Espèce de …

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je raconte des anecdotes.

L’année de mes sept ans vit la famille s’agrandir de deux petits cousins. Incroyable non ! Avouez que je vous en ai raconté de belles, mais celle-ci dépasse tout le reste en qualité et surtout en concision.

Laissons de côté ma cousine Frénégonde, et intéressons-nous à mon cousin Saturnin (vous aurez compris qu’afin d’éviter des procès coûteux, je préfère taire les vrais prénoms).

Mon petit coussin s’avéra un petit garçon singulier qui acquit rapidement un vocabulaire fleuri assez peu en adéquation avec son jeune âge. Le temps ayant fait son office, et mon éducation faisant le reste, j’ai oublié l’essentiel de son lexique, à une exception près : « Kikon ». Vers 4/5 ans toutes les personnes à qui il s’adressait étaient des « kikons ». Une traduction linguistique éclairée donnerait, en substance, « petit con ». Cette désagréable habitude n’était pas simple à supporter tous les jours, notamment lorsque le garçon fut scolarisé. Dans son entourage, beaucoup s’usèrent les nerfs à tenter de l’amender, mais rien n’y fit.

Jusqu’au jour où son frère aîné eut une idée de génie.

Il ourdit un plan machiavélique qui devait, sans coup férir, nettoyer la bouche du garnement. Avec l’aide de ma sœur, il choisit trois mots un peu tarabiscotés de la langue française. Puis, à chaque fois que son petit frère était dans le coin, il intimait le silence à tous. Le gamin comprit assez vite qu’on lui cachait quelque chose. Et bien sûr, il harcela son grand frère pour connaître le secret. L’aîné commença par lui dire qu’il était trop jeune pour être initié. Puis il feignit de céder au chantage affectif, et, un beau jour, il annonça à Saturnin qu’il allait lui révéler quelque chose, à la condition expresse qu’il n’en parle jamais à quiconque. Le gamin jura, la main sur le cœur. Alors, dans la pénombre d’un grenier poussiéreux, le grand frère apprit au petit les trois plus gros mots de la lange française, ceux que même les gens à la télé ne prononçaient pas. Les terribles Périphérique, Ephémère et Méphistophélès.

Et c’est ainsi qu’un petit gars, haut comme trois bites à genoux, passait la plus grande partie de son existence à traiter son entourage « d’espèce d’éphémère » et de « t’es qu’un périphérique ». C’était d’une drôlerie sans nom.

Un jour, toutefois, le garçonnet fut un rien désarçonné. En visite chez moi, il fut choqué de constater que nous avions baptisé notre chat de l’un des trois mots interdits. Nous venions d’accueillir un chaton que j’avais nommé Méphistophélès dit Méphisto dit Mémèf pour les intimes. Mon petit cousin mit longtemps à s’en remettre.

La famille n’a pas déposé de brevet. Servez-vous.

(à toi mon cher cousin, si tu tombes un jour sur ce texte, toute mon affection sincère)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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