Libre arbitre

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je recycle.

(texte écrit à l’époque où je pensais devenir un essayiste convaincant et un contradicteur engagé contre l’éducation nationale ; j’ai laissé tomber ; en vous remerciant)

Analyse sans méthode

Pendant les quinze dernières années, j’ai travaillé au collège. C’était un choix. Pas toujours compris d’ailleurs. Il suffit de se présenter à un inconnu en tant que professeur, et trois fois sur quatre, il vous demandera le nom du lycée dans lequel vous exercez. Il semblerait que plus les élèves sont âgés plus l’enseignement est noble. Une année, j’ai été super noble. J’avais vingt-huit ans et, en formation complémentaire, un de mes élèves avait quarante-deux ans. Ne me demandez pas ce que signifie « formation complémentaire », j’ai complètement oublié. De toute façon, il ne venait jamais en cours. J’ai choisi le collège car c’est plus simple, en tout cas dans la discipline que j’enseigne, le Français. J’admire presque mes collègues de lycée qui se tapent des trente-cinq copies par classe, en général quatre classes, au moins une fois par mois pendant neuf mois. A raison de trois copies corrigées à l’heure, s’ils veulent se montrer professionnels, cela donne l’opération suivante :

– 35 x 4 x 9 = 1260 copies par an

– 1260 : 3 = 420 heures de corrections

A peu près douze heures par semaine penché sur son bureau à déchiffrer les pattes de mouche de lycéens rarement inspirés par Montaigne ou Duras. En collège, vous pouvez diviser ce temps par deux. Large.

Alors oui, au collège, vous faites professeur et gendarme. Tout est question d’autorité. Ne perdons jamais de vue que nous avons entre vingt-cinq et trente morveux face à nous. Ce n’est pas une meute de loups affamés. Ce sont des gosses. D’accord, il faut compter avec les 15% réglementaires de dingos. Une règle non écrite, et due au hasard, établit que vous trouverez (presque) toujours 15% d’emmerdeurs dans une classe de collège. Entre trois et quatre par classe. Mais des emmerdeurs de onze à seize ans, des emmerdeurs gérables. La plupart du temps. Des bavards, des mal-élevés, des fainéants, des insolents, des pétasses, des fils à maman, des fils à papa, des filles à papa/maman, des retardataires pathologiques, des absents, des désinvoltes, des moi-je-sais-tout, des malades des boyaux de la tête, des péremptoires, des qui sentent, des pouilleux, des pleureurs, des joueurs, des clowns, des inclassables, des crétins congénitaux, des deux de tension, des douze de QI, des blondes, des procéduriers, des j’ai oublié m’sieur, des voitures volées, des casse-bonbons. Mais très peu de vrais méchants. En vingt-cinq ans, j’ai dû en croiser trois. Un dealer de quinze ans qui se prenait pou Tony Montana, une bizarre qui ressemblait à Nina Hagen sans jamais avoir entendu parler de la chanteuse allemande et un BEP ivre mort qui avait dix-neuf ans.

Quand j’étais jeune prof, j’ai davantage travaillé au lycée qu’au collège, avant d’être titularisé. Les inspecteurs m’adoraient. Ils venaient me voir tous les ans. Parfois deux fois par an. Pour eux, c’était comme un jeu de venir faire chier les maîtres auxiliaires, feus les profs remplaçants sans réussite à un concours de l’époque. Une année, lors d’une de ces chouettes visites, j’étudiais un texte avec des Premières. Bien entendu, comme tout prof inspecté qui se respecte, j’avais bétonné ma séance. Du lourd piqué dans les annales et tout et tout. Lors de l’entretien qui suivit, l’inspecteur me reprocha, entre autres choses, d’avoir lu moi-même le texte à haute voix. De cette manière, j’avais empêché un des élèves de s’approprier la prose d’un grand écrivain des Lumières. Bon, très bien, je le note pour la prochaine fois. Celle-ci arrive dès l’année suivante. Nouvelle inspection, nouvel inspecteur, nouveau bétonnage en tenant compte des remarques de la précédente inspection (si, si, tout de même). Etude d’un texte d’un grand connard des Lumières. Pierre-Steven veux-tu bien nous lire le texte s’il te plaît. Débriefing avec l’inspecteur qui me reproche d’avoir fait lire le texte à un élève ânonnant et butant sur la moitié des mots alors qu’une lecture de ma part aurait été plus vivante, plus explicite. Punaise ! Ils ne peuvent pas se mettre d’accord ces parasites ! Ils n’ont rien d’autre à foutre en plus.

Aucun des deux guignols n’avait rien trouvé à redire sur mon interprétation de Voltaire ou de Montesquieu. Forcément, bétonnage piqué dans les annales, je vous ai dit. D’autant que pour arrondir leurs fins de mois, ce sont eux qui écrivent les annales. Pas question de tenter le moindre hors-piste ! Hou la ma pauvre dame ! C’est qu’il faut rester dans les clous avec notre patrimoine littéraire ! Pas question de trahir Molière ou Hugo ! Je les imagine bien tous les deux sur leur nuage à échanger des commentaires.

Jean-Bapt’ : « Si tu entendais tout ce qu’ils trouvent à analyser dans mes petites comédies, enfin, celles de Pierre. J’ai jamais pensé à tout ça moi. Je voulais juste faire marrer les gens et un peu faire chier le roi. Mais pas trop hein ! La zonzon, très peu pour moi. »

Totor : « Figure-toi mon ami que certains enseignants

Décortiquent mes vers comme d’autres des langoustines

Pour leur faire dire ainsi Hugo c’est le plus grand

Alors que j’écrivais pour gâter mes coquines. »

L’explication de texte (ou analyse littéraire ou lecture méthodique, les « hautes instances »…), c’est la négation de la littérature. Vouloir modeler les esprits de jeunes gens en leur affirmant que tel auteur a voulu exprimer telle idée, est une ânerie sans nom. Très peu d’écrivains livrent leurs œuvres avec des notes décryptant les personnages et les situations. Le sel de la lecture réside dans l’interprétation personnelle de chaque lecteur. Même si Flaubert dresse le portrait d’Emma Bovary, chacun s’imagine l’héroïne à sa convenance. Blonde, brune, rousse, peu importe. Certains argueront qu’il ne faut pas négliger les symboles (la pureté de la blonde ? la fourberie de la brune ? la rousse irlandaise ?), que les symboles sont l’essence de la littérature. Je ne suis pas contre. Je m’en servais dans la mesure de leur intérêt pour comprendre le texte, moins pour l’analyser. Les symboles présentent souvent des aspects plus annexes. Ils rajoutent de l’humour par exemple.

Je me souviens d’une interrogation de lecture sur une œuvre au « programme » (je tâcherai de revenir sur cette notion fort nébuleuse de programme…). Les gamins avaient bénéficié de six semaines pour lire deux-cents pages (sic!), trois avaient échoué en soins intensifs, deux avaient porté plainte contre moi pour maltraitance. Je posais quelques questions pour vérifier qu’ils s’étaient bien usés les yeux sur ce nombre indécent de pages, puis je leur demandais de dresser le portrait de l’héroïne. Une petite mignonne, bonne élève, se mit à pleurer. Je m’approchais et elle me confia qu’elle n’avait pas eu le temps de lire l’œuvre en question sous prétexte que ses parents avaient cru bon de déménager en pleine année scolaire et que son bouquin s’était égaré au fond d’un carton des « Déménageurs bretons ». N’écoutant que mon petit cœur sensible, je lui dis que c’était tant pis pour sa gueule. Cependant, je rajoutais qu’elle pouvait sauver les meubles en traitant l’un des exercices qui demandait de décrire le personnage féminin principal. Je lui rappelais que je leur avais expliqué que chaque lecteur pouvait donner sa propre interprétation d’un protagoniste de l’histoire, quand bien même l’auteur aurait décrit sa pouffiasse sur quarante-deux pages. Pour faire le portrait de l’héroïne, il n’était donc même pas nécessaire d’avoir lu le livre. Elle me sourit et s’exécuta avec brio. Je n’avais, de toute façon, vraisemblablement pas lu le bouquin insipide, pioché dans l’indigeste littérature jeunesse à laquelle notre dernier ministre en date voulait rendre ses lettres de noblesse. En fait, il avait un beau-frère qui écrivait tellement mal qu’il n’avait trouvé qu’un éditeur pour la jeunesse. La petite mignonne obtint un quatre sur dix qui raviva son torrent de larmes agaçantes. Je mis deux sur dix à Jean-Kevin, dont les oreilles avaient traîné, et qui me rendit le texte suivant : « Mon hérione ses P.H. Pasquelle et bonne et blonde et pasquelle aime les iench ». Je ne retranscris pas en intégralité le nom de cette riche héritière étasunienne pour éviter un procès inique.

Me revient également en mémoire, le souvenir d’un cours en première année de fac, sur La Condition humaine. Tout à sa suffisance et à ses nombreuse absences, notre prof (une célébrité de l’UBO qui passait son temps à donner des conférences à Prague ou à Varsovie, en tout cas là où personne n’osait remettre en cause ses théories fumeuses, ou à lutiner la jeune première de la pièce de théââââââtre qu’il montait ; la pièce pas la jeune première… Ah si, les deux en fait), notre prof donc, enfin celui qui recevait un salaire indécent pour assurer cinq heures de cours par semaine, notre prof donc, décida de nous confier l’étude de l’œuvre sous forme d’exposés. Une manière comme une autre de ne rien faire les jours où il daignait nous honorer de sa présence. Par parenthèse, c’est une technique intéressante pour se reposer un peu, pendant un petite semaine disons, en novembre ou en mars, face à une classe de Quatrième particulièrement limace. Parmi les sujets qu’il s’était creusé la tête à trouver dans un Profil, je choisis l’érotisme dans La Condition humaine, en compagnie d’une charmante demoiselle à qui je comptais bien démontrer l’opportunité d’un tel choix. Nous proposâmes une étude osée mais parfaitement réaliste de l’incipit du roman, estimant que le crime de Tchen, son premier, était décrit par Malraux comme une perte de virginité. Les hésitations, la maladresse, la moustiquaire déchirée, le sang, le poignard phallique, tout cela tenait la route. Notre cher professeur émérite (des baffes?), frôlant l’apoplexie, poussa des hauts cris, nous accusant presque de perversité, alors que nous ne faisions qu’une analyse qui sortait un peu des sentiers battus, et pas une quelconque étude diligentée par une maison d’édition. Il abjura notre travail et nous obligea à le revoir intégralement. Heureusement pour nous, nous ne revîmes plus cet incompétent patenté de tout le semestre.

Cet homme intelligent, cultivé, raffiné même, n’acceptait pas que deux branleurs de vingt ans développent une vision originale d’une œuvre qu’il pensait maîtriser depuis de nombreuses années. Parfois, nous nous demandions s’il ne croyait pas mieux connaître le bouquin que Malraux lui-même. Que craignait-il au fond ? D’être dépassé sans doute.

Ces profs de fac ont réussi à me dégoûter, à vie, de plusieurs auteurs, et pas des moindres, Malraux donc, Molière (avec le même prof, en deuxième année…) et Céline, pour citer les principaux. Leurs cours soporifiques et sans originalité ne m’ont pas du tout donné envie d’enseigner. Quoique.

A ma grande détresse, je n’ai pas eu le courage de détruire les règles établies quand j’ai enseigné au lycée. Je devais rester dans les clous pour ne pas compromettre les chances des élèves à l’oral du Bac. Je connais trop les profs examinateurs, dont je faisais partie, avant même d’être reçu au CAPES et donc titularisé, pour les extraire de leur torpeur en leur proposant des candidats pétillants d’intelligence et de surprise. Rien ne vaut une bonne vieille analyse classique couverte de toiles d’araignée pour obtenir une bonne note. C’est en partie pour cette raison que j’ai décidé de ne plus propager la parole consensuelle au lycée. En revanche, chaque fin d’année, j’étais réquisitionné pour torturer les candidats au Bac de Français. Toute la journée, j’entendais des jeunes réciter le cours de leur prof, donc celui des Profil d’une œuvre ou des annales. C’était d’un ennui abyssal. Vers quatorze heures trente quinze heures, invariablement, je piquais du nez. Je devais déployer des efforts de concentration pour écouter pour la vingtième fois de la journée l’analyse insipide d’un extrait de Candide, totalement pompé. De guerre lasse, quand le débit était correct, le sourire en place et la volonté manifeste, je collais un quatorze.

Puis le miracle débarquait, sans prévenir, souvent en fin de journée. Allez savoir pourquoi. Une jeune fille un peu mélancolique, une mèche noire cachant ses yeux inquiets s’installe face à moi en murmurant un bonjour inintelligible. Je me prépare psychologiquement à une énième version attendue de l’incipit de Germinal. Au bout de la deuxième phrase, je comprends que la gamine kiffe grave la littérature. Elle me propose une analyse fine et pertinente du cheminement de Lantier dans le petit matin (ou soir) frileux. Elle ose des comparaisons incroyables qui me font rire sans la déstabiliser. Une formulation inédite, un peu maladroite, mais si fraîche que je lui octroie un dix-neuf amplement mérité. Contre toutes les règles établies par une bande de crétins, je lui annonce sa note. J’ai droit à l’un des plus jolis merci souriant qu’il me fut donné de voir et d’entendre de toute ma vie. Une autre fois je mis vingt sur vingt à une ado qui me parla des Femmes savantes pendant quinze minutes sans que j’y comprisse un traître mot.

Le collège ne présente pas l’inconvénient de l’analyse littéraire. Il est possible d’en dispenser un peu, certainement, mais elle ne fait pas partie des sacro-saints programmes (à vrai dire, c’est une supposition car je ne me suis jamais penché sur ces textes illisibles et assommants). En tout cas, l’épreuve du DNB n’est pas suffisamment stupide pour demander une lecture méthodique. Il faut juste répondre à des questions après avoir lu un texte. Ce sera bientôt un QCM, paraît-il.

Toutefois, rien n’interdit au prof de collège un peu frondeur, de confronter des jeunes publics à l’analyse littéraire, dans le but de les affranchir de l’explication convenue. En cinquième et en quatrième, je prends le temps de l’initiation. C’est assez amusant. J’essaye de faire comprendre à des lecteurs en herbe, voire des lecteurs en pousse, voire des Jean-Kevin, qu’ils ne doivent jamais considérer les explications littéraires de leurs professeurs pour des paroles d’évangile. Surtout dans des établissements laïcs.

Une petite pause s’impose.

Si, si. Je vois bien que vous froncez les sourcils. Vous, le grand avec le pull rouge. Vous vous dites :

– Mais pour qui il se prend celui-ci ? Pour le ministre de l’éducation nationale ? Pour les « hautes instances » ? Il croit qu’il va révolutionner l’enseignement ou bien ? Tiens, je vais aller prendre un yaourt dans le frigo, ça me changera les idées. Il m’énerve le prof là…

Alors, en vrai, non. Je ne veux rien révolutionner du tout. Rappelez-vous le mammouth… J’essaye simplement de démontrer la bêtise et l’inutilité d’une forme d’éducation dispensée aux jeunes. Et ne mettez pas de sucre dans votre yaourt, pensez à votre diabète.

Reprise du discours. Et si le pull rouge n’est pas content, il peut toujours écrire à mon éditeur pour se plaindre. Il transmettra.

Pour étayer ma théorie, j’ai choisi le poème le plus célèbre de la poésie française après Tirlipinpon sur le chihuahua de Carlos, le fantaisiste pas le terroriste, Le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud. Il est si illustre que son « explication » ne souffre d’aucune contestation.

Pour mémoire.

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent, où le soleil de la montagne fière,

Luit ; c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Vous pouvez en profiter pour l’apprendre. Il fait toujours son petit effet en société ou juste après la blague grivoise de tonton Marcel à la fin d’un repas de famille. Que cet ouvrage serve aussi à cultiver ses lecteurs flatte fort mon ego. Et tiens, tant qu’à faire je vous conseille d’en écouter la version que Serge Reggiani déclame avant de chanter Le déserteur, envoûtant.

Les spécialistes de la poésie du dix-neuvième siècle sont formels, le soldat dont parle Rimbaud est mort. C’est une absolue certitude. C’est indéniable, incontestable, indiscutable, irréfutable, flagrant. J’arrête là les synonymes, car je suis entièrement d’accord. Mais ce n’est pas pour cela que j’ai raison.

Après tout, Rimbaud lui-même écrit « dormeur » et surtout « dort » à plusieurs reprises. Joue-t-il sur les sonorités, les métaphores ? Ou était-il si « premier degré » qu’il n’a glissé aucune malice dans son texte ?

Au final, peu importe. Chacun choisit à sa guise. Si vous y voyez une jeune ballerine russe aux prises avec un chausson récalcitrant, je vous croirai, a priori. Mais vous allez galérer pour me convaincre.

Soyons méthodique, listons tous les éléments du poème qui poussent à la pensée communément admise qui veut que le soldat soit mort.

– un trou de verdure = une tombe.

– chante = les chants liturgiques lors des enterrements catholiques.

– une rivière = depuis l’antiquité, en littérature, l’eau qui coule symbolise le passage de la vie à la mort.

– un soldat = le métier de soldat, par définition, côtoie la mort.

– bouche ouverte = les muscles de la mâchoire se relâchent dans la mort, il faut fermer la bouche des défunts.

– tête nue = un soldat vivant ne se sépare pas de son casque.

– et la nuque baignant dans le frais cresson bleu = le cresson pousse en milieu aquatique ; personne ne met sa tête dans l’eau pour dormir.

– dort = les trois-quarts du mot mort.

– pâle = couleur de la peau d’un mort.

– lit vert = l’hiver, la saison de la mort.

– pleut = pleuvoir, proche de pleurer ; on pleure un mort.

– glaïeuls = anciennement les fleurs mortuaires.

– les pieds dans les glaïeuls = qui dormirait les pieds dans des fleurs ?

– un enfant malade = image de la mort au dix-neuvième siècle.

– il a froid = la froideur cadavérique.

– les parfums ne font pas frissonner sa narine = ses sens ne répondent plus.

– il dort dans le soleil = pas très prudent pour un vivant qui risquerait le coup de bambou.

– la main sur sa poitrine = position classique des défunts, la main sur le cœur, dans l’imagerie des chevaliers et dans la religion catholique.

– il a deux trous rouges au côté droit = pas besoin d’avoir Bac+5 pour comprendre que ces trous ont été provoqués par des balles.

Dix-neuf preuves de la mort du soldat. Et encore, en cherchant bien, il doit en rester deux ou trois. Convaincant, non ?

Pourtant ces affirmations peuvent être détournées pour s’amuser et pour justifier l’interprétation contraire : le soldat dort.

– un trou de verdure = un abri naturel, la prudence.

– chante = les hommes chantent à toutes les occasions, gaies ou tristes.

– une rivière = l’eau est un des éléments essentiels de la vie.

– un soldat = heureusement que tous les soldats ne meurent pas à la guerre.

– bouche ouverte = vous connaissez beaucoup de gens qui dorment la bouche fermée ? Et puis, il est peut-être enrhumé pépère.

– tête nue = ils avaient des casques les soldats au dix-neuvième siècle? Et puis essayez de dormir en portant un casque.

– et la nuque baignant dans le frais cresson bleu = un peu de fraîcheur sur la nuque, rien de mieux pour combattre la chaleur ; sauf qu’on risque d’attraper un rhume.

– dort = les quatre-quarts du mot dort.

– pâle = pigmentation très courante de la peau humaine sous nos latitudes.

– lit vert = belle image pour l’herbe, non ?

– pleut = cf la rivière.

– glaïeuls = c’est joli les glaïeuls, c’est la fleur préférée du leader des Smiths.

– les pieds dans les glaïeuls = ce jeune homme souffre d’un problème qui ne prête pas à sourire, il pue des pieds. Alors, hop, dès que possible, il se trempe les arpions dans du parfum naturel (oui bon, je fais ce que je peux…).

– un enfant malade = j’ai déjà vu des enfants guérir ; moi-même enfant, j’ai été atteint d’une… Ok, on s’en fout. Et puis, j’ai inventé l’image de « l’enfant malade » symbolisant la mort au dix-neuvième siècle.

– il a froid = quand vous dormez, votre température corporelle baisse de près de deux degrés Celsius, d’où cette sensation de froid au réveil et le besoin d’un drap même lorsqu’il fait très chaud.

– les parfums ne font pas frissonner sa narine = il s’est enrhumé avec sa tête dans le cresson cette andouille, donc son nez est bouché.

– il dort dans le soleil = pas très prudent, certes, mais il s’est endormi à l’ombre, la Terre tourne.

– la main sur sa poitrine = et pas les deux comme le voudraient les catholiques ou un gisant.

– il a deux trous rouges au côté droit = et non pas au côté gauche ! Les armes à feu de l’époque n’étaient vraiment efficaces qu’à bout portant, il peut s’agir de blessures sans gravité. Ok, ce sont peut-être des éclats d’obus ou des perforations provoquées par une lame, mais vous chipotez là. Je peux aussi imaginer des vêtements déchirés et des dessous rouges…

Voilà, voilà…

Franchement, je suis assez fier de moi. Je m’étais promis de proposer cette vision du texte un jour d’inspection, juste pour voir la tête de l’inutile venu juger du classicisme obligatoire de mes cours pour ne pas pervertir les cerveaux malléables de nos petits collégiens.

Et attendez de voir ce que je peux faire avec Oui-Oui et le taxi jaune.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

11 commentaires sur “Libre arbitre

  1. Bon jour,
    Je suis le cancre du fond, à droite, fenêtre sur cour et pas un seul radiateur (la misère) …. à l’époque quand j’avais 2/10, c’était Byzance … et comme disait Coluche le Grand : « … dans la vie, c’est pas tout d’avoir des bagages… faut savoir où les poser » … donc il a été plus facile pour moi de voyager léger …
    Max-Louis

    Aimé par 2 personnes

  2. Ah ! Le Dormeur du Val ! J’ai croisé les doigts très fort pour être interrogée dessus au bac français. C’était le texte le plus court et le plus facile à apprendre pendant le trajet en car qui reliait Evreux à Louviers. Je n’avais lu aucun ouvrage imposé de toute l’année scolaire et débarquait aux épreuves d’examen sans rien avoir révisé. Il m’a valu 11/20…

    Aimé par 2 personnes

  3. Ouh, la,la… j’ai bien peur alors qu’ Enid Blyton ne se retourne dans sa tombe…

    « Qu’elle est jolie, qu’elle est belle, la p’tite tuture à Oui-Oui !
    Elles est toute jaune avec des ailes rouges !
    Et not’ petit bonhomme en bois est tellement content de l’avoir trouvé !
    Vroum, vroum ! Ce sera un charmant taxi ! Oh, oui, vraiment !
    Oui-oui sera son chauffeur patenté et comme ça tout le monde pourra en profiter, et lui le premier !
    Trop chouette, les amis, non ?!… »

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour,
    Le petit brun pas très loin de Max-Louis au fond de la classe qui rêve en regardant dehors quand il ne chahute pas avec le voisinage, c’est moi ….
    Belle journée
    Gérard

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