La pente raide (2)

Monsieur Christ rentra chez lui le cœur léger et la cheville douloureuse. Le vieil Hippocrate lui avait donné, à la fois, un fameux conseil et une orientation à sa vie, et ce, sans lui faire de sermon, un exploit.

Depuis longtemps déjà, monsieur Christ voulait épater sa mère, lui prouver qu’il n’était pas un moins que rien comme l’affirmait ce vieux pochard de Joseph, son père adoptif, qui, depuis quelques années, noyait son infortune conjugale dans les bouges les plus infâmes de Nazareth. Le lendemain matin, le jeune homme ficha sa démission à monsieur Nicolas qui faillit en avaler ses babouches de dépit. En pleurs, le gros homme lui demanda d’apposer ses mains une dernière fois sur les fûts empilés dans la cave. Monsieur Christ se prêta volontiers, une dernière fois, à la lubie de son boss.

Puis monsieur Christ saisit son balluchon et se mit en route pour Nazareth. Quel meilleur endroit pour commencer une nouvelle vie ? Il ne pouvait faire le trajet à pieds, il dépensa donc ses treize derniers deniers pour s’offrir une place dans un TRAM (Tiré Rapidement Avec Mulets) dont les presque 4 km/h épouvantaient les réfractaires au progrès. La longueur du voyage permit à monsieur Christ de faire un point sur ses vingt-cinq premières années de vie. A l’âge où certains devenaient grands-pères, lui ne pouvait guère noircir son curriculum vitae d’expériences positives. Des années d’errance dans les bas-fonds de Jérusalem à soulager les gogos de leur pécule grâce à des tours de magie dignes de la préhistoire, puis quelques mois au service de monsieur Nicolas, négociant en vins et spiritueux. Rien de bien reluisant.

Les mécanismes cérébraux de monsieur Christ fonctionnaient à plein. La jeune femme, à sa droite, qui sentait bon le chèvrefeuille et le patchouli aurait pu entendre les grincements de la réflexion, si elle n’avait pas été occupée à glisser sa main dans les replis de la toge, du beau blond, en quête d’une bourse bien remplie. En vain. Elle décida d’user de ses charmes, mais le jeune hommes semblait insensible à ses appâts. Inverti ! Monsieur Christ s’étonnait des chatouillis prodigués par la petite brune, il choisit la stoïcité momentanée, se promettant, toutefois, de profiter de l’aubaine à l’étape. En attendant la moiteur de la couche, il se torturait l’esprit afin d’établir les plans d’une machine qui permettrait aux hommes, voire aux femmes mais c’était secondaire, de se déplacer sans le secours de la cheville droite. Le premier chantier, selon lui, consistait à concevoir un engin sur lequel la personne puisse s’assoir pour ne pas trop mettre à l’épreuve les os décalcifiés par manque de lait de chèvre et par la consanguinité atavique de la région. Au moins, les parents de monsieur Christ n’étaient pas cousins, bien qu’un certain mystère entoure sa naissance selon les rumeurs circulant de commères en compères.

La nuit tint ses promesses, même si, à l’aube, les sandales de monsieur Christ et la jeune femme avaient disparu. Malgré cela, en arrivant au terminus du TRAM, monsieur Christ souriait. Une idée avait germé dans sa tête. Il pensait même qu’avec un peu de chance, les générations futures se souviendraient de son nom. Il toucha du bois.

(à suivre)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

13 commentaires sur “La pente raide (2)

  1. Tu m’étonnes que tu aies des aigreurs d’estomac (Pulco)… ! Merci, dans tous les cas, pour cette mémorable reconstitution historique, nous permettant de mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’une découverte primordiale pour l’Humanité : La trottinette (et notamment les premiers modèles en bois de croix de la marque Christ-Ler). Et cela méritait bien un prix au premier concours L’épine, non ? Je mets du sang partout, mais j’applaudis tout de même des deux mains… Bravo !

    Aimé par 1 personne

      1. Non, non : je m’adressais aux deux intervenant au-dessus de mon commentaire ! Sinon pour la schizo… non, je regarde bien encore… mais non, je ne l’aperçois pas. Bonne soirée et à demain matin ! 😋

        Aimé par 1 personne

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