L’épais chou

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me corrige.

Hier, je vous ai, brillamment, conté l’histoire du « zizi à Pépé » (histoire véridique, malgré les doutes de certains, googler un peu vous verrez ; sauf qu’ils parlent du « zizi de Pépé » petite erreur historique), en vous précisant qu’il s’agissait du seul fait notable à avoir secoué notre petite station balnéaire depuis cinquante ans. Et je persiste. Toutefois, une autre caractéristique représente assez bien la ville, et plus généralement le littoral.

Parler de caractéristique manque un peu d’élégance, dans la mesure où je vais vous parler d’êtres humains, mâles pour l’essentiel. Les marins-pêcheurs.

Les péchous comme on dit chez nous.

Le péchous ne sont pas des hommes comme les autres. Physiquement, tout d’abord. Leur physionomie est assez reconnaissable. De taille moyenne, ils présentent un haut de corps particulièrement développé. Leur torse accueillerait aisément trois fûts de bière et leur bras ressemblent, à s’y méprendre, au tronc d’un chêne centenaire. En revanche, leurs jambes se rapprochent davantage de la brindille. Je fais allusion aux péchous artisans, pas à la pêche industrielle. Les péchous naviguent sur des barcasses guère plus larges que les chaloupes des chaloupes de Titanic. A bord, ils sont deux ou trois, et passent huit heures à relever des casiers et des filets. Intellectuellement, ensuite, euh, non, je tiens à la vie, encore un peu.

J’ai assez bien connu, dans les années 80/90, une génération de péchous, un peu plus âgés que moi. Ils étaient complètement dingues. En gros, sur un mois, ils naviguaient trois semaines et se reposaient une. Ils gagnaient très bien leur vie, et, de notoriété publique, mais pas fiscale, ils touchaient une partie non-négligeable de leurs gages, en liquide. Qu’ils dépensaient illico dans les bars et les discothèques (ainsi que dans des substances illicites, dont je vous reparlerai un jour, ou pas).

Je m’en vais vous conter une anecdote invérifiable mais strictement exacte.

Dans les années 80, ma station balnéaire comptait six discothèques, contre zéro aujourd’hui, même avant covid. Et elles vivaient plutôt bien, grâce, notamment, aux péchous. Une nuit d’été, au Roxy, une jeune demoiselle à mon bras (lui-même jeune), je croisais un péchou que je connaissais vaguement. Après qu’il m’eut déboité l’épaule et à moitié étouffé lors d’une virile accolade, il m’invita à sa table, avec mademoiselle. Ses amis et lui buvaient du gin et de la téquila, parfois ensemble. Ni ma fiancée ni moi n’apprécions ces alcools, qu’à cela ne tienne, le péchou se saisit de nos verres de Malibu pour elle et de vodka pour moi et se rendit au bar. Et il revint avec deux bouteilles. Une de Malibu, une de vodka. Ils étaient comme ça les péchous. Petite précision, il était préférable de bien s’entendre avec eux. Leurs bras étaient, étrangement, prolongés de poings assez fulgurants.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “L’épais chou

  1. Le péchou ça je connais bien, moi je les ai fréquentés de la mi-50 à au début 70. Leurs fiancées constituant la branche bretonne déléguée à Paris y faisaient le ménage pendant qu’ils allégeaient les cales de caisses de vin d’Algérie pour y foutre du poiscail. Aujourd’hui le vin de table titre 14° comme qui rigole en ce temps seul le péchou avait besoin de 13°. Le pinard gagne du degré en per dant de plus en plus de qualité, mais oenologues remontent la piquette par un langage complétement étranger au péchou. Quand il parle de robe lui il y a lurette qu’elle a disparu et qui godille amarré. Sacré lascars, les péchous. Et quand on en a dans son inventaire humain c’est comme la mer c’est relativement calme à naviguer…
    N-L

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s