Biblio-Balade

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, le dimanche je me balade.

Dimanche + beau temps = balade

Mais, pas n’importe quelle balade.

Toujours le même trajet. Un boucle de dix kilomètres autour de chez moi, avec trois étapes obligatoires. Trois librairies. Gratuites.

Rien n’est gratuit aujourd’hui, ma pauvre dame. Ben si, les livres dans les CAL (Cabanes A Livres par chez moi, mais il existe d’autres appellations je suppose). Le principe est si simple qu’un adolescent boutonneux à la bouche d’acier peut le comprendre. Sauf, qu’il s’en fout.

Donc, pour ceux d’entre vous qui reviennent de Mars ou qui sortent de prison, les CAL sont des petites librairies libre-service, dans lesquelles tout le monde peut se servir à volonté, et y déposer, ou pas, son propre écot. Moi, je dépose peu. Mais, j’ai un mot du médecin. Toutefois, je me sers avec parcimonie. Je ne prends que les livres en bon état, que je n’ai pas lus. Le minimum, non ? Oh, cessez de râler ! A une époque, pas si lointaine, j’ai beaucoup fourni. Mon ancienne vie m’offrait un assez grand nombre de bouquins dits « spécimens » qui m’intéressaient moyennement, voire pas du tout. Les maisons d’édition inondent les profs de livres du « programme » dans le but d’en vendre des milliers aux gosses. Ne rêvons pas, ce ne sont pas des philanthropes. Donc, j’ai rempli les CAL de ma région avec des Molière, des Racine, des Balzac, des « trucs illisibles de littérature pour adolescents », des romans épistolaires, des romans « expurgés », bref, tout un tas de saloperies. Notez, qu’elles ont toutes disparu.

Ma deuxième étape me mène sur une plage. LA plage du coin. Une étendue sablonneuse de trois cents mètres de long, ouverte à tous les vents, mais constamment surpeuplée dès que le thermomètre dépasse les seize degrés. La CAL est juste à côté du filet de volley. Cet après-midi, des gamins de dix-sept dix-huit ans, tous les muscles dehors, se disputaient une partie sous les yeux enamourés d’un demi-douzaine de gamines qui ne cessaient de pouffer dans leur main. L’une d’ente elles n’avait rien trouver de mieux à faire que de coller sa serviette juste sous la CAL. Je n’allais pas m’avouer vaincu. Je me contorsionnais donc pour ouvrir la porte sans déranger la chipolata. Mon apparence, chaussures de marche, pantalon de treillis, chemise de bûcheron, exprimait assez bien ma non-appartenance à ce monde étrange des futurs cancéreux de la peau. Alors que je saisissais un livre, j’entendis la gamine marmonner dans sa moustache fort mal épilée. Je ne compris pas ses propos parce que je n’en avais rien à faire, mais étrangement la partie de volley s’est arrêtée. Temps mort. Temps suspendu.

Lorsque je me suis retourné, j’avais l’impression que toute la plage me regardait. Désagréable impression. Tous ces corps huilés, moitié nus qui sont orientés dans ma direction. Calmement, j’ouvre mon sac à dos et j’y glisse le beau bouquin tout neuf de Tim Willocks sur lequel je viens de mettre la main, une aubaine. Puis, je reprends ma route. Je crois avoir saisi un « boloss ».

J’aime de moins en moins les gens.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Biblio-Balade

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