Un normal, des ormeaux

Le sachiez-vous ?

L’ormeau, du grec « oreille marine » est un mollusque marin très prisé par les amateurs de mollusques marins. J’avoue que le seul terme « mollusque » me donne envie de vomir. « Marin » aussi d’ailleurs.

La pêche à l’ormeau est très encadrée car les petites bêtes font l’objet d’un commerce sous-marin (très fin) échappant aux règles de la déontologie des affaires maritimes.

Les jours de grandes marées, les rochers, devant chez moi, se couvrent de pêcheurs occasionnels. En effet, seuls les gros coefficients permettent de ramasser l’ormeau sans posséder une licence (très rare par ailleurs ; un seul ormeauier sur cinquante kilomètres de côte). A l’image du homard, contrairement aux croyances urbaines, l’ormeau pullule dans les eaux de l’Atlantique nord et celles de la Manche. Seulement, la réglementation interdit de le capturer autrement qu’à pieds, sans aucune aide que ce soit en dehors d’une barre de fer. Les dimensions à respecter sont drastiques, 9 cm minimum, sinon vous risquez une lourde amende, et le nombre de prises limité à 20 unités au risque de perdre jusqu’à votre voiture (sic). Même chose si vous pêchez en plongée.

Ce qui m’amuse lors de ces jours de pêche, c’est le profil des pêcheurs. Pour « aller aux ormeaux », il faut avoir de la bouteille. Dans le sang et dans le corps, ou inversement. Vous seriez surpris de constater la moyenne d’âge des arpenteurs de rochers glissants. Il s’agit, la plupart du temps, de vieux paysans du coin, qui ne viennent jamais à la plage, qui, en général, haïssent la mer parce qu’elle leur a pris qui un frère, qui un fils, mais qui connaissent l’estran comme leurs poches. C’est un ballet étrange que l’on peut observer. Des hommes lourds, rougeauds, loin de leurs vingt ans, sautent comme des cabris marins de rocher en rocher, soulevant des tonnes de pierres pour débusquer le mollusque espéré. Pratiquement aucun ne rentrera sans les 20 animaux autorisés. Voire plus.

Hier midi, juste devant chez moi, un pick-up blanc stationnait. A l’intérieur, deux hommes scrutaient l’estran à la jumelle. Les affaires maritimes. Ici, par tradition, l’ancienne garde n’apprécie pas beaucoup la gendarmerie tout juste bonne à vous faire souffler dans le biniou alors que vous avez juste bu l’apéro chez Dédé, chez Momo, chez Yann, chez Yvette, un mardi midi. Mais elle apprécie encore moins les affaires maritimes. Ces gamins en uniforme qui ne comprennent rien à rien. Qui appliquent, sans réfléchir, des lois administratives stupides écrites par des bureaucrates pour qui les fruits de mer n’existent que dans des plateaux en grande partie confectionnés avec des gambas de Madagascar, des langoustines chiliennes, des crabes d’Alaska et des bulots immangeables sans 200 grammes de mayonnaise. Les affaires maritimes n’aiment rien tant que de jouer au petit chef. Pour un ormeau top petit d’un demi-centimètre, vous risquez 1500 balles de contredanse. Le genre qui fait mal aux portefeuilles de paisibles retraités. Alors, les anciens feintent. Deux sacs. L’un des deux restant bien planqué sur la plage, ils reviennent le chercher un peu plus tard. Néanmoins, les « aff’ mar' » sont jeunes mais pas si cons, d’où les jumelles. Les vieux fourneaux ne jouent plus avec le feu depuis que Jeannot, à Saint-Pol-de-Léon, s’est fait embarquer sa BX léopard. Léopard à cause de la rouille.

M’en fous, je n’aime pas les ormeaux.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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11 commentaires sur “Un normal, des ormeaux

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