Un bon coup de pinceau

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Très longtemps, j’ai été particulièrement imperméable à l’art pictural. Pour moi, les peintres n’étaient rien d’autres que des gens qui brillaient aux cours d’arts plastiques. Je ne parvenais pas à m’émouvoir devant les Nymphéas de Monet ni face à une descente de croix de Fra Lippo Lippi. Un tableau équestre de Géricault ne me faisait pas davantage frissonner que la peinture psychédélique de Munch. Je fuyais les musées et n’avais jamais mis les pieds dans une galerie.

Puis deux événements se sont succédé(s) dans ma vie trépidante.

Pourtant, le point de départ des deux n’avait rien de réjouissant puisque, dans les deux cas, il s’agit d’un séjour linguistique en terre étrangère, dans le rôle de l’accompagnateur de jeunes personnes aussi peu intéressées par la langue indigène que par les croutes que ces abrutis de profs estimaient de leur devoir de les trainer admirer, dans des bâtiments lugubres, sans réseau, sans distributeur de coca, alors que les boutiques exotiques n’attendaient qu’eux et leurs euros parentaux, longuement économisés, en prévision, sur des salaires misérables d’agents d’entretien ou d’employés municipaux, si fiers que Jean-Kevin ou Kimberley représente la France (la France monsieur !) chez les Ritals et les Espingouins.

Le premier séjour eut lieu à Florence. Une matinée était consacrée à la visite du musée des Offices. Franchement, comme un vulgaire 3è, je m’attendais à m’ennuyer à cent sous de l’heure. Pourtant, ce fut la première illumination picturale de ma vie. Les Offices recèlent des milliers d’oeuvres du début de la Renaissance. Trop presque. Je déambulais, agréablement surpris, lorsque je suis tombé nez à toile avec un tableau célébrissime, « La naissance de Vénus » de Botticelli. La grâce m’a touché. Comme une gisquette à un concert d’Hervé Villard. Je suis resté figé devant cette merveille pendant un temps infini. Bon, en réalité, pas tant que cela. Jusqu’à l’évanouissement d’une des gamines dont j’avais la charge pour la visite.

Le second séjour eut lieu à Barcelone. En passant par Cadaqués et le musée Dali. Là, ce n’est pas de grâce dont il est question, mais d’une putain de baffe en pleine tronche. Pour moi, Dali était un guignol de plateaux télé, de publicités pour le chocolat et d’amours tapageuses. J’ai découvert un artiste doté d’une prodigieuse inventivité, d’une prodigalité incroyable et d’une folie délirante. J’aurais voulu rester une semaine entière entre ces murs dont le moindre centimètre carré est couvert d’une œuvre du maître. Epoustouflant.

Depuis, je passe ma vie dans les musées. New-York, Tokyo, Saint-Pétersbourg, Sydney, Dubaï. J’ai acheté une galerie sise avenue Foch, Paris 16è. Mon séjour s’orne d’un Kandinsky, d’un Caillebote, d’un Malevitch, d’un Mondrian, d’un… Ce n’est pas très crédible, n’est-ce pas ?

En réalité, j’ai juste un dessin horrible d’Ignace collé sur le frigo. Ce cornichon est encore plus mauvais que son père quand il s’agit de tenir un pinceau. Il a même salopé le ravalement de la baraque.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Un bon coup de pinceau

  1. Je m’abstiendrai de commentaire au nom de la certitude qui me dit que l’émotion suit les appels intimes qu’elle diffuse et non le programme d’une sortie collective où le béotien est prié de prendre l’avis du guide pour seule vérité…N-L

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