Le 22 à Asnières

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, tout le temps, je suis téléphonophobe.

Je reconnais qu’il n’est pas impossible que je vous ai déjà cassé les pieds avec ma phobie. Mais parfois, un événement me rappelle cette angoisse que, fort heureusement, je parviens à dissimuler aux inconnus (pas à mes proches qui, pour la plupart ont cessé de tenter de me joindre par ondes interposées). Et aujourd’hui, les moments propices à réveiller ma peur/haine sont légion. Le débat sur la signification populaire (et non étymologique) du radical « phobie » fait rage chez les intellectuels. Un xénophobe éprouve-t-il de la haine à l’égard des étranger ou en a-t-il peur ? Et un arachnophobe, haine ou peur des araignées ? Dans mon cas, ma téléphonophobie est davantage une haine qu’une peur. Quoique. Je hais cet objet dont les gens se servent comme d’un psychothérapeute en vous tenant le crachoir pendant des plombes, pour vous raconter des trucs sans intérêt qu’ils vous répèteront, dans tous les cas, lors de votre prochaine rencontre. Mais j’en ai peur également, car il est le vecteur des mauvaises nouvelles, à tel point que mon cerveau, inconsciemment sûrement, refuse d’entendre la sonnerie de mon mobile. Je préfère les larmes enregistrées à celles rapportées directement. Je suis très lâche.

Juste devant chez moi, la municipalité a installé un banc de bois pour permettre aux promeneurs de souffler un brin en espérant apercevoir Neptune, ou Jean-Claude, le phoque du quartier. Une dame a squatté le banc, toute l’après-midi, le smartphone scotché à l’oreille. J’ai failli appeler les « déménageurs bretons », mais pour cela, il aurait fallu que je décroche mon téléphone… Une telle attitude, une telle logorrhée, dépassent mon entendement. Si mon éducation me l’avait permis, je serais allé lui dire que son cerveau allait griller. Mais je suis trop bien élevé, et ce n’est pas facile tous les jours.

L’autre jour, j’avais rendez-vous chez une angéiologue. Je sais, comme tout le monde, qu’un rendez-vous médical à 10H45 signifie, dans le meilleur des cas, une heure d’attente. Donc, je prévois un bon bouquin, ainsi je ne vois pas le temps passer. Sauf que, ce jour-là, une jeune femme m’avait précédé dans la salle d’attente, et elle n’était visiblement pas adepte de la lecture. Pendant près d’une heure, j’ai dû supporter son babillage inutile et insupportable. Cette gourdasse impolie parlait avec sa mère qu’elle avait quittée deux heures plus tôt (ben oui, par la force des choses, j’ai entendu la conversation), je suis convaincu qu’elles n’ont fait que se répéter ce qu’elles s’étaient dit au petit-déjeuner.

J’ai lu/vu quelque part que le nombre de morts lors de l’exercice du selfie était en constante augmentation. Des gens trouvent malin de s’auto-prendre en photo, au moyen de leur smartphone, dans des endroits dangereux. Autrement dit, le smartphone devrait bientôt appartenir à la catégorie des armes létales.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

8 commentaires sur “Le 22 à Asnières

  1. Je me posais exactement les mêmes questions concernant la signification du mot phobie. Un xénophobe n’est pas nécessairement un raciste, mais quelqu’un qui, pour X raisons, a peur de l’étranger.
    Et que dire d’un homophobe, celui qui a peur de ce qui lui ressemble?

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  2. Bon jour,
    Il y a des gens qui se parlent vraiment avec un téléphone portable ? Il y a tellement d’applications sur ce genre de « machine » qu’ils ont laissé quand même la fonction appels/réceptions par voix … 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 2 personnes

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