Au feu les pompiers !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je raconte ma vie trépidante.

Voilà une demi-décennie, alors que je goûtais une convalescence méritée dans une ville moyenne du nord de la Bretagne, il m’est arrivé une aventure assez cocasse.

Alors que, par une nuit sans lune, seul dans mon vaste appartement de location, je commençais la rédaction du Goncourt 2027, vers une heure du matin, je ressentis l’appel de la couette. Comme je m’apprêtais à rejoindre ma chambre, mes capteurs olfactifs furent agacés par une odeur, assez légère, de caoutchouc brûlé. Connaissant mon étourderie, je filais à la cuisine vérifier si, une fois de plus, je n’avais pas oublié de couper le gaz sous une casserole innocente. Non pas. Un chouia décontenancé, je fis le tour de mon logement, vérifiant prises et cendrier, mais rien ne clochait. Sauf que l’odeur s’intensifiait. Persuadé que j’étais, malgré tout, en sécurité, je décidais de me coucher. De la fenêtre de ma chambre, un spectacle incroyable s’offrit à mes yeux. L’immeuble, pile en face de chez moi, était en feu. Et pas une petite flambée de scouts prépubères, un véritable feu d’enfer. Les pompiers étaient déjà à l’œuvre. L’un d’eux était juché tout au bout de la grande échelle, au dessus du brasier qu’il arrosait consciencieusement, chapeau ! De nombreuses personnes s’étaient regroupées dans la rue, attirées par le sensationnel. J’avoue que je cédais à la tentation et décidais de rejoindre les voyeurs.

Bien m’en prit.

A peine avais-je ouvert mon huis, que l’odeur de caoutchouc brûlé s’engouffra dans mes narines comme si des automobilistes avaient cramé de la gomme sur mon palier. Hypothèse qui ne résista pas à une analyse un peu plus poussée, vu l’étroitesse du lieu. De plus, un brouillard mystérieux nimbait la cage d’escalier. N’écoutant que mon courage, au mépris des consignes élémentaires de sécurité, je suivais l’origine de cet étrange phénomène. Mes investigations me menèrent à la cave. Et…

Je suis remonté chez moi en quatrième vitesse. J’ai appelé les pompiers. Au téléphone, j’ai précisé au standardiste que je n’avais pas bu et je lui ai raconté ce que j’avais vu dans le local sanitaire. Une des poubelles avait littéralement fondu et un balai était pris dans le magma de plastique aggloméré. Mon interlocuteur ne s’étonna pas outre mesure, mais, il me précisa que les hommes du feu étant un peu occupés, il allait transmettre mon appel aux policiers. Dix minutes plus tard, un escadron de gendarmerie et une demi-douzaine de flics en civil débarquaient à mon adresse. Ils constatèrent les faits et conclurent que tout danger était écarté. Toutefois, je voyais bien qu’ils étaient très préoccupés. De manière évidente, quelqu’un avait tenté de mettre le feu aux poubelles (mon immeuble était un vrai moulin dans la mesure où la propriétaire et l’agence de voleurs mirent près de cinq ans à faire changer la serrure d’entrée défectueuse, ainsi que mon interphone inopérant).

Le lendemain, je recevais la visite de deux des policiers de la veille. Ils prirent ma déposition. Ils me racontèrent qu’un pyromane simplet avait tenté de mettre le feu à deux immeubles, dont le mien, sans succès, avant de parvenir à ses fins. Comme je disais aux flics qu’il avait mal choisi son endroit, chez moi, à savoir le local à poubelles avec des murs de parpaings, l’un d’eux me rétorqua que passé un certain degré de chaleur, les parpaings brûlent comme de la paille. Rétrospectivement, j’ai eu les jambes en coton.

Le type avait été interpellé la nuit même. Il était connu des services de police, mais il n’était pas considéré comme dangereux. Heureusement sa folie n’a tué personne. Deux femmes de l’immeuble en face de chez moi ont tout de même été hospitalisées, l’une pour intoxication au monoxyde de carbone, l’autre pour diverses fractures après avoir sauté du premier étage.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Au feu les pompiers !

  1. Télégramme URGENT :
    Bonjour Jourdu (virgule) serais-tu d’accord pour me vendre les droits d’adaptation cinématographique de cette histoire (point d’interrogation) On parle de plusieurs millions de dollars (virgule) là (point) James Cameron est aussi sur le coup (trois petits points) Amicalement (virgule) Ernest (point)
    PS : As-tu un smoking (point d’interrogation)

    J’aime

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