre. Pas plus que le VRP qui avale le premier café d’une longue série en se demandant comment il va pouvoir fourguer ces saloperies de pompes à chaleur à des pauvres cons de couples qui n’arrivent déjà pas à payer les traites de leur pavillon pourri, je ne me lève le matin en me passant la langue sur les lèvres en imaginant ma future victime agonisant dans une mare de sang. Pas plus que l’institutrice, face à son miroir, qui compte ses cheveux blancs, à trente-quatre ans, en imaginant pour la énième fois comment elle va manœuvrer pour inculquer les rudiments scolaires à cette bande de petits enfoirés qui vont imaginer les pires pièges à lui infliger pour faire de sa vie un enfer, je ne me lève le matin, enfin bref, vous avez compris.

Moi aussi j’ai rencontré un conseiller d’orientation quand j’étais en troisième. Une conseillère en fait. Madame Agathe si je me souviens bien. Un tromblon imbaisable pas possible, couverte de boutons et aux cheveux gras. Je lui ai dit que je voulais devenir pilote de chasse. Elle a ri nerveusement et a failli s’étrangler dans son écharpe bon marché. Connasse. Elle a trouvé utile de me sortir la connerie habituelle sur la vision parfaite, pour ne pas me dire de front que j’étais trop con. Avec mes hublots qui avaient glissé sur le bout de mon nez, il valait mieux que j’oublie les zincs. Côté cockpit en tous cas. Mais… Et un sourire radieux a illuminé son visage ingrat relevant bizarrement un coin de sa bouche. Mais je pouvais m’occuper des moteurs ! Voilà un métier pour toi mon garçon ! Mécanicien sur les avions ! Ça c’est top ! Je pense que tu… Elle n’a pas fini sa phrase car un glaviot répugnant dégoulinait le long de son sourcil droit. Il est resté en suspens quelques secondes avant de s’écraser sur mon avenir. Alors, elle s’est mise à hurler. D’abord j’ai cru qu’on était le premier mercredi du mois ou que Roger avait encore déclenché l’alarme pour déconner. Mais non. Le vacarme sortait de la bouche de la conseillère et j’ai pu remarquer qu’elle devrait prendre un rendez-vous chez le dentiste voire le vétérinaire des canassons. Un instant j’ai eu pitié d’elle. Pas longtemps. L’adjoint est entré dans la pièce comme une tornade. Il n’a posé aucune question, comme si ça allait de soi que j’étais le fautif. Il m’a chopé par le bras, violemment, j’aurais peut-être dû porter plainte, et m’a enfermé dans son bureau juste à côté. Pas tout seul. Pas fou le mec. J’ai eu droit à Facho comme cerbère. Facho c’était un pion. Son surnom dit tout. Inutile de développer. Le soir même je soignais mon nez qui pissait le sang. C’est mon paternel qui m’avait fait comprendre qu’il appréciait modérément que je me sois fait virer du collège à trois mois du BEPC. Comme j’avais déjà seize ans et un dossier épais comme un Vidal sans les photos, c’était peine perdue pour me trouver un point de chute. Pas en ville, sûrement pas. J’avais été viré de l’autre collège public en quatrième et fortement soupçonné d’avoir foutu le feu dans celui des curetons. Même pas vrai. C’est René qui avait craqué l’allumette. Roger avait balancé les allume-feu dans une salle, au pif. Pas de bol, c’était le CDI. Moi, je me marrais comme un crétin vu que j’avais fumé un pétard d’un mètre de long. Les roussins n’avaient jamais rien pu prouver. Même en nous collant des tartes, en nous menaçant de la zonzon et du traitement qu’y recevraient nos trous de balle et tout le tralala. Ils se sont tout de même arrangés pour que toute la ville soit au courant de notre garde-à-vue pour nous refiler une réputation de merde. Et la réputation, ça vous colle aux basques. Donc beignes paternelles. Pour une fois qu’il avait une bonne raison de cogner ce salaud, il n’a même pas sorti la ceinture.

Ce n’est pas que l’école m’a manqué, même si comme tous les cancres avec un brin de cervelle, j’ai regretté par la suite de ne pas avoir été plus assidu. Notamment en Anglais. J’aurais pu exporter mon savoir-faire à l’international. Une chose est certaine, je n’ai pas manqué aux enseignants. Ceux qui ne me tapaient pas dessus m’installaient au premier rang en tremblant, pour garder un œil sur moi, ou au contraire ils me collaient le plus au fond possible pour oublier jusqu’à mon existence. Quand j’y repense, je me dis que je n’étais pas si pénible que cela. Le matin, je dormais vu que je vadrouillais une partie de la nuit et l’après-midi, après la cantine qui m’offrait mon seul repas digne de ce nom de la journée, j’étais le plus souvent absent. Les profs intelligents ne me demandaient jamais rien. Les autres, ceux qui sont persuadés que leur pédagogie de mes fesses est capable de venir à bout de n’importe qui, ceux qui me parlaient d’une voix douce en me tenant par l’épaule, ceux qui inscrivaient des mots d’encouragement sur mes bulletins tout en m’infligeant des heures de colles auxquelles je ne me rendais jamais, tous ceux-là, je leur ai craché à la gueule au moins une fois, comme pour l’autre salope d’orientatrice. Certains ont même « excusé » cet acte. Il a fallu que je les insulte pour qu’ils sortent de leurs gonds. J’étais trop maigrichon pour cogner.

À l’époque tout le monde me tapait dessus. Mon vieux donc. Ma mère quand elle était à jeun pour me reprocher de l’avoir laissé boire jusqu’à s’endormir sur le carrelage froid de l’entrée, à attraper la mort, parce qu’elle avait voulu sortir boire un dernier gorgeon avec ses copines, à quatre pattes, et quand elle était torchée parce que… ben parce qu’elle était torchée. Mes potes parce que j’étais le plus petit et le plus moche et qu’il fallait bien s’entraîner pour les jours de vraie castagne sans défigurer les tombeurs de meufs. Et même les gonzesses quand je leur pelotais les nichons par derrière. En plus je ne courais pas vite. Et même les profs. Enfin, un prof de musique complètement givré et un d’Espagnol qui tremblait tellement qu’il me ratait une fois sur deux. Ces salopards n’hésitaient pas à me distribuer des gifles car ils savaient bien que mon daron ne le leur reprocherait pas. Au contraire, si mes joues étaient rouges, il mettait la deuxième tournée. C’est pourquoi je dérouillais plus en hiver. Je tiens de mon père mes problèmes de vue. Les profs savaient bien aussi que je n’irais pas chez les flics vu que, déjà à l’époque, je ne pouvais pas les blairer et ils me le rendaient bien. Une nuit que je rôdais en ville du côté des quartiers chauds, j’avais repéré une voiture de patrouille garée en double file, phares allumés, gyrophares même, juste devant un bar à putes. Ils avaient verrouillé les portières mais oublié de relever la vitre passager. J’ai pissé par l’interstice. Évidemment, le videur m’a chopé et m’a balancé aux deux condés. Comme ils étaient ronds comme des queues de pelles, ils se sont contentés de me casser la gueule avant de m’abandonner dans un terrain vague. Après m’avoir fait lécher le siège passager à m’en décaper la langue. Le portier ? Paix à son âme douteuse, il a clamsé d’une overdose. Je suis rentré chez moi tant bien que mal. Coup de chance mon père était à l’étranger avec son camion. Ma daronne a paniqué dans son brouillard alcoolisé et m’a envoyé aux urgences. Seul. À pied. Elle était trop bourrée pour conduire. Un éclair de lucidité. Trois bornes pour tomber sur un toubib qui m’a interrogé pire qu’un keuf tout en me tripotant la nouille. Je lui ai filé un coup de saton dans les roustons et j’ai décampé avec son stéthoscope et son larfeuille. Ça gagne bien un urgentiste. Depuis, dès que je vois une blouse blanche, je fais de l’urticaire. Et si possible je la soulage de son trop plein de biffetons après lui avoir défoncé l’occiput s’il est moins costaud que moi, ce qui est rare. En même temps je ne vais jamais voir les toubibs.

(non, mais sérieusement)

Gifnem29

12 commentaires sur “Goncourt

      1. J’ai une côte cassée, je suis dans mon lit. Mais ce n’est qu’un contretemps très temporaire. Je reviens vers vous très rapidement.

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