500 fautes d’orthographe (à ne plus commettre) – Bernard Laygues

500 fautes d’orthographe (à ne plus commettre) – Bernard Laygues – Albin Michel

23 juin 1983, 8 heures du matin. L’homme assis en face de moi n’est plus tout jeune, fin de carrière probablement. Il en a interrogé des candidats, et pas qu’un peu. Tout est fripé chez lui. Le visage, les mains, les yeux, même les rares cheveux accrochés au crâne tavelé. Ses vêtements aussi sont chiffonnés, comme s’il avait passé la nuit dehors, ou plutôt comme s’il avait dormi avec. Son esprit également semble brouillon. Aucune humanité de quelque sorte n’émane de sa personne. Il fait le boulot qu’on exige de lui, c’est tout.

— Montesquieu, « Comment peut-on être Persan ? »

Ni bonjour, ni s’il vous plaît. Comme je suis le premier de la matinée, il doit attendre. Il se lève pesamment et se dirige vers la fenêtre. Il regarde dehors. Il fait déjà beau. La journée s’annonce radieuse. Et lui il est coincé jusqu’à dix-huit heures dans cette salle de classe sordide. Soupir. Il se réinstalle face à moi et entreprend de rouler une cigarette. Blague d’un autre temps, tabac gris. Alors que je commence à réciter le cours de monsieur Cloarec, je connais à peu près Montesquieu, il allume sa clope tordue. La vache ! Des bouffées de tabac gris en pleine gueule à 8H20, ça me soulève le cœur. Je vais vomir sur la table. J’en perds tous mes moyens et ânonne la fin de mon exposé de façon inintelligible.

— C’est fini ?… Suivant.

10/20. Nul.

A l’écrit, j’ai pris « Résumé/Discussion ». Monsieur Cloarec nous a conseillé de prendre le sujet type 1 si nous ne sommes pas très à l’aise. C’est mon cas.

3/20. Archi-nul. Pire pathétique.

21 points de retard. Paradoxalement, c’est ce qui me permettra de décrocher mon Bac, au repêchage, un an plus tard.

J’ai toujours été une buse sidérale en français. Jusqu’à ma deuxième année de fac. Un déclic sans doute. Mais pas un miracle. La lecture produit ses effets. Un peu tard.

3/20 à l’écrit du Bac de français et pourtant, je serai prof de français pendant 25 ans. Je me fais l’effet d’un boucher végan, d’un nageur aquaphobe, d’un avocat marron. Je ne me départirai jamais d’une sensation tout au long de ma vie professionnelle : je suis escroc, un usurpateur, un charlatan, en un mot, un imposteur.

Aujourd’hui encore, le dictionnaire est mon ami. Et des bouquins comme celui-ci. Simples, efficaces.

J’en profite pour vous présenter mes excuses si j’irrite, parfois, dans mes petits articles, votre sensibilité orthographique.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

5 commentaires sur “500 fautes d’orthographe (à ne plus commettre) – Bernard Laygues

  1. Coucou Alma ! (Tu permets que je salue le passage de ma copine chez toi ? Merci.).
    Je n’ai pas passé mon bac, aucun bac, sauf celui qui nous faisait traverser le fleuve Congo quand il fallait rejoindre la ville. Mais si on m’avait demandé mon avis, je serais restée sur la berge à regarder le ballet des crocodiles. Bref : plutôt que la honte d’un échec, j’avais opté pour le mépris du défi ! J’ai toujours été un cancre. J’excellais dans cette matière. Et voilà ! Voilà aussi pourquoi je ne connais Montesquieu que de nom mais j’ai très bien survécu à cette… lacune ?
    Lundi j’irai feuilleter ce bouquin… À propos j’ai adoré « L’étourdissement » je ne sais plus si je te l’avais dit.
    Bonne journée ensoleillée… de bruine ?

    Aimé par 1 personne

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