Prisme

Le sachiez-vous ?

Ceux parmi vous, cher lectorat attentif, qui, comme moi, bénéficient d’une vue raisonnable, se gargarisent régulièrement de la beauté des choses. Or, ladite beauté est souvent associée aux couleurs de l’objet, du paysage, de l’animal.

Toutefois, la notion de couleur est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

« Mask », à ne pas confondre avec « The mask » ou avec « Olivier Véran », est un film de Peter Bogdanovitch sorti en 1985 et oublié, aujourd’hui. C’est pourtant un film merveilleux, avec Cher au sommet de sa gloire bien qu’elle ait alors 127 ans et dix-huit chirurgiens esthétiques à son tableau de chasse, qui traite de la différence avec une délicatesse rarement égalée. Une femme célibataire (Cher), très copine avec un gang de motards, est la maman de Dennis, un garçon au visage difforme (Eric Stoltz). Le premier exploit du film est de montrer comment une communauté soudée se fiche de l’apparence des siens. Le second exploit est de basculer dans la vie réelle lorsque le jeune homme est confronté à sa laideur. Son désespoir est immense car il comprend qu’il ne rencontrera jamais l’amour. Sauf qu’il le rencontre en la personne d’une jeune fille aveugle de naissance. Un jour, la jeune femme lui demande de lui expliquer la différence entre le rouge et le bleu. Alors, comment auriez-vous fait ? Pas simple quand on y pense, et même quand on n’y pense pas. Dennis est moche, mais il n’est pas con. Il choisit deux petits galets (la scripte a fait du bon boulot) et garde l’un un bon moment dans sa main fermée. Puis il demande à sa fiancée d’ouvrir ses mains à elle, et il y place la pierre chauffée en lui disant que c’est rouge, puis la pierre restée froide en lui disant que c’est bleu. Malin, non ? Oui, il a dû penser aux robinets. Si vous avez une soirée libre bientôt, je vous conseille de louer la VHS (et de vous renseigner sur Peter Bogdanovitch, un poème).

Lorsque vous regardez une prairie en compagnie de qui vous voulez, je suis sûr que si vous dites « Quel beau vert ! » et que qui vous voulez acquiesce « En effet, un vert magnifique ! », vous continuez votre balade sans vous poser LA question existentielle. Voyons-nous la même couleur ? Eh bien figurez-vous que les scientifiques sont incapables de se mettre d’accord. Quand nous regardons une couleur, voyons-nous la même chose que notre voisin ?

Vous connaissez certainement le principe du daltonisme (privilège masculin, mesdames révoltez-vous que diantre !) qui consiste en une confusion des teintes. La variante la plus courante concerne le rouge et le vert (mais il en est de nombreuses). Les daltoniens ne confondent pas ces couleurs, à proprement parlé, ils ne les différencient pas. Ils voient du gris. Mais quel gris ? Mon beau-frère est daltonien (comme un homme sur dix, il paraît). Je lui ai demandé de m’expliquer son handicap. C’est très étrange, car un daltonien ne se rend pas compte qu’il est daltonien. En général, il faut une visite chez l’ophtalmo (ou jadis le conseil de révision et leurs camemberts bizarres ; perso, j’y ai appris que je distinguais mal les reliefs, l’astigmatisme) pour l’apprendre. Certes, les daltoniens sont assez surpris par l’expression « les feux tricolores » vu que pour eux, ils sont bicolores. Si vous connaissez un célibataire qui s’habille très mal en terme d’association de couleurs, ne vous moquez pas de lui, il est daltonien. Ou il a des goûts de chiottes.

Dans une vie antérieure, j’aimais bien demander aux enfants de trouver quelque chose impossible à décrire. Les réponses fusaient : l’air, la mort, la bêtise de Jean-Kevin, le vide (pas bête), les coiffures de madame Chirac, etc… Je leur prouvais que leurs exemples, s’ils étaient intéressants, étaient erronés. En revanche, je leur signalais qu’il était impossible de décrire les murs de la classe. De nombreux doigts se vrillaient sur autant de tempes. Je persistais en les interrogeant sur la couleur des murs. Bingo ! J’avais du blanc cassé, du jaune pâle, du crème, du vert (Jean-Kevin qui regardait le tableau, pour une fois). La subjectivité des couleurs. J’adore.

Vous voulez un dernier exemple ? (oui hurlent-ils à l’unisson, comme disait Neil Armstrong). Le fameux bleu/vert. Ah ! A part ma grand-mère qui appelait cette teinte « bleu canard » (?), l’espèce humaine est divisée, avec un léger avantage pour la dominante bleue. Moi, je vois du vert.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

9 commentaires sur “Prisme

  1. Bonjour grâce à ton article je me suis souvenue de ce film. C’est vrai je l’avais oublié pourtant c’est un des films les + touchant que j’ai vu et du coup je vais le faire découvrir à ma fille aussi cette semaine (si on le trouve qqpart sur le net ? ) Bonne journée à toi.

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  2. Intéressant sujet d’un bon article
    La beauté dans le monde actuel sert à exprimer une laideur foncière
    Prétexte de l’usage menteur
    Le col-vert du canard nage toujours dans le désert où l’ô tari jongle avec sin bas long…
    N-L

    Aimé par 1 personne

  3. je suis daltonienne et pourtant il me semble être du sexe féminin 😀
    je vois l’herbe marron !
    les couleurs sont subjectives non ? comme le sont la beauté et la laideur , dans l’œil du regardeur …

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  4. Je pense à Florence Foresti et le « taupe », la couleur qu’on ne connaît pas 🙂
    Et à votre grand-mère dont je partage la vision du bleu canard.

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