Tata Mimi

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je raconte les gens de ma vie.

Marie. Née en1904. L’aînée d’une fratrie de cinq. Donc Marie, normal. La cinquième est ma grand-mère maternelle, née en 1914.

Marie est la grande sœur, par conséquent elle est réquisitionnée pour s’occuper des petits. Etudes minimum, bonne à tout faire dès ses six ou sept ans, comme un destin.

Marie n’est pas une reine de beauté. Peu importe, c’est une femme robuste, travailleuse, à l’aise avec les chiffres. Un bon parti. Le fils du boucher lui fera la cour au début des années 20. L’histoire familiale ne dit pas pourquoi les fiançailles n’auront jamais lieu. Mais on a tellement besoin de Marie à la maison. Marie ne se mariera jamais. Elle travaille dans l’entreprise familiale sans aucun statut, un de ses frères y veille. Le même qui la spoliera quelques années plus tard lors de l’héritage parental, « Marie ? Elle n’a besoin de rien Marie ». Marie ne se révolte pas, elle aime tant ses frères et sa sœur.

Juste avant guerre, ma grand-mère hérite du magasin familial, et de sa grande sœur, par la même occasion. Pendant des décennies, Marie fera ce qu’on lui dira de faire. Sans se plaindre, sans réclamer. Elle sera, gracieusement, logée dans une petite chambre. Un lit, une télé pour regarder Drucker et un crucifix. Elle participe aux fêtes de famille, notamment en cuisine. Elle dit qu’elle est heureuse Marie. Soit.

Un de ses grands bonheurs, ce sont les petits-enfants de ses frères et de sa sœur. Donc moi, entre autres (à part mes deux sœurs, je ne connais aucun des autres, pourtant, ils sont une bonne dizaine). Elle est très tactile Marie. Mais quand on est gosse, on ne comprend pas les besoins d’amour et de tendresse d’une vieille femme solitaire. Nous l’évitons, même. Nous l’évitons parce qu’elle nous étouffe dans ses bras puissants, parce qu’elle pique nos joues de ses baisers désespérés, parce que (j’ai honte) son odeur nous indispose. L’odeur du manque, l’odeur de la solitude, l’odeur de l’oubli.

Nous l’appelions Tata Mimi. Elle aimait sa famille d’un amour inconditionnel. Je ne suis pas certain que cet amour lui a été suffisamment restitué.

Il m’arrive de me morfondre, de chercher le piment de ma vie. Alors, je pense à Tata Mimi. C’est radical.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Tata Mimi

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