Psy chose (2)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, j’aimerais connaitre la fin de mes histoires.

J’ai donc rencontré le professeur Müller (oui Müller, le médecin du travail n’était pas très germanophile). J’ai obtenu un rendez-vous sans aucune difficulté, pour le jour même. J’aurais dû me méfier.

Le professeur Müller à cent vingt ans. Il est allemand et tellement vieux, donc, que je le soupçonne d’avoir débuter sous le troisième Reich. Physiquement, il est exactement la caricature du savant fou. Le professeur Tournesol couplé au Doc de « Retour vers le futur ». Il s’exprime avec un accent teuton assez prononcé (lors du dialogue, je vous ferai grâce d’une transcription genre « La grande vadrouille », je tiens à rapporter cette anecdote avec le plus de réalisme possible). Lorsque je pénètre dans la pièce, introduit par une secrétaire qui doit toucher une pension de retraite depuis la fin des années soixante-dix, il est assis derrière son bureau et taille des crayons à papier avec une de ces machines à manivelle qui fleurent bon la 3è république. Puis du gras du pouce, il vérifie le résultat en tâtant la mine. Un temps, j’ai l’impression qu’il est sourd et aveugle car il ne semble pas se rendre compte de ma présence. Ses lèvres bougent, mais je n’entends rien. Au bout de trois minutes, je décide d’affirmer ma présence, en toussant légèrement. Müller sursaute et pioche immédiatement une petite pilule rouge dans ce qui ressemble à une tabatière. Il l’avale à sec. Puis il chausse un lorgnon fêlé et me détaille de la tête aux pieds comme si j’étais un putain d’extraterrestre.

— Vous êtes souffrant ?

Je nie.

— Et vous êtes ?

Je me présente.

— Et nous avions rendez-vous ?

J’opine.

— Très bien. Je me présente. Je suis le Professeur Heinrich Müller, ex-psychiatre des hôpitaux de Paris et de Munich, reconverti en psychanalyste. J’ai étudié votre dossier. Je vous propose de nous voir deux fois par semaine.

— Pendant combien de temps ?

— Ah le temps monsieur Jourd’hu ! Le temps est relatif. Le temps est éphémère. Le temps est illusoire. Le temps est autonome. Le temps est… Euh

— Un insecte ?

— Pardon ? Hem… Bon… Vous ai-je dit que j’étais également hypnothérapeute ?

— Ah chouette ! Ca fait longtemps que j’ai envie d’être hypnotisé. Je suis persuadé que c’est de la couille en barre comme les spectacles de Truc là, mais si, votre collègue qui oblige les gens à se ridiculiser en public et à donner leur code de carte bancaire. Comment il s’appelle ce con ? Vous savez bien, le mec qui hypnotisait des poules à la télé… Si… Dominique Webb !

— Je crains que vous confondiez thérapie et music-hall…

— Ah bon ! Vous vous produisez où vous ? Aux Folies Bergères ?

— Aux… Vous divaguez monsieur. Bien allongez-vous, nous allons commencer.

— Euh, dis-donc pépère, on ne s’embrasse pas un peu avant ?

— Le divan monsieur. Derrière vous. Et s’il vous plaît, épargnez-moi votre humour de salle de garde.

Je m’exécute.

— Très bien. Maintenant, vous allez vous détendre et écouter ma voix… C’est bien… Vous n’entendez que ma voix…

— Non.

— Comment ça non ?

— Ben non. Je n’entends pas que votre voix. J’entends également le bruit, étouffé certes, vous devez avoir des doubles vitrages, d’un marteau-piqueur, et, si je ne m’abuse, un aspirateur, juste au-dessus.

Müller ôte son lorgnon et se pince le haut du nez.

— Nous allons opérer différemment. Veuillez fermer les yeux. Concentrez-vous sur ma voix. Bien… Vos paupières sont lourdes…

— Je dirai deux trois grammes chacune. A la louche hein !

— Cessez !

Müller commence à perdre ses nerfs.

— Que voyez-vous ?

— Mes paupières.

— Pardon ?

— Lorsque qu’on ferme les yeux, on voit ses paupières. C’est ainsi. Je n’y peux rien.

— Vous devez vous concentrer sur un épisode heureux de votre vie.

— Pas possible. Je n’en ai connu aucun.

— Mais si bien sûr. Tout le monde vit des instants heureux. Pensez à votre enfance.

— Ca va pas non ! J’ai détesté mon enfance et je risque de pisser sur votre divan.

Etrangement, Müller sourit. Un petit vieux sympathique qui sourit.

— Dites-moi monsieur Jourd’hu, la psychanalyse et vous, ce n’est pas l’amour fou. Je me trompe ?

Je me contente de sourire à mon tour.

— Nous voilà donc à égalité.

Je hausse un sourcil.

— En effet, nous sommes à égalité. Je suis allé faire un petit tour sur votre site. Je ne peux pas dire que j’ai apprécié. Rien de personnel…

Finalement, nous nous sommes quittés bons amis. Heinrich m’a promis de faire un rapport à la médecine du travail précisant que des séances de psychothérapie sont parfaitement inutiles dans mon cas. Désespéré.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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